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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2401248

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2401248

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2401248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBAUDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire non communiqué, enregistrés les 6 mars et 4 décembre 2024, Mme A B, épouse C, représentée par Me Baudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 du préfet d'Ille-et-Vilaine portant refus de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 10 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification de ladite décision et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans les 48 heures suivant sa notification ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Un mémoire en défense présenté par le préfet d'Ille-et-Vilaine a été enregistré le 9 décembre 2024, postérieurement à la clôture automatique de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tronel,

- et les observations de Me Kibgé, substituant Me Baudet, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme B et son époux, M. C, sont régulièrement entrés en France en février 2023 et ont demandé des titres de séjour, sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant de Mme B, et pour motif médical s'agissant de M. C. Une carte de séjour temporaire pour motif médical a été délivrée à M. C le 19 décembre 2023, valable jusqu'au 18 décembre 2024. Il ressort d'une attestation médicale versée au dossier et non contestée par le préfet, que la présence de Mme B est nécessaire auprès de son époux en raison de son état de santé. Précédemment, le couple avait vécu et travaillé en France entre 1965 et 1985. Par ailleurs, trois de leurs enfants vivent en France, bénéficiant de la nationalité française ou de cartes de résident. Il résulte de ce qui précède qu'en refusant de délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " à Mme B, qui justifie, dans les circonstances particulières de l'espèce, de motifs exceptionnels, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le préfet délivre à Mme B un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de ce réexamen, de délivrer à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 € à verser à Me Baudet, avocate de Mme B, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Baudet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 16 novembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine, sous réserve de changement de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer à Mme B un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Sous réserve que Me Baudet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Baudet, avocate de Mme B, une somme de 1 200 € en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Baudet et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, où siégeaient :

M. Tronel, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Thielen, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

Le président rapporteur,

Signé

N. Tronel L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Terras

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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