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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2401565

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2401565

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2401565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS SAIDJI & MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mars et 3 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Moreau, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 15 février 2024 de la ministre de la culture prononçant son placement en disponibilité d'office pour raisons de santé pour une durée de six mois, à compter du 8 décembre 2023, et révélant un refus d'octroi d'un congé de longue maladie ;

2°) d'enjoindre à la ministre de la culture de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, le temps de ce réexamen, de la placer sans délai en congé de longue maladie ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation financière, la privant de tout traitement, ainsi que de tout droit à l'avancement et à la retraite ; son traitement constitue la principale source de revenus de son foyer, son compagnon ne percevant qu'un salaire de 950 euros nets, alors qu'ils ont deux enfants à charge ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle est entachée d'un vice de procédure, en tant que le comité médical n'a pas été saisi de sa demande de congé de longue maladie, ce qui l'a privée d'une garantie ;

* elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige ; en particulier :

- il n'a pas à être motivé dès lors qu'il place Mme A en position statutaire, à l'expiration de ses doits à congé de maladie ordinaire ;

- l'arrêté ne se prononce pas sur une demande de placement en congé de longue maladie, de sorte que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation est également inopérant ;

- il en est de même du nouveau moyen soulevé, tiré du vice de procédure : le placement en disponibilité d'office pour raisons de santé est seulement subordonné à la consultation du comité médical départemental, saisi de l'aptitude de l'agent à exercer ses fonctions ; en tout état de cause, le comité médical a délivré, le 31 août 2023, un avis défavorable à la demande de congé de longue maladie de Mme A, qui a été suivi et a donné lieu à une décision de refus, le 11 septembre 2023.

Vu :

- la requête au fond n° 2401494, enregistrée le 15 mars 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thielen a été entendu au cours de l'audience publique du 4 avril 2024.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Mme A, professeur des écoles d'architecture de 2ème classe, affectée au sein de l'École nationale supérieure d'architecture de Bretagne, a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 8 décembre 2022. Elle a sollicité son placement en congé de longue maladie, le 29 juin 2023, qui a fait l'objet d'un avis défavorable du comité médical du 31 août 2023, motif pris de ce que le critère de gravité n'était pas satisfait, et d'une décision de refus de la ministre de la culture du 11 septembre 2023. Elle a renouvelé sa demande par courrier du 4 décembre 2023, reçue le 8 janvier 2024. Le comité médical, saisi de la question de son aptitude à la reprise de ses fonctions a, lors de sa séance du 15 février 2024, conclu à son inaptitude temporaire à la reprise de ses fonctions et préconisé son placement en disponibilité d'office pour raison de santé pour six mois, à compter du 8 décembre 2023, date d'échéance de ses droits à congé de maladie ordinaire. Par arrêté du même jour, la ministre de la culture, suivant cet avis, l'a placée en disponibilité d'office pour raisons de santé pour la durée préconisée. Par un courrier du même jour, portant visa des textes applicables et mention des voies et délai de recours, la ministre de la culture a informé Mme A de ce que le comité médical avait, lors de cette séance du 15 février 2024, également émis un avis défavorable à l'attribution d'un congé de longue maladie et qu'elle avait décidé de suivre cet avis. Eu égard aux mentions et termes de ce courrier du 15 février 2024, et contrairement à ce qu'elle fait valoir, la ministre de la culture doit être regardée comme ayant non seulement placé Mme A en disponibilité d'office pour raisons de santé mais également rejeté sa nouvelle demande d'attribution d'un congé de longue maladie.

