jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2401846 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BOEZEC CARON BOUCHE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 avril 2024, M. J I, représenté par Me Boézec, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet du Morbihan lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays de destination et l'a obligé à remettre son passeport et lui a fixé des obligations de présentation, à la brigade de gendarmerie de Pont-Scorff afin d'y indiquer les diligences accomplies dans les préparatifs de son départ ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen approfondi de sa situation, car contrairement à ce qu'avance le préfet, Mme C H est présente sur le territoire français sa fille B A ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les articles L. 423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il vit sur le territoire français depuis le 4 août 2016, soit depuis maintenant plus de 7 ans, réside avec son père et sa mère, les époux I, en situation régulière, il justifie ne plus être marié en Arménie avec la mère de son fils et est en couple avec Mme C H, en situation régulière sur le territoire, avec qui il a eu une fille du nom de B A ; l'ensemble de ses projets sont maintenant ancrés en France, où il construit sa vie depuis plus de 7 ans maintenant ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité du titre de séjour ;
- elle est elle-même illégale compte tenu des développements précédents ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité du titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision l'obligeant à remettre son passeport et lui fixant des obligations de présentation est illégale du fait de l'illégalité du titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. I ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes,
- et les observations de Me Boézec, représentant M. I.
Considérant ce qui suit :
1. M. I, ressortissant arménien, déclare être entré de manière irrégulière en France le 9 juillet 2016. A son arrivée en France, il a été placé sous procédure Dublin et a fait l'objet d'un arrêté portant remise aux autorités italiennes le 16 mai 2017, auquel il s'est soustrait. Après l'échec de la procédure Dublin, M. I a déposé une demande d'asile en France le 24 avril 2018, mais l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande par une décision du 28 novembre 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 mai 2019. Le 22 juin 2023, M. I a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, dans le cadre des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 29 février 2024, au regard des éléments qui ont été portés par l'intéressé à sa connaissance à l'occasion de sa demande de titre de séjour, le préfet du Morbihan a décidé d'édicter à son encontre un arrêté portant refus d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai volontaire de trente jours, et fixation du pays de renvoi à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays pour lequel il établit être légalement admissible. Par la présente requête M. I demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Morbihan du 31 août 2022, le préfet de ce département a donné délégation à Mme F E, chef du bureau des étrangers et de la nationalité, à l'effet de signer notamment les décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et, en l'absence de M. D G, directeur de la citoyenneté et de la légalité, les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce avec précision les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ainsi, et alors que le préfet n'était pas tenu de citer tous les éléments de la situation des intéressés, il est suffisamment motivé et répond aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Si l'arrêté ne mentionne pas que M. I vivrait en couple sur le territoire français avec Mme C H, en situation régulière, et avec qui, il a eu une fille du nom de B A, cette omission vient d'une confusion dans ses propres déclarations, car, après n'avoir cité lors de sa demande d'asile, l'existence de seulement deux membres de sa famille, il a déclaré, lors d'une audition pour infraction, avoir une femme et un enfant restés en Arménie et à cette occasion n'a pas mentionné sa compagne et son enfant présents en France. Également, alors qu'il a aussi déclaré qu'il était officiellement marié en Arménie, il n'a transmis aucun document relatif à un quelconque divorce. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Morbihan se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. I. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle manquent en fait et doivent être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
5. M. I fait valoir qu'il vit sur le territoire français depuis le 4 août 2016, où il construit sa vie depuis plus de 7 ans maintenant, réside avec son père et sa mère, en situation régulière, qu'il les aide du fait de leur état de santé, et qu'il est en couple avec Mme C H, également en situation régulière sur le territoire, avec qui il a eu une fille. Toutefois, si M. I est père d'une enfant mineure, B A H, née en février 2017 à Quimper, il ressort des pièces du dossier et notamment des propres déclarations de sa mère, qu'elle a vécu exclusivement chez celle-ci depuis la séparation de ses parents et qu'elle n'a revu son père pour la première fois que fin 2023. Les seules déclarations établies pour les besoins de la cause selon lesquelles le couple voudrait se donner une nouvelle chance, ne permettent pas toutefois d'établir un lien d'une quelconque intensité entre M. I et sa fille. En outre, si M. I prétend aider ses ascendants face aux difficultés liées à leurs états de santé respectifs, il ne justifie pas de la nécessité de sa présence auprès d'eux à ce titre. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune insertion d'une particulière intensité dans la société française, d'aucun emploi ni d'aucun revenu, si ce n'est l'allocation d'adulte handicapée dont bénéficie son père Dès lors, la décision du 29 février 2024 du préfet du Morbihan refusant un titre de séjour à M. I ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne méconnaît pas l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que M. I ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté, ainsi que celui tiré de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, pour les motifs énoncés au point 3, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
7. En deuxième lieu, les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français en conséquence de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.
8. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués plus haut, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français compte tenu des arguments soulevés précédemment doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de retour :
9. Les conclusions à fin d'annulation du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de retour en conséquence de l'exception d'illégalité du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne la décision l'obligeant à remettre son passeport et lui fixant des obligations de présentation :
10. Les conclusions à fin d'annulation du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision l'obligeant à remettre son passeport et lui fixant des obligations de présentation en conséquence de l'exception d'illégalité du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l' article L. 761-1 du code de justice administrative fait obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que le requérant et son conseil demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Sur les dépens :
14. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Dès lors, les conclusions en ce sens présentées par M. I doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. I est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. J I, et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Renée, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
G. Descombes L'assesseur le plus ancien,
Signé
P. Le Roux
La greffière,
Signé
L. Garval
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026