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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2401122

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2401122

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2401122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBERNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 février 2024, Mme A B, représentée par Me Bocquet, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Plurien du 21 juin 2023 portant délivrance à Mme D du permis de construire n° PC 22242 23 Q0004, pour l'extension d'une maison d'habitation, la construction d'un abri-voiture, d'un local vélos, d'un stockage bois et poubelles et l'édification d'une clôture, sur un terrain situé 3 le grand chemin ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Plurien la somme de 2 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie de son intérêt à agir contre l'arrêté en litige, en qualité de voisine immédiate du terrain d'assiette du projet, qui va affecter les conditions de jouissance et d'occupation de son bien, générant une perte d'ensoleillement sur la terrasse et la construction, la disparition des arbres, arbustes et végétaux implantés en limite de propriété, une vue directe sur sa propriété et une perte de valeur vénale ;

- la condition tenant à l'urgence est légalement présumée et satisfaite ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, dès lors que :

* il est entaché de fraude : les plans ne permettent pas de déterminer la surface exacte des constructions projetées et le formulaire Cerfa n'inclut pas, dans la surface déclarée, celle attachée à l'abri de voiture, alors même que compte tenu de ses dimensions et des ouvertures projetées, elle sera probablement destinée à l'habitation ;

* le dossier de demande est entaché d'incomplétude, d'insuffisances et de contradictions, au regard des exigences des dispositions des articles R. 431-5, R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ; le plan de masse joint au dossier de demande est insuffisant, s'agissant des plantations maintenues, supprimées ou créées, ainsi que de l'implantation des clôtures ; la notice descriptive est insuffisante s'agissant de l'état initial et muette sur les annexes créées ; les documents graphiques ne sont pas précis et ne permettent pas d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement, s'agissant tant du paysage que des constructions avoisinantes ; le document graphique joint consiste uniquement en une esquisse représentant la future extension avec les annexes, sous deux angles, et occulte le fait que les annexes seront réalisées en limite de propriété de son terrain ;

* l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme, en tant qu'il prévoit d'implanter des constructions annexes sur les deux limites latérales du terrain d'assiette, par rapport à l'emprise publique que constitue la rue le grand chemin

* il méconnaît également les dispositions de son article UB 7, dès lors que les annexes en cause s'implantent sur deux limites séparatives latérales, par rapport aux propriétés voisines, quand les règles applicables obligent à ce que les annexes ne s'implantent que sur une limite séparative latérale et non deux, contrairement à ce qui est prévu pour les constructions principales ; le règlement impose, s'agissant des annexes, un retrait sur une, au moins, des deux limites séparatives, ce qui n'est pas respecté ;

* il méconnaît les dispositions de son article UB 11 ; les toitures des constructions projetées sont en pentes inversées, en V, de type centre commercial ou industriel, qui ne s'intègrent pas avec l'environnement pavillonnaire traditionnel existant ; le matériau utilisé, en zinc, ne s'harmonise pas avec les toitures environnantes, en ardoise ;

* il méconnaît les dispositions de son article UB 13, en tant qu'il prévoit, au sein des espaces libres, l'aménagement d'une zone parking en gazon gravillonné, générant une artificialisation excessive des espaces libres et ne permettant pas l'infiltration des eaux de pluie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, Mme C D, représentée par Me Bernier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dans la mesure où Mme B ne justifie pas de son intérêt à agir contre l'arrêté en litige ; le projet porte sur l'extension d'une maison existante, dans un quartier résidentiel ; les constructions ne seront pas visibles depuis sa maison d'habitation ; elles n'engendrent ni perte d'ensoleillement ni vue directe ;

- Mme B ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige ; en particulier :

* le dossier de demande est complet et suffisamment précis pour avoir mis le service instructeur en mesure d'apprécier la régularité du projet ; le dossier mentionne la création d'une surface de plancher de 47 m2 ; les plans sont cotés ; la notice architecturale est précise ; le dossier est précis s'agissant des plantations et il n'occulte l'existence d'aucune haie en limite de propriété ; le parti-pris architectural est détaillé ;

* aucune fraude n'entache le permis de construire ; l'abri de jardin n'est fermé que sur un côté, de sorte qu'il n'a pas à être comptabilisé dans la surface de plancher créée ;

