mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2401466 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BLANCHOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mars 2024, M. C A représenté par Me Blanchot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, à titre subsidiaire, d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français, à titre infiniment subsidiaire, d'annuler l'interdiction de retour sur le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement, ou à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'une semaine à compter du jugement ;
3°) d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Blanchot d'une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il a transmis un document médical important daté du 28 août 2023 à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui ne semble pas avoir été pris en compte par le collège de médecins de l'OFII ;
- cette décision méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ; il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement médical approprié dans son pays d'origine ; en 2022 le collège de médecins de l'OFII et le préfet du Finistère ont reconnu qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Géorgie ; le certificat médical du 16 novembre 2023 atteste qu'il justifie de nouveaux éléments concernant son état de santé, lesquels nécessitent un réexamen de sa situation ;
- l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour conduit à constater l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire prise sur son fondement ;
- l'obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;
- cette décision qui le présente comme " se déclarant séparé " est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il a une compagne qui a déposé une demande de titre de séjour en tant qu'accompagnante de personne malade ; cette erreur de fait établit que sa situation n'a pas été suffisamment examinée ;
- cette décision méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire implique l'illégalité de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français, prise sur son fondement ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle mentionne qu'il ne justifie d'aucun lien privé ou familial en France alors que sa compagne y réside ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du 22 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Albouy a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant géorgien né en 1977, est entré en France le 22 février 2022. Il a sollicité l'asile, mais sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 juin 2022 et son recours contre cette décision a été rejeté par la Cour national du droit d'asile le 18 octobre 2022. Il s'est toutefois vu délivrer une autorisation provisoire de séjour pour la période du 15 novembre 2022 au 14 mai 2023 en raison de son état de santé, autorisation dont il a demandé le renouvellement le 30 mai 2023. Par l'arrêté attaqué du 16 novembre 2023, le préfet du Finistère a décidé de rejeter cette demande et d'obliger M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par ce même arrêté, il a fixé la Géorgie comme pays de renvoi et interdit au requérant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant de délivrer à M. A un titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
3. En vertu des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à l'autorisation provisoire de séjour prévue à l'article L. 425-10, doit émettre son avis, au vu, d'une part, du rapport médical établi par un médecin de l'OFII, et d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
4. En premier lieu, si M. A fait valoir qu'il a communiqué à l'OFII, avant que le collège de médecins de cet office ne rende son avis du 13 septembre 2023, un document médical daté du 28 août 2023, dont il n'est pas établi qu'il aurait été pris en compte, il ne justifie pas d'un envoi de ce document antérieur à cet avis. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure doit être écarté.
5. En deuxième lieu, par son avis du 13 septembre 2023, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Géorgie et voyager sans risque à destination de ce pays. Le préfet du Finistère a repris à son compte cette appréciation dans l'arrêté attaqué. M. A conteste cet avis et fait valoir qu'il souffre d'un cancer du côlon qui ne pourrait pas faire l'objet d'une prise en charge médicale adaptée en Géorgie. Toutefois, les documents médicaux qu'il produit, s'ils indiquent qu'il a effectivement souffert d'un cancer du côlon en 2019, en raison duquel il a subi, en Géorgie, une intervention chirurgicale, puis des séances de radiothérapie, mentionnent uniquement qu'il fait désormais l'objet d'un suivi hépatho-gastro-entérologique, qu'il a subi en août 2023 une iléo-coloscopie ayant donné lieu à la résection de polypes et qu'il doit faire l'objet d'une coloscopie semestrielle. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier qu'il a été convoqué à un rendez-vous, le 8 avril 2024, au service de chirurgie ambulatoire du centre hospitalier universitaire de Brest, dont il ne précise ni l'objet ni le résultat, alors qu'il est compatible avec le suivi dont il fait l'objet. Enfin si le certificat médical établi par un médecin du centre d'accueil médicalisé " Point H " de Brest, le 16 novembre 2023, et communiqué à l'administration postérieurement à l'arrêté attaqué du même jour, fait état de ce que M. A risque d'être privé en Géorgie de la prise en charge médicale rendu nécessaire par son état de santé, cette dernière affirmation n'y est aucunement justifiée ou explicitée en sorte qu'un tel certificat médical ne saurait contredire valablement l'avis rendu le 13 septembre 2023 par le collège de médecins de l'OFII. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou serait entachée d'une erreur d'appréciation de la disponibilité d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé en Géorgie.
6. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que de ce qui précède, que la décision refusant de délivrer à M. A un titre de séjour a été précédée d'un examen complet de sa situation.
7. Il résulte des points 4 à 6 que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ".
9. En premier lieu, M. A qui n'établit pas l'illégalité de la décision ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, ne peut valablement invoquer cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".
11. L'arrêté attaqué indique les motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet du Finistère a décidé de ne pas délivrer à M. A le titre de séjour visé à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il relève également que sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 octobre 2022, examine la situation du requérant au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que la décision portant obligation de quitter le territoire est prise sur le fondement des 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la motivation de cette dernière décision serait insuffisante doit être écarté.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
13. M. A pouvant bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé en Géorgie, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en est de même, pour le même motif, du moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation de cette possibilité.
14. En quatrième lieu, à la date de l'arrêté attaqué, M. A était présent en France depuis moins de deux ans. S'il fait valoir que sa compagne, Mme B l'a rejoint en France et a sollicité le 15 décembre 2022, une autorisation provisoire de séjour en tant qu'accompagnante d'un étranger malade, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de l'attestation de demande d'asile en procédure accélérée délivrée par la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 3 mars 2023 et valable jusqu'au 2 septembre 2023 produite par le requérant, que cette personne était en situation régulière à la date de l'arrêté attaqué ou qu'elle pourrait se prévaloir d'un droit au séjour en France autonome de celui du requérant. M. A fait également valoir qu'il a un fils en Espagne, issu de son mariage dans ce pays où réside également son ancienne épouse. Toutefois il n'établit ni même ne soutient avoir conservé des liens avec lui et notamment l'avoir rencontré depuis son arrivée en France. Par ailleurs, ainsi que cela a été relevé au point 5, M. A peut faire l'objet d'une prise en charge médicale appropriée à son état de santé en Géorgie. Dès lors, il ne peut valablement faire valoir qu'il aurait en France des liens privés et familiaux anciens, importants et intenses et n'est pas fondé à soutenir qu'en décidant de l'obliger à quitter le territoire, le préfet du Finistère aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa situation personnelle.
15. En cinquième lieu, dès lors, que la décision portant obligation de quitter le territoire pouvait être prise en tenant compte de la présence en France de Mme B, la circonstance que l'arrêté attaqué n'en fasse pas état et souligne que M. A se déclare séparé et sans enfant à charge ne constitue pas une erreur de fait substantielle qui justifierait l'annulation de cette décision.
16. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier et résulte des points 9 à 15 ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire a été précédée d'un examen suffisant de la situation de M. A.
17. Il résulte des points 9 à 16 que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
18. M. A, qui n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut valablement invoquer cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision d'interdiction de retour.
19. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
20. Ainsi que cela a été relevé au point 14, M. A ne justifie pas de liens personnels et familiaux importants, anciens et intenses en France. Présentant, lui-même, la présence en France de sa compagne comme résultant de sa volonté de le rejoindre, il ne peut valablement s'en prévaloir comme d'un lien le rattachant à la France. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences ainsi que d'une erreur de fait.
21. Le préfet du Finistère a décidé d'interdire à M. A le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, malgré l'absence de précédente mesure d'éloignement, aux motifs que son entrée en France était très récente, qu'il ne justifiait d'aucun lien privé ou familial sur le territoire français, et qu'il a été condamné pour vol le 20 mars 2023 à une amende de deux cents euros. Le préfet justifie de la réalité de cette condamnation par la production du bulletin numéro 2 de son casier judiciaire. Si les faits de vol simple commis le 8 juillet 2022, à l'origine de cette condamnation, ne caractérisent pas, à eux seuls, une menace grave pour l'ordre public, le préfet du Finistère a pu valablement en tenir compte. Une telle menace, la faible durée de la présence du requérant sur le territoire français et l'absence de lien avec la France sont de nature, malgré l'absence de mesure d'éloignement antérieure à l'arrêté attaqué, à justifier légalement l'interdiction de retour édictée par le préfet du Finistère, ainsi que sa durée d'un an.
Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte :
22. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. A présentées aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
23. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, la demande présentée par M. A sur le fondement de ces dispositions, doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Blanchot et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 29 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026