jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2401916 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HIGNARD JULIETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 avril 2024, M. E B, représenté en dernier lieu par Me Hignard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à défaut, " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation en lui délivrant dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de cette décision ;
- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'erreurs de fait, dès lors qu'elle indique à tort qu'il a demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il a justifié son état civil par la seule production du jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance du tribunal de première instance de Conakry du 17 avril 2019, qu'il s'est maintenu de manière irrégulière en France avant de commencer ses démarches de régularisation de sa situation, qu'il ne justifie d'aucune ancienneté de son emploi et qu'il exerce le métier de vendeur en boulangerie ;
- ces erreurs de faits ainsi que l'absence de mention des nombreuses relations personnelles, amicales et professionnelles qu'il a nouées en France révèlent un défaut d'examen de sa situation ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle porte sur une demande de titre de séjour qui a pour fondement l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il n'a pas présenté une telle demande ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 47 du code civil ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le devoir de loyauté auquel est tenue l'administration ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est entachée d'une erreur d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée en fait ;
- elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même entachée d'illégalité ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une décision du 22 février 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin,
- et les observations de Me Hignard, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, qui déclare être ressortissant guinéen, né le 17 mars 2003, est entré en France de manière irrégulière le 5 mai 2019. Il a été pris en charge par le service départemental de l'aide sociale à l'enfance d'Ille-et-Vilaine selon une ordonnance de placement provisoire du juge des enfants du tribunal de grande instance de Créteil du 23 mai 2019, renouvelée jusqu'au 17 mars 2021 par deux jugements du juge des enfants du tribunal de grande instance de Rennes des 11 juillet 2019 et 22 juin 2020 et une ordonnance du juge des tutelles des mineurs du tribunal judiciaire de Rennes du 10 août 2020. À compter de sa majorité, M. B a conclu, le 31 mars 2021, un contrat jeune majeur valable jusqu'au 16 août 2022. Par une décision du 24 août 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La légalité de cette décision a été confirmée par un jugement n° 2106250 du tribunal administratif de Rennes du 27 mars 2023, lequel a été confirmé par une ordonnance n° 23NT01074 de la cour administrative d'appel de Nantes du 20 novembre 2023. Le 17 août 2023, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 novembre 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, par un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à Mme D C, directrice des étrangers en France de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions relatives aux titres de séjour. Contrairement à ce que soutient le requérant, le défaut de visa de cet acte par l'arrêté attaqué est sans incidence sur la compétence de Mme C pour le signer. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il comporte également les éléments de fait sur lesquels il se fonde, notamment les circonstances pertinentes relatives aux conditions du séjour de M. B en France, ainsi que celles relatives à sa situation privée et familiale et à son insertion professionnelle. Il relève ensuite qu'aucun élément ne permet d'établir que M. B serait exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision attaquée, qui n'est pas tenue d'énumérer l'ensemble des éléments du dossier, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
5. En premier lieu, alors même que l'arrêté attaqué mentionne que M. B a déposé une précédente demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 17 août 2023, le préfet ne statue pas sur une telle demande mais sur la demande présentée par M. B au titre de l'article L. 435-1 du même code. Par suite, l'erreur de fait portant sur le fondement de la demande de titre de séjour doit être écartée.
6. En deuxième lieu, si M. B soutient que le préfet n'a pas pris en compte l'ensemble des pièces produites permettant d'établir son identité, la seule mention, par l'arrêté attaqué, du jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance relatif à une précédente demande de titre de séjour n'entache pas, par elle-même, d'illégalité l'arrêté attaqué, qui ne se fonde pas sur ce jugement supplétif pour refuser la demande de titre de séjour présentée par M. B sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. ".
8. Il est constant que M. B a fait l'objet, le 24 août 2021, d'une décision portant refus de titre séjour et qu'il a présenté une nouvelle demande de titre de séjour le 17 août 2023, de sorte qu'il s'est maintenu de manière irrégulière sur le territoire français entre le 24 août 2021 et le 17 août 2023. Cette situation n'est pas remise en cause par la présentation d'une demande de titre de séjour le 22 février 2021 ainsi que le soutient le requérant, cette demande ayant donné lieu à la décision de refus du 24 août 2021 précitée. De même, si M. B soutient avoir vainement tenté de régulariser sa situation durant cette période, il n'apporte aucune pièce justifiant de ses démarches. A cet égard, contrairement à ce qu'il soutient, le recours introduit contre la décision portant refus de titre de séjour du 24 août 2021 n'a pas eu pour effet de suspendre le caractère exécutoire de cette décision, cet effet suspensif s'appliquant seulement aux décisions d'éloignement selon l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point précédent. Par suite, l'erreur de fait tiré de l'absence de démarches de régularisation de sa situation administrative doit être écarté.
9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été recruté par la SARL Arch'Ange le 31 juillet 2023 après y avoir été apprenti-boulanger. Il n'allègue ni ne justifie avoir occupé un autre emploi en France. Dans ces conditions, en indiquant que le requérant " ne justifie d'aucune ancienneté d'emploi autre que l'alternance depuis son arrivée sur le territoire national ", le préfet n'a pas commis d'erreur de fait. Par ailleurs, si la promesse d'embauche de la société Arch'Ange du 22 novembre 2022 indique que M. B assurera des responsabilités liées à sa qualité de boulanger, elle mentionne la qualité de " vendeur en boulangerie " comme intitulé du poste dans son premier paragraphe, de sorte que le préfet n'a pas commis d'erreur de fait en mentionnant cet intitulé dans l'arrêté attaqué.
