jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2401225 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mars 2024, M. B D, représenté par
Me Beguin (AARPI Arhestia), demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour, ou subsidiairement, de réexaminer sa situation, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- il méconnait les articles L. 423-1 et 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- cette décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 novembre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Grenier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant marocain né le 4 mars 1987, a épousé Mme E, ressortissante française, le 28 octobre 2016 à Tanger. Il est entré en France le 19 avril 2019. Un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, valable du 7 septembre 2022 au 6 septembre 2023, lui a été délivré. Il en a sollicité le renouvellement le
28 novembre 2022. Par un arrêté du 9 janvier 2024, dont M. D demande l'annulation, le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs :
3. En premier lieu, Mme C A, adjointe à la cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité de la préfecture du Morbihan, a reçu, par l'article 9 de l'arrêté préfectoral du
29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du
31 août 2022, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté attaqué en cas d'absence ou d'empêchement de M. G, directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture du Morbihan et de Mme F, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité de la préfecture du Morbihan. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué que M. G et Mme F n'auraient pas été absents ou empêchés à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise également les conditions d'entrée en France de M. D et relève que, n'étant plus en mesure de justifier d'une communauté de vie avec son épouse, il ne remplit plus les conditions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par suite, indépendamment du bien-fondé de ses motifs, l'arrêté attaqué est motivé en droit et en fait. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.
5. En troisième lieu, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet du Morbihan a procédé à un examen suffisant de la situation de M. D. Le moyen tiré de l'erreur de droit commise à cet égard doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
6. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le
mariage (). ". Selon l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que, pour établir le maintien de la communauté de vie entre les époux, M. D produit quatre factures mentionnant l'adresse commune du couple, une déclaration de vie commune depuis le 10 septembre 2022, établie le 3 août 2023, et son avis d'impôt sur les revenus 2022 mentionnant la même adresse que sa compagne. Toutefois, outre que cet avis d'impôt ne mentionne que son nom et ne fait état que de ses seuls revenus et d'une seule part fiscale, ces quelques éléments sont insuffisants pour justifier du maintien de la communauté de vie. Par ailleurs, les allégations du requérant selon lesquelles son épouse serait allée se faire soigner à Marseille, où réside sa sœur, ne sont corroborées par aucune pièce du dossier et contredites par les déclarations de l'intéressé lors de l'enquête administrative du
23 novembre 2023, à l'occasion de laquelle il a déclaré que son épouse s'était absentée temporairement pour se rendre à Nice pour régler le décès de sa mère. En outre, le compte rendu de cette même enquête administrative précise que M. D a été condamné, en octobre 2023, par le tribunal judiciaire de Vannes à une peine d'emprisonnement de douze mois avec sursis pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité de travail n'excédant pas huit jours sur son épouse. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D a relevé appel de ce jugement. Cette condamnation est ainsi postérieure à la déclaration de vie commune. La matérialité des faits de violence conjugale faisant l'objet de cette condamnation est, par suite, suffisamment établie. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le préfet du Morbihan a fait une exacte application des dispositions citées au point précédent en estimant, qu'à la date de l'arrêté attaqué, la vie commune entre M. D et son épouse avait cessé.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui est dit au point précédent que le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
10. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré récemment en France en avril 2019. Il n'y justifie d'aucun lien privé ou familial, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit, la communauté de vie avec son épouse a cessé. Le couple n'a pas d'enfant. M. D ne justifie pas davantage d'une insertion professionnelle. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches privées ou familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de
24 ans. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il suit de là qu'elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
12. En dernier lieu, eu égard à la rupture de la communauté de vie entre M. D et son épouse, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'erreur de droit en application du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce, selon lequel ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français " l'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française. ".
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
15. Ainsi qu'il a été dit, M. D est entré récemment en France. La communauté de vie avec son épouse a cessé et il ne justifie d'aucun autre lien privé ou familial en France. En outre, il a fait l'objet, en octobre 2023, d'une condamnation par le tribunal judiciaire de Vannes à une peine de douze mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité de travail n'excédant pas huit jours sur son épouse. Il représente ainsi une menace pour l'ordre public. Il ne justifie, par ailleurs, d'aucune circonstance humanitaire. Par suite, alors même qu'il n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement, le préfet du Morbihan n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans les circonstances de l'espèce, en édictant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.
Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :
17. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de
M. D à fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
18. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. D à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Ces dispositions font cependant obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Plumerault, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 30 mai 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
C. GrenierL'assesseure la plus ancienne
dans le grade,
signé
F. Plumerault
La greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 1901371
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026