* le projet respecte les dispositions des articles UB 6 et UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme ; l'article UB 6 règlemente l'implantation par rapport aux emprises publiques ; les dispositions relatives aux annexes n'interdisent pas une implantation sur deux limites séparatives ; le règlement n'encadre pas l'implantation des constructions entre elles, sur une même parcelle ;

* le projet s'insère parfaitement dans son environnement ;

* il respecte les dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que la surface libre est en gazon et que le parking sera en gazon gravillonné, perméable, de sorte qu'il ne génère pas d'artificialisation excessive des sols ni rejet des eaux de pluie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024, la commune de Plurien, représentée par la Selarl Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dans la mesure où Mme B ne justifie pas de son intérêt à agir contre l'arrêté en litige ; le projet porte sur l'extension d'une maison existante, dans un quartier résidentiel ; les constructions ne seront pas visibles depuis sa maison d'habitation, eu égard notamment aux clôtures et aménagements paysagers ; elles n'engendrent ni perte d'ensoleillement ni vu directe ;

- Mme B ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige ; en particulier :

* le dossier de demande est complet et suffisamment précis pour avoir mis le service instructeur en mesure d'apprécier la régularité du projet ; les dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme n'imposent pas de mentionner l'emprise au sol ; le plan de masse coté, à l'échelle 1/300, permet d'apprécier les dimensions et surfaces des constructions, s'agissant notamment de leur emprise au sol ; les surfaces de plancher existantes et créées sont renseignées ; les aménagements paysagers sont décrits dans la notice, ce qui pallie l'éventuelle incomplétude du plan de masse ; la comparaison des plans de masse de l'existant et du projet permet de matérialiser les aménagements paysagers ; le plan d'élévation Ouest et le plan de masse permettent de situer l'emplacement de l'annexe stockage bois, vélos et poubelles par rapport à la construction principale ; le plan de masse matérialise les clôtures ; la notice décrit précisément l'existant, corroborée par le plan de situation et le plan de masse ; le document graphique d'insertion représente le projet achevé ; les photographies sont précises et suffisantes ; le plan de masse représente la construction voisine ; les photographies et les documents graphiques permettent d'évaluer l'impact du projet sur les constructions voisines ; si les angles de vue ne sont pas représentés, les photographies sont situables par lecture conjointe des pièces ;

* la fraude alléguée n'est pas établie ; le dossier mentionne la création d'une surface de plancher de 47 m2 et la création, par ailleurs, d'un abri-voiture ; aucun élément ne corrobore cette affectation alléguée à l'habitation ;

* le projet respecte les dispositions des articles UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme ; ces dispositions réglementent la distance des constructions par rapport à la limite séparative, sans interdire une implantation des annexes sur chacune des limites latérales d'une parcelle ; il ressort du rapport de présentation du plan local d'urbanisme qu'est recherchée, en secteur UB, la densification des constructions ; l'argumentation de la requérante procède d'une confusion entre extension et annexe ; en l'espèce, l'abri-voiture constitue une extension, en ce qu'il est accolé à la construction existante et communique avec elle, par une porte ; les dispositions du règlement relatives aux annexes ne sont donc en tout état de cause pas applicables ;

* le projet respecte également les dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme, qui ne limitent pas l'implantation à une seule limite séparative ; en toute hypothèse, le projet ne crée qu'une seule annexe aux termes du règlement, qui s'implante bien sur une seule limite séparative, quand les constructions s'implantent sur les limites séparatives ;

* les constructions projetées s'insèrent dans leur environnement, eu égard à leurs volumes et aux matériaux utilisés, environnement qui ne présente aucun intérêt architectural ou paysager particulier ; le bâti alentour n'est pas harmonieux ni homogène, ni dans ses volumes, ni dans ses matériaux ;

* les dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme ne s'appliquent qu'aux surfaces non bâties et non utilisées pour la circulation, ce qui n'est pas le cas de l'espace de parking ; les espaces de circulation sont gravillonnés.