10. En cinquième lieu, pour les motifs exposés aux points 5 à 9, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen complet de la situation de M. B. A cet égard, l'arrêté attaqué fait notamment état de ce que le requérant ne justifie pas de l'existence de liens personnels et familiaux en France d'une particulière intensité. Il suit de là que le moyen tiré d'une erreur de droit résultant de l'examen insuffisant de sa situation doit être écarté.
11. En sixième lieu, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet
d'Ille-et-Vilaine s'est borné à rappeler qu'il avait rejeté la précédente demande de titre de séjour présentée par M. B sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans examiner de nouveau une telle demande. Par suite, l'erreur de droit portant sur le fondement de la demande de titre de séjour doit être écartée.
12. En septième lieu, M. B ne peut utilement soutenir que la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article 47 du code civil, dès lors que ces dernières ne constituent pas le fondement juridique de la décision de refus de délivrer la demande de titre de séjour présentée par M. B sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7,
L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
14. D'une part, M. B ne peut utilement soutenir que le préfet a subordonné la délivrance de la carte de séjour temporaire prévue par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'établissement de son identité, cette condition lui ayant seulement été opposée pour la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" prévue par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne fait pas l'objet de l'arrêté attaqué mais de l'arrêté du 24 août 2021 devenu définitif. Par suite, la première branche du moyen doit, en tout état de cause, être écartée.
15. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".
16. L'arrêté attaqué, qui a opposé au requérant l'absence de détention d'un visa long séjour, a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cependant, le requérant ne se prévaut pas de liens personnels et familiaux en France, lesquels constituent une condition de délivrance de la carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " prévue par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le requérant ne justifie pas être dépourvu de liens familiaux en Guinée. Ainsi, en dépit des efforts d'insertion de M. B dans la société française, le préfet aurait pris la même décision en retenant le motif de l'absence de liens personnels et familiaux du requérant en France pour rejeter sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la seconde branche du moyen doit être écartée. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
17. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article
L. 412-1. / (). ".
18. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 14, le préfet a opposé au requérant la condition de l'établissement de son identité pour la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" prévue par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui a fait l'objet de l'arrêté du 24 août 2021 devenu définitif et non de l'arrêté attaqué. Par suite, la première branche du moyen doit, en tout état de cause, être écartée.
19. D'autre part, M. B soutient que le préfet, qui lui oppose l'absence d'ancienneté d'emploi autre que celle effectuée dans le cadre de l'apprentissage du certificat d'aptitude professionnelle " boulanger ", ne prend pas en compte le sérieux avec lequel il a suivi sa formation, la promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée pour occuper un emploi de boulanger du 22 novembre 2022, le contrat à durée indéterminée conclu depuis le 31 juillet 2023 et les difficultés de recrutement dans cette filière en région Bretagne. Toutefois, ces circonstances ne suffisent pas, eu égard à la nature de cet emploi, à justifier d'une circonstance humanitaire ou d'un motif exceptionnel et ce, alors même que son employeur rencontrerait des difficultés de recrutement ainsi que l'allègue le requérant. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale n'a pas entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
20. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a opposé à M. B le défaut de présentation d'un visa long séjour pour lui refuser la délivrance d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " prévue par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B ne peut utilement soutenir que le préfet lui a opposé cette condition pour refuser son admission exceptionnelle au séjour.
21. En dernier lieu, M. B fait état de ce qu'il a présenté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour conformément aux termes du courrier du 11 juillet 2023 que la préfecture a adressé à quatre députés du département d'Ille-et-Vilaine qui lui ont apporté son soutien alors qu'elle savait qu'elle s'opposerait à cette demande. Toutefois, le requérant n'établit l'existence de cette décision anticipée avant tout examen de sa demande par aucune pièce versée au dossier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par l'administration du principe de loyauté envers
M. B doit, en tout état de cause, être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
22. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
23. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
24. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
25. M. B fait état de ce qu'il est titulaire d'un contrat jeune majeur à la suite de sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance et de sa parfaite intégration scolaire et professionnelle dans la société française. Toutefois, ces circonstances ne constituent pas un motif particulier nécessitant que soit fixé un délai de départ volontaire supérieur au délai de droit commun prévu par l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation dans le délai de départ de trente jours qui lui a été accordé doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
26. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le requérant pourra être reconduit à destination de la Guinée. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de cette décision doit être écarté.
27. En deuxième lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
28. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; /
2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible (). ".
29. M. B fait état d'une contradiction au sein de l'arrêté qui fixe la Guinée comme pays de destination tout en lui reprochant ne pas justifier de sa nationalité guinéenne. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet s'est prononcé sur la seule identité de M. B et non sur sa nationalité et, qu'en tout état de cause, l'article 3 de l'arrêté attaqué fixe également comme pays de destination tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
30. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2023. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
M. A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
C. Pellerin
La présidente,
Signé
C. GrenierLa greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026