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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2401375

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2401375

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2401375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBERTHAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2024, M. E D, représenté par Me Berthaut, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, lui interdit le retour sur ce territoire pendant une durée d'un an et fixe le pays de renvoi ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ou, à défaut, d'annuler l'obligation de pointage prévue à l'article 2 de cet arrêté ;

4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Berthaut sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté portant notamment obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de renvoi doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant la Géorgie comme pays de destination n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- cette décision méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'arrêté d'assignation à résidence :

- il doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il n'est pas suffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, ses modalités étant disproportionnées au regard de sa situation, dès lors qu'il ne présente aucun risque de fuite, ainsi que de ses obligations en tant que parent isolé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les observations de Me Semino, substituant Me Berthaut, représentant M. D,

- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine,

- et les explications de M. D, assisté d'un interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien, né en 1988, est entré en France le 24 juillet 2018 accompagnée de son épouse Mme B et de leurs trois enfants. Il a déposé une demande d'asile le 8 août 2018. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Sa demande de réexamen a été rejetée, le 21 juin 2019, par une décision devenue définitive de l'OFPRA. Par un arrêté du 22 mai 2019, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur ce territoire pendant une durée de deux ans. Le recours formé par M. D contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Dijon n° 1901532 du 12 juillet 2019, et le recours qu'il a ensuite déposé devant la Cour administrative d'appel de Lyon a été rejeté par une ordonnance n° 19LY03841 du 15 juin 2020. Selon les déclarations de M. D, il serait séparé de son épouse, depuis juin 2023 et celle-ci aurait quitté la France. Le 11 mars 2024, il a été convoqué par les services de la police nationale dans le cadre d'une enquête en la forme préliminaire, étant soupçonné de détenir et d'avoir fait usage d'un faux document d'identité lithuanien, faits qu'il a reconnus lors de son audition par un officier de police judiciaire. Par le premier arrêté attaqué du 11 mars 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger M. D à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par le second arrêté attaqué du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. M. D justifie du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Il y a lieu, en raison de l'urgence, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / (). ".

4. L'arrêté attaqué comporte la mention de l'ensemble des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger M. D à quitter le territoire français. Si M. D a soutenu à l'audience, en s'appuyant sur les pièces produites par le préfet d'Ille-et-Vilaine, qu'il a entrepris en juillet 2022 des démarches afin d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour salarié, dont l'arrêté attaqué ne fait pas état, l'accusé de réception d'un courriel adressé à la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 19 juillet 2022, comportant comme objet déterminé automatiquement la mention " sollicitation d'un titre de séjour suite à une promesse d'embauche ", ne suffit pas à démontrer que le requérant, qui relève avoir depuis attendu en vain une réponse de l'administration et ne pas avoir repris contact avec les services de la préfecture, a effectivement déposé un dossier complet de demande de titre de séjour, dont le préfet aurait dû faire état dans son arrêté. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D est présent en France, où il est arrivé à l'âge de 30 ans, depuis l'été 2018. Sa demande d'asile s'est avérée injustifiée et il a fait l'objet en mai 2019 d'un premier arrêté, devenu définitif, l'obligeant à quitter le territoire français et ne lui accordant pas de délai de départ volontaire en raison de la menace pour l'ordre public que représentait alors sa présence sur le territoire français. Il est toutefois resté en France. Hormis ses trois fils mineurs, qui ont vocation à le suivre, et sa sœur Mme A D, qui fait également l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, M. D n'a pas d'autres membres de sa famille en France et n'établit pas être dépourvu de famille en Géorgie. Il n'a d'ailleurs communiqué aucune information relative à ses parents. Il soutient que son épouse réside désormais à l'étranger, sans préciser dans quel pays et s'il peut la contacter alors qu'elle est la mère de leurs trois enfants. Il est hébergé avec eux, à titre gratuit, par un compatriote en situation régulière. Il ne peut pas valablement invoquer une insertion professionnelle réussie dès lors qu'il a obtenu des missions de travail temporaire en utilisant un faux document d'identité lithuanien et ainsi en recourant à la fraude. S'il fait état d'une promesse d'embauche du 7 novembre 2023, en contrat à durée indéterminé, l'actualité de cette promesse n'est pas établie. Ses trois fils nés en mai 2008, octobre 2009 et novembre 2011, en Géorgie, sont scolarisés respectivement en classe de seconde en lycée professionnel, en classe de troisième et en classe de sixième. Il n'est ni établi, ni soutenu qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Géorgie. M. D démontre avoir pris des cours de français et participer bénévolement à l'activité des clubs sportifs au sein desquels deux de ses fils pratiquent respectivement le tennis et le rugby. Toutefois, l'ensemble de ces éléments n'établit pas l'existence en France de liens d'une nature, d'une ancienneté et d'une intensité telles qu'en décidant de l'obliger à quitter le territoire français, le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, de tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les trois fils mineurs de M. D, qui sont encore jeunes, ne pourraient pas poursuivre leur scolarité et leurs activités sportives, en Géorgie, y reconstituer un environnement amical et conserver, s'ils le désirent, des liens avec leurs amis résidant en France. Par suite, il n'est pas établi que le préfet d'Ille-et-Vilaine a omis d'attacher une considération primordiale à l'intérêt des enfants de M. D en décidant de l'obliger à quitter le territoire français.

