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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2401777

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2401777

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2401777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, M. B A, représenté par Me Mouanga Diatantou, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle déposée par M. A le 2 avril 2024 a été rejetée par une décision du 30 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme René a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né en 1991, est entré en France le 12 octobre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant. Il a sollicité le 28 novembre 2023 le renouvellement de son titre de séjour portant mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 février 2024 dont il demande l'annulation, le préfet du Finistère a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies, en tenant compte, notamment, de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi et que le postulant dispose de moyens d'existence suffisants, ces critères présentant un caractère cumulatif.

3. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir validé un master 2 en droit public en 2021, M. A s'est inscrit à l'institut d'études judiciaires de l'université de Bretagne occidentale au titre des années 2021-2022, 2022-2023 et 2023-2024 en formation " préparation concours ". Le requérant admet qu'il a échoué à l'examen d'accès au centre régional de formation professionnelle d'avocats en 2022 et expose qu'il n'a pas passé cet examen en 2023 afin de préserver une chance supplémentaire pour mieux s'y préparer, le nombre maximal de tentatives étant limité à trois. En dépit de la difficulté de l'examen d'accès au centre régional de formation professionnelle d'avocats, ces circonstances témoignent d'une absence de progression dans ses études depuis 2021. M. A, qui se borne à produire deux conventions de stage concernant des stages dans un cabinet d'avocat pour des volumes horaires de 483 heures, représentant 3 mois et 3 jours, entre le 3 avril 2023 et le 31 août 2023 et 728 heures, soit 4 mois et 16 jours, entre le 4 décembre 2023 et le 30 mai 2024, n'apporte par ailleurs aucun élément de nature à démontrer son assiduité dans la préparation qu'il suit à l'institut d'études judiciaires alors que dans l'arrêté attaqué le préfet relève au contraire sans être contesté que les résultats obtenus les années précédentes font état de défaillances et d'absences injustifiées. Dans ces conditions, le préfet du Finistère a pu refuser de renouveler le titre de séjour de M. A au motif que les études de l'intéressé ne présentaient pas un caractère suffisamment réel et sérieux sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. En l'espèce, le requérant, dont la présence sur le territoire français depuis le 12 octobre 2020 était encore relativement récente à la date de la décision attaquée, ne se prévaut d'aucune attache familiale en France. Il admet être célibataire et n'allègue pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Son parcours universitaire, son expérience professionnelle, sa participation à différentes activités d'un club de football et son adhésion à un parti politique ne sont pas suffisants à établir, eu égard notamment à la durée de sa présence en France, que les décisions attaquées porteraient à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées dans leur ensemble.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. A à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, ne nécessite aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions du requérant aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

É. Fournet

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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