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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2401883

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2401883

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2401883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCHANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 4, 5 et 8 avril 2024, M. B A, représenté par Me Chanet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision l'assignant à résidence attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est disproportionnée au regard de sa situation, qui a changé depuis l'intervention de la décision l'obligeant à quitter le territoire français du 11 août 2022 dès lors qu'il est désormais père d'une enfant née le 19 décembre 2023 de nationalité française ; il a saisi le juge des référés du tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'une demande de suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 août 2022 ;

- la décision fixant les modalités de l'assignation à résidence sont disproportionnées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le greffe du tribunal a informé le requérant, par mail, à l'adresse communiquée par son conseil, des date et heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René ;

- et les observations de M. C, représentant le préfet du Morbihan, qui développe ses écritures.

M. A n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 5 novembre 1993, est entré irrégulièrement sur le territoire français, selon ses déclarations, en juillet 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 décembre 2020, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 avril 2021. Il a fait l'objet d'une première décision l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours par un arrêté du préfet du Morbihan du 9 juin 2021. Il n'a pas exécuté cette décision et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. M. A a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui a été déclarée irrecevable par décision du 6 juillet 2022. Par un nouvel arrêté du 11 août 2022 devenu définitif, le préfet du Morbihan lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 2 avril 2024 dont M. A demande l'annulation, le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. M. A ne justifiant pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision d'assignation à résidence contestée comporte l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions précitées de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré du caractère insuffisamment motivé de cette décision doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I.- L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article R. 733-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

6. Pour décider d'assigner à résidence M. A, le préfet du Morbihan s'est fondé sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur son précédent arrêté du 11 août 2022 lui portant notamment obligation de quitter le territoire français sans délai. Cet arrêté, pris moins de trois ans avant la décision d'assignation attaquée, étant devenu définitif et la demande de suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 août 2022 présentée par le requérant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ayant été rejetée par une ordonnance du juge des référés du tribunal du 8 avril 2024, M. A ne peut utilement se prévaloir de changements de circonstances de fait intervenues depuis la mesure d'éloignement dont il fait l'objet à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'assignant à résidence, en particulier s'agissant de la naissance le 19 décembre 2023 de sa fille de nationalité française dont il allègue, au demeurant sans l'établir par les pièces qu'il produit, contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation.

7. M. A faisant l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français prise moins de trois ans avant l'arrêté attaqué, il se trouvait, à la date de cet arrêté, dans le cas où le préfet du Morbihan pouvait décider de son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dès lors qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ne demeurerait pas une perspective raisonnable et que, justifiant d'une adresse de domiciliation, il présente des garanties de représentation propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à l'exécution de cette mesure, évitant, en cela, son placement en rétention administrative, sans qu'aient d'incidence à cet égard les circonstances qu'il serait susceptible de solliciter un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et qu'il n'aurait pas l'intention de se soustraire à ses obligations administratives et familiales.

8. Enfin, si M. A soutient que les mesures de surveillance qui lui sont imposées sont disproportionnées s'agissant de l'obligation de se présenter tous les jours à 9 heures sauf week-ends et jours fériés au commissariat de police de Lorient dès lors qu'il ne possède pas de permis de conduire français et que sa compagne actuellement en congé maternité reprendra prochainement le travail, le requérant n'apporte aucune justification permettant de démontrer que la décision fixant les modalités de son assignation à résidence serait dans cette mesure disproportionnée au regard de sa situation personnelle et familiale. Il ne ressort notamment pas des pièces du dossier qu'il ne serait pas en capacité d'exécuter cette obligation de pointage en utilisant un autre mode de transport, notamment les transports en commun qui permettent, selon la copie d'écran produite par le préfet, de relier Hennebont où est assigné à résidence l'intéressé à Lorient en environ 40 minutes.

9. Il résulte de ce qui précède que, eu égard notamment à la durée de l'assignation et aux obligations imposées à M. A, les décisions l'assignant à résidence et fixant les modalités de cette assignation ne peuvent être regardées comme disproportionnées par rapport au but poursuivi ou entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au profit de son conseil au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. RenéLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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