9. En quatrième lieu, il ne ressort ni de ce qui précède ni des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire aurait pour M. D et/ou pour ses enfants des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier ainsi que des points 4 à 9 que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été précédée d'un examen complet de la situation de M. D.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. D tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

12. Le présent jugement n'annulant pas la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision refusant à M. D un délai de départ volontaire doit être annulée, par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, le présent jugement n'annulant pas la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée, par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a fixé le pays dont M. D a la nationalité, c'est-à-dire la Géorgie ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de destination.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes du dernier aliéna de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

16. Si M. D soutient qu'il court des risques pour sa vie en cas de retour en Géorgie, il ne produit aucun élément corroborant les faits, dont il ne fait état que succinctement dans le cadre de la présente procédure et qui ont été regardés comme simplement allégués et non établis par l'OFPRA et la CNDA. Par suite, Le requérant n'établit ni la réalité ni l'actualité des risques qu'il invoque. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision interdisant à M. D le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

18. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

19. En premier lieu, le présent jugement n'annulant pas la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français doit être annulée, par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

20. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'interdire à M. D le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Le préfet y rappelle les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, écarte l'existence de circonstances humanitaires au regard de la situation du requérant, puis examine les quatre critères devant être pris en compte pour fixer la durée d'une interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de la décision interdisant à M. D le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an doit être écarté.

21. Contrairement à ce que soutient M. D, les circonstances de fait énoncées aux points 6 et 8 caractérisant sa situation et celle de ses enfants n'établissent pas l'existence de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

22. Il ne ressort pas des pièces du dossier et des circonstances de fait énoncées aux points 6 et 8 qu'en décidant d'interdire à M. D le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet d'Ille-et-Vilaine a porté une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis par cette décision et aurait ainsi méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou a omis d'attacher une considération primordiale à l'intérêt supérieur de ses enfants. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la décision d'interdiction de retour pendant une durée d'un an aurait sur la situation personnelle de M. D ou de ses enfants des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

23. Il ressort des pièces du dossier et des points 18 à 22 que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an a été précédée d'un examen complet de la situation de M. D.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

24. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

25. Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. "

26. En premier lieu, le présent jugement n'annulant pas la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence doit être annulée, par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

27. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux mentionne les motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'assigner M. D à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et permet au requérant de les contester et au tribunal d'exercer son contrôle en toute connaissance de cause. S'il ne fait pas état d'éléments précis relatifs à sa situation personnelle ou familiale, il ressort du procès-verbal d'audition du 11 mars 2024 que lorsque l'éventualité d'une mesure d'assignation à résidence a été évoquée par l'officier de police judiciaire qui a mené cette audition, le requérant n'a fait état d'aucune contrainte s'opposant à une telle mesure et a affirmé qu'il la respecterait. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté portant assignation à résidence doit être écarté.

28. En troisième lieu, l'arrêté portant assignation à résidence interdit à M. D de sortir de la commune de Rennes sans autorisation, sauf pour satisfaire à son obligation de pointage, se rendre à une convocation de justice ou des services de police et de gendarmerie, ou consulter son avocat, l'oblige à demeurer à l'adresse d'assignation, soit à son domicile actuel, de dix-huit à vingt-et-une heure, à remettre l'original de son passeport et à se présenter les mardi et jeudi non fériés et non chômés à seize heure à la direction zonale de la police aux frontières à Saint-Jacques-de-la-Lande. En se bornant à faire valoir qu'il est le parent isolé de trois enfants scolarisés et qu'il ne présente pas de risque de fuite en raison de sa situation personnelle et familiale, sans faire état et justifier des contraintes qui résulteraient de cette situation et notamment d'une impossibilité de respecter l'obligation de présentation, M. D n'établit pas que ces modalités d'application de la mesure d'assignation à résidence, qui n'a pas pour objet de prévenir un risque de fuite, présentent un caractère disproportionné caractérisant une erreur manifeste d'appréciation.

29. Il résulte des pièces du dossier et des points 27 et 28, que l'arrêté portant assignation a été précédé d'un examen complet de la situation de M. D.

30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D aux fins d'annulation des arrêtés attaqués doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :

31. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. D tendant à l'annulation des arrêtés attaqués, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter également les conclusions présentées aux fins d'injonction.

Sur les frais d'instance :

32. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur leur fondement par M. D.

D É C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet d'Ille-et-Vilaine

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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