Vu :

- la requête au fond n° 2306109, enregistrée le 14 novembre 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mars 2024 :

- le rapport de Mme Thielen ;

- les observations de Me Boquet, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, et précise notamment que :

* le litige s'inscrit dans un contexte de voisinage complexe et la médiation proposée a été refusée par Mme D ;

* Mme B justifie de son intérêt à agir contre le projet en litige ; elle est riveraine du terrain d'assiette du projet ; elle a détaillé les différentes nuisances résultant de la réalisation des constructions projetées ; notamment, l'abri-voiture crée une mitoyenneté qui n'existait pas, d'une longueur de 11 mètres et d'une hauteur de 3,80 mètres ; des végétaux, y compris ceux présents sur son terrain, seront supprimés du fait de la réalisation des travaux de terrassement ; leur système racinaire sera nécessairement détérioré ;

* l'objet et la finalité de la création du prétendu abri-voiture sont de réaliser une extension de la maison d'habitation, ce qui confirme la fraude, permettant de méconnaître les règles d'implantation ;

* le dossier de demande est incomplet et insuffisamment précis ; la notice complémentaire révèle qu'est également prévue une cuve enterrée, qui n'est pas matérialisée dans le plan de masse ; ses dimensions et son implantation ne sont pas précisées ; les informations sur les plantations ne sont pas complètes ; la haie existant en limite de sa propriété est supprimée ; l'implantation de la clôture en limite Sud n'est pas mentionnée ; la notice complémentaire est plus précise, mais n'indique pas la mitoyenneté créée ; le dossier de demande ne comporte pas de document graphique d'insertion globale ; il ne comporte pas non plus de photographie du paysage lointain, notamment du village rural existant ;

* le projet méconnaît les dispositions de l'article UB 4 du règlement du plan local d'urbanisme ; il crée une cuve enterrée de récupération des eaux de pluie, alors que ces dispositions préconisent de privilégier les systèmes d'évacuation des eaux pluviales par infiltration ;

* les dispositions de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme sont méconnues ; le projet crée des annexes sur deux limites latérales ; l'abri-voiture ne constitue pas une extension et n'est pas déclaré comme tel dans le dossier de demande ;

* les dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme sont également méconnues ; elles prévoient l'implantation possible des annexes sur une seule des limites séparatives latérales des terrains ;

* les volumes et formes des toitures, ainsi que les matériaux utilisés ne permettent pas l'intégration du projet dans son environnement bâti ;

* le projet engendre une artificialisation excessive des sols, du fait de la création d'un nombre disproportionné de places de stationnement ;

- les observations de Me Idlas, représentant la commune de Plurien, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes moyens et arguments, et fait notamment valoir que :

* la concertation préalable avec les riverains d'un projet n'est prévue par aucun texte et les autorisations d'urbanisme restent délivrées sous réserve des droits des tiers ;

* Mme B ne démontre pas son intérêt à agir ; la seule qualité de riveraine du terrain d'assiette du projet ne suffit pas ; l'argumentation de la requérante sur ce point est focalisée sur l'abri-voiture, qui constitue une construction réduite, en rez-de-chaussée, qui ne sera que peu visible depuis sa maison ;

* aucune fraude n'entache l'arrêté en litige ; Mme B présuppose une intention future ; les plans confirment que la construction projetée est un abri-voiture, non fermé ; à supposer que soit effectivement réalisé un espace d'habitation, cela procèderait d'un problème d'exécution du permis de construire ;

* cet abri ne crée aucune surface de plancher, même qualifié d'extension ;

* la notice complémentaire n'est pas dans le dossier de demande ;

* la cuve de récupération des eaux est mentionnée dans la notice jointe au dossier ;

* la finalité des dispositions des articles UB 6 et UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme réside dans la densification du secteur ; les annexes doivent s'implanter sur une limite latérale, séparative ou non et si le projet prévoit la réalisation de deux annexes, elles peuvent s'implanter sur deux limites différentes ; une règle inverse, obligeant l'implantation de toutes les annexes d'une construction sur la même limite latérale ne présenterait aucun objet urbanistique ; en toute hypothèse, l'abri-voiture créé ne constitue pas une annexe ; il s'agit d'une extension, présentant un lien physique avec la construction principale ;

* le secteur ne présente aucun intérêt particulier ni remarquable, pas davantage que d'homogénéité architecturale et le projet, d'ampleur mineure, n'y porte pas atteinte ; une attention a été portée sur les aménagements paysagers ;

* les dispositions invoquées de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme ne sont pas applicables aux surfaces de stationnement ; aucune disposition ne fixe de places maximales de stationnement ;

* les dispositions de l'article UB 4 du règlement du plan local d'urbanisme ne sont pas impératives ;

- les observations de Me Bernier, représentant Mme D, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes moyens et arguments, et fait notamment valoir que :

* la haie dont la suppression est évoquée est celle de l'autre voisin immédiat du terrain d'assiette du projet, avec son accord, et non celle située en limite de propriété de Mme B ;

