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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2401035

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2401035

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2401035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 février et 28 mars 2024, Mme G B épouse I, représentée par Me Bâton, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 23 janvier 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et fixation du pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille et Vilaine de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, et de procéder à l'effacement des données relatives à la requérante du fichier SIS dans un délai de 8 jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Les décisions contenues dans l'arrêté attaqué sont entachées d'un vice d'incompétence ;

Ces décisions sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

La décision de refus de titre de séjour :

- viole les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- viole les stipulations les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision de refus de titre de séjour ;

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 et 29 mars 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme I ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Roux,

- et les observations de Me Bâton, représentant Mme I.

Considérant ce qui suit :

1. Mme I, qui est ressortissante tunisienne, née en 1966, est entrée régulièrement en France le 25 mars 2015 sous couvert d'un visa C valable du 4 mars au 4 avril 2015. Le 16 août 2022, elle a formé une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 23 janvier 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, l'interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à Mme F C, directrice des étrangers en France de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions relatives aux titres de séjour, aux obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire ainsi qu'aux décisions fixant le pays de renvoi et les interdictions de retour sur le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents (). ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code :" La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il comporte également les considérations de fait sur lesquelles il se fonde, notamment les éléments pertinents relatifs aux conditions du séjour de Mme I en France, ainsi que ceux relatifs à sa situation privée et familiale et à sa demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté, qui n'est pas tenu d'énumérer l'ensemble des éléments du dossier, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La décision de refus de titre de séjour étant suffisamment motivée, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions permettant au préfet d'édicter une telle décision, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, par application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français comprennent également les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché l'arrêté attaqué en toute ses décisions d'un défaut d'examen complet de la situation de Mme I. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

7. Mme I soutient qu'elle est entrée régulièrement en France le 25 mars 2015, qu'elle y réside depuis 9 ans, qu'elle entretient des liens privés et familiaux intenses, stables et effectifs sur le territoire français puisque l'intégralité de sa famille proche réside en France, à savoir son époux, M. D I qui est titulaire d'une carte de résident longue durée valable jusqu'en 2027 et ses trois enfants, H I, E I et A J I, ce dernier étant mineur et vivant avec elle et son époux. Malgré sa durée de présence en France et les attestations de ses proches qui témoignent de leurs liens, Mme I par les pièces qu'elle produit ne démontre pas une particulière insertion à la société française, hormis sa maîtrise de la langue française. En outre, l'intéressée est sans emploi et sans ressources et n'établit pas avoir entrepris avant 2022 des démarches tendant à la régularisation de sa situation, elle a également vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 49 ans où la cellule familiale constituée de son époux et de son fils mineur peut se reconstituer. Par suite, Mme I n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué qui lui refuse la délivrance de titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français porterait atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, pour les mêmes motifs le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une méconnaissance les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'ensemble des moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour doit être écarté. Dans ces conditions, cette décision ne peut être regardée comme entachée d'illégalité. Par suite, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dot être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, d'autre part : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

11. Il n'est fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que l'enfant mineur A accompagne sa mère et son père en Tunisie, pays dont il a la nationalité où il n'est pas établi qu'il ne pourrait pas y poursuivre sa scolarité. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut donc être accueilli.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'ensemble des moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour doit être écarté. Dans ces conditions, cette décision ne peut être regardée comme entachée d'illégalité. Par suite, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

14. Mme I soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale. Toutefois, il y a lieu d'écarter ces moyens pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme I doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme I est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B épouse I et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. Le Roux

Le président

Signé

G. Descombes

La greffière,

Signé

L. Garval

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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