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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2401396

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2401396

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2401396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantGOURLAOUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2024, Mme A C, représentée par Me Gourlaouen demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, lui interdit le retour sur ce territoire pendant une durée d'un an et fixe le pays de renvoi ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé à titre principal de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement ;

6°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Gourlaouen sur le fondement des dispositions des article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de l'arrêté portant notamment obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ; elle ne fait pas état de son activité professionnelle et de la scolarisation de sa fille ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit, les dispositions du 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour ne lui étaient pas applicables ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision méconnaît l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- le préfet n'a pas examiné les risques qu'elle court en cas de retour en Géorgie mais s'est cru lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) :

- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- cette décision méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de l'arrêté d'assignation à résidence :

- il doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle excipe de l'illégalité de cette dernière décision et invoque une méconnaissance du troisième alinéa de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les observations de Me Gourlaouen, représentant Mme C ;

- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine,

- et les explications de Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante géorgienne, née en 1985, est entrée en France le 13 octobre 2016 accompagnée de sa fille mineure, née en 2008 en Géorgie. Elle a déposé une demande d'asile le 14 novembre 2016 auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Cette demande a été rejetée, le 14 décembre 2017 par l'OFPRA, puis par la CNDA. Mme C a fait l'objet d'un premier arrêté portant obligation de quitter le territoire français lui accordant un délai de départ volontaire de 30 jours le 3 septembre 2020. Le 22 avril 2021, elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée, le 5 juillet 2021, par une décision devenue définitive de l'OFPRA. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris, le 10 novembre 2021, à l'encontre de l'intéressée un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant la Géorgie comme pays de renvoi. Mme C n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement. Le 11 mars 2024, elle a été convoquée et entendue par un officier de police judiciaire, dans le cadre d'une enquête en la forme préliminaire, étant soupçonnée d'avoir détenu et d'avoir fait usage d'une fausse carte d'identité lithuanienne, faits qu'elle a reconnus lors de son audition. Par le premier arrêté attaqué, du 11 mars 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger Mme C à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par le second arrêté attaqué du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. Mme C justifie du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Il y a lieu, en raison de l'urgence, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et refusant à Mme C un délai de départ volontaire :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / (). ".

4. L'arrêté attaqué comporte l'ensemble des motifs de droit et de fait au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger Mme C à quitter le territoire et de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de ces décisions doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. "

6. Si l'arrêté attaqué vise les 4° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort de ses motifs que le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas entendu fonder l'obligation de quitter le territoire sur les dispositions du 6°. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire serait entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle serait fondée sur ces dispositions est inopérant et ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est présente en France, où elle est arrivée à l'âge de trente-et-un ans, depuis le mois d'octobre 2016. Sa demande d'asile s'est avérée injustifiée. Elle s'est maintenue sur le territoire français malgré les précédents arrêtés portant obligation de quitter le territoire pris à son encontre en 2020 et 2021. Si elle souligne que sa fille, Mme F D, âgée de quinze ans, qui a vocation à la suivre en cas d'éloignement, est scolarisée en classe de seconde générale et présente des troubles psychologiques, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas poursuivre ses études en Géorgie et y bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée aux troubles invoqués, dont l'origine et la gravité ne sont pas précisées. La requérante a déclaré, lors de son audition du 11 mars 2024 vivre en concubinage depuis le mois de janvier 2019 avec M. E, qui a été effectivement éloigné à destination de la Géorgie le 27 août 2022 et qui est actuellement en situation irrégulière sur le territoire français. Si la requérante soutient ne plus avoir en Géorgie que son ex-époux, père de sa fille, avec laquelle elle ne désire plus avoir de contact, elle n'établit pas ne pas avoir de membres de sa famille en Géorgie. Ainsi, si elle a soutenu lors de son audition que sa mère vivait en France, elle n'a pas repris cette allégation dans le cadre de la présente instance. Mme C ne peut valablement invoquer une insertion professionnelle réussie dès lors qu'elle a travaillé en intérim dans le secteur de boucherie en utilisant une fausse carte d'identité lithuanienne, et ainsi en recourant à la fraude, et qu'elle a d'ailleurs cessé de travailler en décembre 2023 lorsque cette fraude a été avérée. Au vu de l'ensemble de ces éléments, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, de tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

10. Ainsi que cela a été déjà relevé au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que la fille de Mme C ne pourrait pas poursuivre ses études en Géorgie et y bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée aux troubles psychologiques invoqués dont ni l'origine ni la gravité n'ont été précisées. Il n'est pas davantage établi qu'elle ne pourrait pas y reconstituer un environnement amical et conserver, si elle le désire, des liens avec ses amis résidant en France. Par suite, il n'est pas établi que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait omis d'attacher une considération primordiale à l'intérêt de la fille de Mme C en décidant de l'obliger à quitter le territoire français.

