mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2401909 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 avril 2024, Mme C A, représentée par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 3 avril 2024 portant transfert aux autorités portugaises ainsi que la décision du même jour portant assignation à résidence ;
2°) d'enjoindre à cette autorité d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Bihan d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté de transfert n'est pas signé ; il viole l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; il n'est pas établi qu'un entretien individuel conforme à l'article 5 de cet arrêté ait été mené ; il n'est pas établi que la requête aux fins de reprise en charge répondait aux exigences de l'article 7 de ce même règlement ; l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement précité ;
- l'arrêté d'assignation à résidence n'est pas signé ; il repose sur un arrêté de transfert illégal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Jouno, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jouno,
- les observations de Me Le Bihan, représentant Mme A, qui soutient, en premier lieu, que l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 a été méconnu dès lors qu'il n'est pas établi que l'ensemble des brochures lui ait été remis en langue portugaise, en deuxième lieu, que l'article 5 de ce même règlement a été méconnu, alors même qu'un entretien individuel a eu lieu, dès lors que les initiales de l'agent ayant mené l'entretien, mentionnées sur le procès-verbal d'entretien, ne permettent pas de révéler que celui-ci aurait été qualifié pour mener un tel entretien, en troisième lieu, que la requérante souffre du VIH et bénéficie d'une trithérapie, ce qui n'a pas été pris en compte, et qu'ainsi, ce traitement va être interrompu durant la période correspondant à l'ouverture de ses droits à la sécurité sociale, à son arrivée au Portugal, où elle pourra cependant être soignée du VIH, en sorte que les dispositions de l'article 17 du règlement précité ont été violées, et en quatrième lieu, qu'elle risque de rencontrer à nouveau son ex-mari violent au Portugal, où celui-ci peut la retrouver ;
- les explications de Mme A, assistée d'une interprète en portugais ;
- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui soutient que les brochures remises au demandeur d'asile n'ont pas à être numérotées, qu'il n'est pas établi que la personne qui a mené l'entretien ne soit pas compétente, qu'il n'est pas établi que la requérante souffre du VIH et qu'elle peut bénéficier des soins adaptés à cette pathologie au Portugal et bénéficie à ce jour de prescriptions établies en France permettant d'obtenir les médicaments nécessaires à son état de santé durant une longue période et qu'il n'est pas établi que l'ex-mari de la requérante puisse lui nuire au Portugal.
La clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté de transfert :
1. En premier lieu, le moyen tiré du défaut de signature de l'arrêté manque en fait.
2. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : /a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un Etat membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un Etat membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; /b) des critères de détermination de l'Etat membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un Etat membre peut mener à la désignation de cet Etat membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; /c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les Etats membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; /d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; /e) du fait que les autorités compétentes des Etats membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; /f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits (). /2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. () ". Aux termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a reçu, le 30 octobre 2023, le guide du demandeur d'asile, ainsi que les brochures A et B, rédigées en portugais. L'intéressée, qui a signé le résumé de l'entretien individuel du même jour, réalisé à l'aide d'un interprète en portugais, doit être regardée comme ayant reconnu, ainsi que cela est précisé dans ce document, que ces informations lui avaient été remises antérieurement, et intégralement, dans une langue qu'elle comprenait. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement précité du 26 juin 2013, relatif à l'entretien individuel : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 5. L'entretien individuel () est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () ".
5. En l'espèce, l'entretien dont la requérante a bénéficié le 30 octobre 2023, qui a été mené par un " agent qualifié " de la préfecture de l'Essonne, doit être regardé comme ayant été réalisé, au sens des dispositions précitées, par une personne qualifiée.
6. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 du règlement précité du 26 juin 2013, énoncé en des termes non personnalisés, n'est pas assorti des précisions nécessaires pour permettre au tribunal d'en apprécier la portée et le bien-fondé.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".
8. Il n'est pas établi que la requérante, à supposer qu'elle soit effectivement atteinte du VIH, ne puisse bénéficier à bref délai, à son arrivée au Portugal, des soins appropriés à son état de santé. Il n'est pas non plus établi que son transfert au Portugal induise une rupture de son traitement. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne se saisissant pas de la faculté que lui offrait l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté d'assignation à résidence :
9. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité l'arrêté de transfert doit être écartée.
10. Le moyen tiré du défaut de signature de l'arrêté d'assignation à résidence manque par ailleurs en fait.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens. La requérante doit néanmoins être admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
D ÉC I D E :
Article 1er : Mme A est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.
Le magistrat désigné,
signé
T. JounoLa greffière,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026