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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2401905

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2401905

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2401905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantJINCQ-LE-BOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête, enregistrée le 4 avril 2024 sous le n° 2401905, M. G E, représenté par Me Jincq-Le Bot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit de retourner en France pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II- Par une requête, enregistrée le 4 avril 2024 sous le n° 2401907, Mme F D, représentée par Me Jincq-Le Bot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite et lui a interdit de retourner en France pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des décisions du 22 février 2024, M. E et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Grenier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. G E et Mme F D, ressortissants géorgiens, nés respectivement les 1er janvier 1977 et 17 novembre 1979, sont entrés en France le 27 octobre 2022 avec leurs trois enfants, dont deux mineurs, pour y solliciter l'asile. Leurs demandes ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 27 février 2023, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le

20 juillet 2023. Leurs demandes de réexamen ont également été rejetées par l'OFPRA.

M. E a sollicité un titre de séjour pour raisons de santé, le 30 mai 2023.

Mme D a également sollicité un titre de séjour, le 23 février 2023, en raison des problèmes de santé de son fils C né le 26 mars 2008. Par des arrêtés du 27 novembre 2023, le préfet du Finistère a notamment refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être éloignés. M. E et Mme D demandent l'annulation de ces arrêtés.

2. Les requêtes présentées par M. E et Mme D présentent des questions similaires à juger. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture du Finistère. Par un arrêté du 30 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 29-2023-104 du 8 septembre suivant, le préfet du Finistère a donné délégation à M. B à l'effet de signer en toutes matières, en cas d'absence ou d'empêchement du préfet, tous les actes relevant des attributions de ce dernier, à l'exception de décisions aux nombres desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces arrêtés doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". Selon l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article

L. 425-9. ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis de manière collégiale par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Au nombre des éléments de procédure que doit mentionner l'avis rendu par le collège de médecins figurent, notamment, en principe, le nom du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a établi le rapport médical de façon à permettre à l'autorité administrative de s'assurer, préalablement à sa décision, que ce médecin ne siège pas au sein du collège qui rend l'avis et les noms des médecins ayant siégé au sein du collège en vue de délivrer l'avis.

6. D'une part, par un avis du 8 novembre 2023, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. E nécessite une prise en charge médicale, sans que le défaut de soins ne soit susceptible d'entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité pour lui et a précisé que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.

7. Si M. E établit qu'il a subi une première opération chirurgicale le

19 juillet 2023 avec la pose d'une première prothèse oculaire provisoire et doit recevoir une seconde prothèse oculaire provisoire puis une prothèse oculaire définitive et qu'une surveillance médicale est nécessaire d'ici la pose de la prothèse définitive, ces circonstances ne sont pas de nature à remettre en cause le bienfondé de l'avis du 8 novembre 2023 du collège des médecins de l'OFII selon lequel le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité pour lui. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. D'autre part, par un avis du 18 avril 2023, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé du jeune C E nécessite une prise en charge médicale, mais que le défaut de soins ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et a précisé que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. En se bornant à soutenir que le jeune C souffre de problèmes de santé conséquents,

Mme D n'invoque aucun élément de nature à remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII selon lequel le défaut de prise en charge du jeune C ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité pour lui. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à Mme D méconnaît les dispositions précitées des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié (). ".

10. Pour les motifs exposés au point 7, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de M. E méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. En dernier lieu, l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. Ainsi qu'il a été dit, les demandes d'asile de M. E et de

Mme D ont été rejetées. Leurs demandes de réexamen ont également été rejetées par l'OFPRA. Alors même que les requérants ont relevé appel de ces dernières décisions, ils n'établissent par aucun élément probant ou pièce justificative produits dans les présentes instances la réalité des traitements inhumains ou dégradants dont ils seraient victimes en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E et Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes enregistrées sous les n°s 2401905 et 2401907 présentées par M. E et Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G E, à Mme F D et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Grenier, présidente,

- Mme Pellerin, première conseillère,

- M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 13 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. GrenierL'assesseure la plus ancienne

dans le grade,

Signé

C. Pellerin

La greffière,

Signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2401905,2401907

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