vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2401585 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | NOHE-THOMAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire non communiqué, enregistrés les 20 mars et 22 mai 2024, M. M'hamed A, représenté par Me Nohe-Thomas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2024 du préfet du Finistère portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination, et obligation de remettre son passeport et de se rendre une fois par semaine aux services de la police nationale de Brest ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 € par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation personnelle ;
- elle est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de se présenter aux services de la police nationale :
- elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il ne présente aucun risque de fuite.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Tronel,
- et les observations de Me Nohe-Thomas.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 3 de l'accord franco-marocain susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1erdu présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles ". Aux termes du premier alinéa de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". L'accord franco-marocain renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord.
2. D'autre part, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". L'article R. 5221-1 du même code dispose que : " I. Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail () 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse (). ". Aux termes des dispositions de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet () ". Enfin, selon les dispositions de l'article R. 5221-20 du même code, l'autorisation de travail est accordée, notamment, lorsque l'emploi proposé relève de la liste des métiers en tension établie par arrêté. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 5221-2 et L. 5221-5 du code du travail que, pour obtenir un titre de séjour pour l'exercice d'une activité salariée, l'étranger doit préalablement justifier d'une autorisation de travail. Dès lors que sa délivrance permet d'établir que l'étranger satisfait aux critères définis à l'article R. 5221-20 du même code, lui donnant droit, sous réserve notamment des cas de fraude ou de menace à l'ordre public, de se voir délivrer une autorisation de séjour temporaire portant la mention " salarié ", l'autorisation de travail constitue une décision créatrice de droits.
3. En réponse à une mesure d'instruction, M. A, de nationalité marocaine, a versé à l'instance les pièces de la demande d'autorisation de travail déposée par la société Alpha Propreté sur la plate-forme " main d'œuvre étrangère ". Il s'agit d'une demande d'autorisation pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger résidant en France (formulaire Cerfa n° 15186*03), indiquant que M. A réside à Brest. Le préfet, à qui ces pièces ont été communiquées, fait valoir que la société Alpha Propreté a sollicité une autorisation de travail pour un étranger résidant hors de France, sans toutefois le justifier. Il doit donc être tenu pour établi que la demande d'autorisation de travail a été formulée pour un étranger résidant en France. Il en résulte que c'est à tort que le préfet a délivré une autorisation de travail pour un étranger résidant hors de France. Dans ces conditions, en refusant le titre de séjour sollicité par M. A sur le fondement de l'article 3 de la convention franco-marocaine, au motif que l'autorisation de travail obtenue par la société Alpha Propreté l'a été pour un étranger résidant hors de France, alors que l'erreur incombe à ses services et qu'il lui appartenait de la rectifier, le préfet a entaché sa décision d'un examen insuffisant de la situation personnelle de l'intéressé.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () ".
5. Dès lors que M. A est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 11 mai 2023 en qualité d'agent de maîtrise ainsi que d'une autorisation de travail dont il n'est pas établi qu'elle a été obtenue par fraude, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Finistère, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Finistère du 19 février 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer à M. A un titre de séjour mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. M'hamed A et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, où siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le président rapporteur,
signé
N. Tronel L'assesseure la plus ancienne,
signé
F. Pottier
La greffière,
signé
E. Fournet
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026