11. En cinquième lieu, il ne ressort ni des points 4 à 10 ni des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été précédée d'un examen complet de la situation de Mme C.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes du dernier aliéna de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

13. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de la motivation de la décision fixant le pays de renvoi que le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est cru lié par l'appréciation portée par l'OFPRA, puis la CNDA sur les risques invoqués par Mme C dans le cadre de sa demande d'asile. Par ailleurs, Mme C n'établit ni même ne soutient qu'elle aurait produit auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine des éléments relatifs aux risques encourus par elle en cas de retour en Géorgie permettant de remettre en cause l'appréciation des instances de l'asile.

14. En deuxième lieu, Mme C invoque, dans le cadre de la présente instance, des risques totalement différents de ceux dont elle a fait état dans sa demande d'asile. Elle soutient désormais qu'elle a quitté la Géorgie afin de se protéger et de protéger sa fille des violences psychologiques et physiques perpétrées par le père de celle-ci, M. D. Elle soutient qu'après son arrivée en France elle a reçu des menaces téléphoniques de celui-ci et que les femmes victimes de violences domestiques ne sont pas protégées par les autorités géorgiennes. Elle ne produit toutefois aucun élément confirmant le risque qu'elle invoque désormais, dont d'ailleurs elle n'a pas fait état lors de son audition du 11 mars 2024, au cours de laquelle elle s'est présentée comme divorcée du père de sa fille. Sa nouvelle explication des raisons de son départ de Géorgie en octobre 2016 apparaît au demeurant peu compatible avec les motifs de la décision de l'OFPRA du 14 décembre 2017 statuant sur sa demande d'asile, dont il ressort qu'elle faisait alors valoir qu'en raison de son refus de collaborer avec la police financière géorgienne, qui cherchait à compromettre son employeur, elle avait vu son époux se faire agresser, puis licencier et enfin être condamné en octobre 2013 à trois ans d'emprisonnement pour des motifs fallacieux. Il ressort également des motifs de cette décision que M. D a déposé une demande d'asile en France dès 2015 et que celle-ci a été rejetée le 23 décembre 2015. Par suite, Mme C n'établissant pas qu'un retour en Géorgie l'expose à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article, ainsi que de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

16. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

17. l'arrêté attaqué mentionne les motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'interdire à Mme C le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Le préfet y rappelle les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, écarte l'existence de circonstances humanitaires au regard de la situation du requérant, puis examine les quatre critères devant être pris en compte pour fixer la durée d'une interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de la décision interdisant à Mme C le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an doit être écarté.

18. Mme C était présente sur le territoire français depuis plus de sept ans à la date de l'arrêté attaquée. Hormis sa fille mineure qui a vocation à la suivre, seul son frère est présent en France et elle n'apporte aucune précision sur le ou les pays où résideraient les autres membres de sa famille. Son concubin, qui a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire en 2021 et qui a été effectivement éloigné de France en août 2022 après un séjour en prison, est actuellement en situation irrégulière sur le territoire français et n'a donc pas vocation à y rester. Si Mme C a travaillé entre le mois d'août 2021 et le mois de décembre 2023, elle a utilisé durant cette période une fausse carte d'identité Lituanienne pour obtenir des missions en intérim. Elle a fait l'objet antérieurement à l'arrêté attaqué de deux arrêtés portant obligations de quitter le territoire français en 2020 et 2021, devenus définitifs et sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public. Au regard de l'ensemble de ces éléments le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu sans méconnaitre les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixer à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire prise à l'encontre de la requérante.

19. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des éléments caractérisant la situation personnelle et familiale de Mme C, qui sont mentionnés au point 8, qu'en décidant de lui interdire le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté pour les motifs énoncés au point 8.

21. Mme C ne présentant aucune argumentation propre au moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé, ce moyen ne peut qu'être écarté.

22. Il ne ressort ni des points 17 à 21 ni des pièces du dossier que la décision interdisant à Mme C le retour sur le territoire français n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 mars 2024 portant notamment obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

24. Le présent jugement n'annulant pas l'arrêté du 11 mars 2024 portant notamment obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence doit être annulé par voie de conséquence ne peut qu'être écarté.

25. Mme C qui n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, ne peut utilement invoquer cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions en annulation de l'arrêté portant assignation à résidence.

26. Par ailleurs, Mme C ne faisant pas l'objet d'une décision de transfert qui fonderait son assignation à résidence, le moyen tiré de la méconnaissance du troisième alinéa de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et ne peut donc qu'être écarté.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte :

27. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme C tendant à l'annulation des arrêtés attaqués, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter également les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais d'instance :

28. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur leur fondement par Mme C.

D É C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet d'Ille-et-Vilaine

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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