* l'intérêt à agir n'est pas établi ;

* la cuve de récupération des eaux est implantée à la jonction de la construction existante et l'abri-voiture, et non à proximité immédiate de la propriété de Mme B ; il s'agit d'un ouvrage de petite dimension, d'environ 1 mètre sur 1,4 mètre ;

* l'abri-voiture projeté est un carport, fermé uniquement sur le côté mitoyen de la maison, avec une porte de communication ;

* le dossier est complet et suffisant ; Mme B déplore l'absence à ce dossier de précisions, relativement à des ouvrages ou éléments qui ne sont pas prévus ;

* le plan de masse matérialise le garage de Mme B mais n'avait pas nécessairement à représenter sa propriété dans son ensemble ;

* le revêtement des places de stationnement demeurent perméable ;

* le projet ne porte pas atteinte à l'environnement bâti, qui ne présente aucun intérêt architectural.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 21 juin 2023, le maire de la commune de Plurien a délivré à Mme D le permis de construire n° PC 22242 23 Q0004, pour l'extension d'une maison d'habitation, la construction d'un abri-voiture, d'un local vélos, d'un stockage bois et poubelles et l'édification d'une clôture, sur un terrain situé 3 le grand chemin. Mme B a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cet arrêté et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'urbanisme, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Il appartient ensuite au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces produites à l'appui de la requête que Mme B est propriétaire de la maison d'habitation située sur le terrain jouxtant l'assiette du projet litigieux, de sorte qu'elle justifie de la qualité de voisin immédiat du projet. L'intéressée établit par ailleurs que les constructions projetées, eu égard à leurs implantations et leurs caractéristiques, seront visibles depuis sa propriété et auront par suite des conséquences sur son cadre de vie. Dans ces circonstances, il doit être tenu pour suffisamment établi que les ouvrages projetés sont de nature à affecter les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien de manière suffisamment directe pour que lui soit reconnu un intérêt à agir contre l'arrêté en litige. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Plurien et Mme D, tirée de l'absence d'intérêt à agir de Mme B, ne peut, par suite, être accueillie.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

6. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable () ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite () ".

8. Le recours dirigé contre l'arrêté en litige ayant été assorti d'une requête en référé suspension déposée avant l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le tribunal, la condition d'urgence est présumée satisfaite et n'est au demeurant pas contestée par les défendeurs à l'instance.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

9. Aux termes de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Plurien : " / () / Constructions Annexes : / Les annexes devront s'implanter soit à l'alignement, soit à l'extérieur d'une bande de 3 mètres prise à partir de l'alignement supportant l'accès au terrain. / Les annexes seront autorisées sur une des limites latérales ou en retrait de cette dernière d'une distance minimale de 0,50 m ".

10. Ce même règlement définit, en son titre I portant dispositions générales, les annexes comme suit : " Sont considérées comme annexes, pour bénéficier de certaines règles qui leur sont propres, les constructions, non affectées à l'habitat, ayant un caractère accessoire au regard de l'usage de la construction principale, réalisées sur la même unité foncière et pouvant être implantées à l'écart de cette dernière. Ex. : remises, abris de jardin, garages, celliers, dépendances ". Ces mêmes dispositions définissent l'extension comme suit : " Est dénommée 'extension' l'agrandissement de la construction sans changement de destination ".

11. En application de ces dispositions, les constructions projetées que constituent l'abri-voiture d'une part, et le local vélos-stockage bois-poubelles d'autre part, ne peuvent être qualifiées que d'annexe, nonobstant, s'agissant du premier, la circonstance qu'il jouxterait la construction principale et y serait relié par une porte de communication.

12. Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que ces deux constructions sont projetées pour s'implanter sur chacune des limites latérales du terrain d'assiette par rapport à l'emprise publique, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme apparaît de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

13. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par Mme B n'apparaît propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Il y a par suite lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Plurien du 21 juin 2023 portant délivrance du permis de construire n° PC 22242 23 Q0004, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de chaque partie les frais d'instance exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Plurien du 21 juin 2023 portant délivrance du permis de construire n° PC 22242 23 Q0004 est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Plurien et de Mme D présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à la commune de Plurien et à Mme C D.

Une copie de l'ordonnance sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Saint-Brieuc en application de l'article R. 522-14 du code de justice administrative.

Fait à Rennes, le 8 avril 2024.

Le juge des référés,

signé

O. ThielenLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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