jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2401715 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mars 2024, Mme D A C, représentée par Me Calonne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une décision du 22 février 2024, Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Pellerin a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A C, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 25 décembre 1977, est entrée en France le 11 janvier 2012 pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 septembre 2012 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 21 mai 2013. Le 11 septembre 2012, Mme A C a sollicité un titre de séjour pour raisons médicales. Après avoir délivré à la requérante une autorisation provisoire de séjour le 6 décembre 2012, régulièrement renouvelée, le préfet des Côtes-d'Armor lui a délivré, le 6 janvier 2014 un titre de séjour pour raisons médicales d'une durée d'un an, renouvelé à plusieurs reprises jusqu'au 6 mars 2017, puis un titre de séjour valable du 27 juin 2017 au 26 juin 2019. Ces titres étaient assorties d'une autorisation de travail. La requérante a présenté, le 24 mai 2019, une demande de renouvellement de son titre de séjour pour raisons médicales. A la suite de l'avis défavorable du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 octobre 2019, la commission du titre de séjour, saisie par le préfet des Côtes-d'Armor, a émis un avis défavorable à la régularisation de la situation administrative de Mme A C le 29 novembre 2023. Par un arrêté du 12 janvier 2024, dont Mme A C demande l'annulation, le préfet des Côtes-d'Armor a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (). ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A C a occupé un emploi d'agent de production en intérim entre le 23 mars 2021 et le 4 mars 2022, a été placée en arrêt de travail du 19 janvier 2022 au 19 mai 2023 à la suite d'un accident du travail dont elle a été victime le 19 janvier 2022. Elle a obtenu, le 24 novembre 2023, une promesse d'embauche par la société Renco-Excellence Degriff pour occuper un poste d'employée polyvalente et elle occupe cet emploi depuis le 17 janvier 2024. Mme A C conteste le caractère précaire de cet emploi relevé par l'avis défavorable de la commission du titre de séjour du 29 novembre 2023 et l'arrêté attaqué en soutenant avoir été recrutée dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Toutefois, cet emploi présentait un caractère fort récent à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté attaqué et de l'avis précité, sans que cela soit contesté par la requérante, que cette dernière a deux enfants, âgés de 15 et 23 ans, qui résident en République démocratique du Congo. Dans ces conditions, alors même qu'elle réside en France depuis plus de dix ans, Mme A C n'établit l'existence ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Mme A C fait état de la stabilité de sa relation avec son compagnon, ressortissant français, avec lequel elle projette de se marier et d'avoir des enfants. Toutefois, la production d'une seule attestation de l'intéressée ne saurait suffire à établir la réalité et la stabilité de cette relation alors qu'à l'inverse, les pièces du dossier révèlent une absence de communauté de vie, la requérante résidant à Saint-Brieuc et son compagnon à Palaiseau. Par ailleurs, il est constant que les deux enfants de la requérante, âgés de 15 et 23 ans, résident en République démocratique du Congo, où la requérante a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 35 ans. Si la requérante se prévaut de liens forts avec son frère et sa sœur qui résident en situation régulière en France ainsi que du décès de sa mère, ces circonstances ne remettent pas en cause l'existence d'attaches familiales fortes en République démocratique du Congo. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2024. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A C et au préfet des
Côtes-d'Armor.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
M. B, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
C. Pellerin
La présidente,
Signé
C. GrenierLa greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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