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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2401447

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2401447

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2401447
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLIBEROS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 26 mars 2024, M. B A, représenté par Me Liberos, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) portant refus de délivrance d'une autorisation préalable d'accès à la formation professionnelle aux métiers de la sécurité privée ;

2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS de lui délivrer l'autorisation préalable sollicitée, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation professionnelle et financière, puisqu'elle fait obstacle à ce qu'il crée sa société et en tire des revenus ; il est père d'un enfant mineur et les revenus de sa compagne ne permettent pas de subvenir à leurs besoins et charges fixes ; compte tenu de son âge, les perspectives de retrouver un emploi sont réduites ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de qualification juridique ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ; il justifie n'avoir fait l'objet d'aucune condamnation pénale, ses bulletins n° 3 et n° 2 ne portant aucune mention ; les faits évoqués dans la décision du 10 janvier 2024 ne permettent pas de justifier le refus opposé, eu égard à leur ancienneté et au fait qu'ils sont isolés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite, dès lors que la décision en litige ne modifie pas sa situation juridique et ne l'empêche pas d'exercer une activité professionnelle ; la protection de l'ordre public justifie le maintien de son exécution ;

- M. A ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en particulier :

* la décision portant refus explicite de l'autorisation d'entrée en formation s'est substituée à la décision initiale implicite ; cette décision explicite est motivée en fait et en droit ;

* les faits commis par M. A par le passé, dont la matérialité et l'imputabilité sont établies, sont strictement incompatibles avec l'exercice d'une activité privée de sécurité, impliquant des exigences déontologiques très élevées.

Vu :

- la requête au fond n° 2401391, enregistrée le 13 mars 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mars 2024 :

- le rapport de Mme Thielen ;

- les observations de Me Jeanmougin, substituant Me Liberos, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que les écritures, par les mêmes moyens qu'il développe.

Le CNAPS n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été différée au vendredi 29 mars 2024 à 16 heures.

Un mémoire a été produit pour M. A, enregistré le 28 mars 2024, aux termes duquel il persiste dans ses conclusions, par les mêmes moyens qu'il développe et qui soutient qu'il justifie que les seuls revenus de sa conjointe ne suffisent pas à couvrir leurs charges fixes et incompressibles.

Considérant ce qui suit :

1. Par demande enregistrée le 8 novembre 2023, M. A a sollicité la délivrance d'une autorisation préalable à l'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle à l'exercice d'une activité d'agent privé de sécurité, à laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de faire droit, par décision implicite du 8 janvier 2024, à laquelle s'est substituée une décision explicite du 10 janvier 2024. M. A a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cette décision et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

3. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611- 1 : / () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'État territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'État et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".

4. Lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation préalable d'accès à la formation ou d'une demande de délivrance ou de renouvellement de carte professionnelle pour l'exercice du métier d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'État, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. À ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

5. Pour estimer que les agissements de M. A étaient contraires à l'honneur et la probité et incompatibles avec l'exercice d'une activité d'agent privé de privée et pour refuser subséquemment la délivrance d'une autorisation préalable à l'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle à l'exercice d'une activité d'agent privé de sécurité, le directeur du CNAPS s'est fondé sur les éléments recueillis lors de l'enquête administrative diligentée à l'occasion de sa demande, laquelle a révélé que l'intéressé avait été mis en cause pour des faits de travail clandestin, destruction ou détérioration importante du bien d'autrui et violence ayant entraîné une ITT de moins de huit jours commis le 5 octobre 2006, des faits d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique commis le 29 mai 2006, des faits de conduite d'un véhicule en état d'ivresse commis le 3 octobre 2004 et des faits de violence volontaire par conjoint avec ITT de moins de huit jours, commis le 22 octobre 2000.

6. Si la matérialité des faits reprochés est établie, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure apparaît de nature, en l'état de l'instruction et eu égard à la nature et l'ancienneté des faits en cause, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

En ce qui concerne l'urgence :

7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

8. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. A soutient qu'elle fait obstacle à ce qu'il crée sa société, alors même que son âge ne lui permet plus d'avoir de perspectives d'emploi et que les seuls revenus de sa conjointe ne permettent pas d'assumer les charges fixes de leur foyer, qui compte un enfant.

9. S'il ressort à cet égard des pièces du dossier que M. A ne travaille pas et ne perçoit plus d'allocations de retour à l'emploi, ayant épuisé ses droits, il en ressort également que sa conjointe perçoit un salaire mensuel d'environ 1 500 euros, outre des prestations sociales à hauteur de 800 euros, ce qui leur permet des couvrir les charges incompressibles de leur foyer, dont ils justifient, à hauteur de 1 100 euros, auxquels il convient d'ajouter les dépenses courantes, alimentaires notamment. Dans ces circonstances, M. A n'établit pas que la décision en litige préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation financière et professionnelle pour que la condition d'urgence puisse être regardée comme satisfaite.

10. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de la décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) portant refus de délivrance d'une autorisation préalable d'accès à la formation professionnelle aux métiers de la sécurité privée ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

11. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Fait à Rennes, le 3 avril 2024.

Le juge des référés,

signé

O. ThielenLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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