3. Aux termes de l'article 7 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " I. - Les conseils médicaux en formation restreinte sont consultés pour avis sur : / 1° L'octroi d'une première période de congé de longue maladie ou de congé de longue durée ; / () / 3° La réintégration à expiration des droits à congés pour raison de santé ; / () / 5° La mise en disponibilité d'office pour raison de santé, son renouvellement et la réintégration à l'issue d'une période de disponibilité pour raison de santé ; / () ". Aux termes de son article 27 : " Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du conseil médical : en cas d'avis défavorable, () il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis d'un conseil médical. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ". Aux termes, par ailleurs, de son article 34 : " Lorsqu'un chef de service estime, au vu d'une attestation médicale ou sur le rapport des supérieurs hiérarchiques, que l'état de santé d'un fonctionnaire pourrait justifier qu'il lui soit fait application des dispositions de l'article 34 (3° ou 4°) [relatifs respectivement aux congés de longue maladie et de longue durée] de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, il saisit le conseil médical de cette question. Il informe de cette saisine le médecin du travail qui transmet un rapport au conseil médical ". Aux termes de son article 35 : " Pour obtenir un congé de longue maladie ou de longue durée, le fonctionnaire en position d'activité doit adresser à son chef de service une demande appuyée d'un certificat d'un médecin spécifiant qu'ils sont susceptibles de bénéficier des dispositions de l'article 34 (3° ou 4°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. / Le médecin adresse au président du conseil médical un résumé de ses observations et toute pièce justifiant la situation du fonctionnaire. / () ". Aux termes, enfin, de son article 17 : " L'avis d'un conseil médical rendu en formation restreinte peut être contesté devant le conseil médical supérieur par l'administration ou le fonctionnaire intéressé dans le délai de deux mois à compter de sa notification. / La contestation est présentée au conseil médical concerné qui la transmet au conseil médical supérieur et en informe le fonctionnaire et l'administration. / Le conseil médical supérieur peut faire procéder à une expertise médicale complémentaire. / Il se prononce sur la base des pièces figurant au dossier le jour où il l'examine. / En l'absence d'avis émis par le conseil médical supérieur dans le délai de quatre mois après la date à laquelle il dispose du dossier, l'avis du conseil médical en formation restreinte est réputé confirmé. Ce délai est suspendu lorsque le conseil médical supérieur fait procéder à une expertise médicale complémentaire. / L'administration rend une nouvelle décision au vu de l'avis du conseil médical supérieur ou, à défaut, à l'expiration du délai de quatre mois prévu à l'alinéa précédent ".

4. Il ressort des pièces du dossier que si l'expertise médicale réalisée le 10 janvier 2024 par un médecin spécialiste en psychiatrie a porté sur la question de l'aptitude de Mme A à reprendre ses fonctions, à l'échéance de ses droits à congé de maladie ordinaire, le praticien commis a relevé, dans son rapport, une aggravation de son état général et surtout des troubles thymiques depuis la précédente expertise, diligentée en août 2023 pour l'instruction de sa première demande d'attribution de congé de longue maladie. Il ressort de ces mêmes pièces que la ministre de la culture a saisi le comité médical, le 17 janvier 2024, de la nouvelle demande d'attribution de congé de longue maladie, reçue de l'intéressée le 8 précédent, lequel comité médical a, par décision du 31 janvier 2024, rejeté cette saisine comme irrecevable, au motif qu'un avis défavorable avait été précédemment rendu sur la demande d'attribution d'un congé de longue maladie, le 31 août 2023, qui n'avait fait l'objet d'aucune contestation devant le comité médical supérieur dans le délai de deux mois.

5. Il est à cet égard constant que Mme A n'a pas contesté le premier avis du comité médical rendu lors de sa séance du 31 août 2023. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la ministre de la culture a, avant de rejeter la nouvelle demande d'attribution de congé de longue maladie dont Mme A l'avait saisie, transmis cette demande au comité médical, lequel a refusé de l'instruire au motif de son irrecevabilité, le certificat médical joint à sa nouvelle demande d'attribution d'un congé de longue maladie, daté du 9 décembre 2023, retraçant, au demeurant, l'historique de la symptomatologie sans relever d'aggravation justifiant que puisse être éventuellement remise en cause l'appréciation portée par le comité médical sur la gravité de son état. Dans ces circonstances et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision en litige, portant nouveau refus d'attribution d'un congé de longue maladie, serait entachée d'un vice de procédure, motif pris de l'absence de saisine du comité médical, n'apparaît pas propre à créer un doute sérieux quant à sa légalité. Il appartient à Mme A, si elle s'y croit fondée, de contester éventuellement l'irrecevabilité de sa saisine opposée par le comité médical, devant le comité médical supérieur ou, le cas échéant, de présenter une nouvelle demande en se prévalant des conclusions de l'expertise médicale du 10 janvier 2024.

6. Aucun des autres moyens invoqués par Mme A et analysés ci-dessus n'apparaît davantage propre, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant refus d'attribution d'un congé de longue maladie.

7. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de Mme A tendant à la suspension de l'exécution de la décision de la ministre de la culture portant refus d'attribution d'un congé de longue maladie ne peuvent, par suite et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la ministre de la culture.

Fait à Rennes, le 15 avril 2024.

Le juge des référés,

signé

O. ThielenLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

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