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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2402023

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2402023

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2402023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBLANCHOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2024, M. E B, représenté par Me Blanchot, demande au tribunal :

1°) d'annuler, à titre principal, les décisions préfectorales en date du 27 février 2024 ou, à titre subsidiaire, la mesure d'éloignement, ou à titre infiniment subsidiaire, l'interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfecture du Finistère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'une semaine à compter du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- elle est entachée de vices de procédure, faute de saisine de la commission du titre de séjour pour une personne, d'une part, remplissant les conditions prévues à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), et, d'autre part, justifiant résider en France depuis plus de dix ans ;

-elle est entachée d'une erreur de droit, car le préfet n'a pas examiné s'il pouvait prétendre à un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 423-1 du CESEDA ;

- elle viole les dispositions de l'article L. 423-7 du CESEDA et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du CESEDA et l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivé ;

- elle porte atteinte à l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la Convention de New York sur les droits de l'enfants ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois années est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant retrait de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et ne mentionne pas les quatre critères prévus par le législateur et indiqués à l'article L 612-10 du CESEDA ;

- elle viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la Convention de New York sur les droits de l'enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes,

- et les observations de Me Maony, substituant Me Blanchot, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais, déclare être entré en France le 14 mars 2013. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 6 octobre 2014, et il a fait l'objet d'un arrêté préfectoral du 26 novembre 2014 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par la suite, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Toutefois, une décision de refus de séjour en date du 13 mai 2016 lui a été notifiée en raison des infractions commises par le requérant. Suite à la conclusion d'un PACS le 12 janvier 2016 avec Mme D A, ressortissante française, M. B a sollicité un titre de séjour " vie privée et familiale ", demande de nouveau refusée pour motif d'ordre public, et une deuxième mesure d'éloignement lui a été notifiée le 21 juin 2017, décision confirmée par un jugement du tribunal administratif du 22 septembre 2017. Le requérant s'est cependant maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Suite à la naissance de son enfant le 11 mars 2018, il a sollicité à trois reprises un titre de séjour en tant que " parent d'enfant français ". Les 7 janvier, 24 novembre 2020 et 23 novembre 2021, des refus de séjour lui ont été opposés, toujours au motif de menace à l'ordre public. Ainsi, l'intéressé s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français depuis plus de neuf ans malgré les refus préfectoraux qui lui ont été opposés. Le 22 novembre 2023, il a formé une quatrième demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Le préfet a pris, le 27 février 2024, un arrêté portant retrait de titre de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi, et prononçant une interdiction de retour d'une durée de trois années. C'est l'arrêté dont M. B demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce avec précision les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ainsi, et alors que le préfet n'était pas tenu de citer tous les éléments de la situation des intéressés, il est suffisamment motivé et répond aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Si l'arrêté ne mentionne pas qu'une demande de titre auraient été faite sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ces fondements. En effet, s'il se prévaut d'un courrier du 22 novembre 2023 dans lequel il aurait présenté une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code, il ne justifie pas, néanmoins, avoir transmis ce courrier aux services de la préfecture ni l'avoir versé sur la plateforme, ce que d'ailleurs conteste le préfet en défense. Par ailleurs, il ne ressort pas d'avantage des pièces du dossier que le préfet du Finistère se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle manquent en fait et doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, comme exposé au point 2, le requérant ne justifie pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commis le préfet en n'examinant pas sa demande de titre sur ces deux fondements doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire (). " L'article L. 432-1 de ce même code prévoit que " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions rappelées au point 4, le préfet du Finistère s'est fondé sur la menace à l'ordre public que constitue sa présence en France eu égard aux condamnations prononcées à son encontre et à la gravité des infractions commises.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné le 9 juillet 2017 et le 17 octobre 2018 à des amendes de 250 et 500 euros pour des faits de conduite sans permis et sans assurance, le 11 décembre 2018 à 3 mois d'emprisonnement pour aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France, le 5 avril 2019 à 2 ans d'emprisonnement pour acquisition, détention, transport et offre ou cession de stupéfiants, le 8 octobre 2019 à 600 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis et refus d'obtempérer, le 3 janvier 2022 à un an d'emprisonnement pour blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas 3 mois par conducteur et violation d'une obligation de sécurité ou de prudence, et le 30 mai 2022 à 90 jours-amendes à 10 euros pour violence commise en réunion suivie d'incapacité supérieure à 8 jours en récidive. En plus de ces multiples condamnations et peines d'emprisonnement, le préfet soutient sans être contesté qu'il a également fait l'objet de nombreuses inscriptions au fichier de traitement des antécédents judiciaires, dont la dernière pour violence en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, fait commis le 8 octobre 2023 à Brest. Eu égard notamment à la gravité des faits et leur caractère récent, le préfet du Finistère n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la présence en France de M. B représentait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et bien que M. B contribue à l'éducation et à l'entretien de ses enfants C, ce qui n'est au demeurant pas contesté par le préfet, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile visées au point 4, et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision contestée doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, aux termes, par ailleurs, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

8. Eu égard à l'actualité à la date de la décision attaquée de la menace à l'ordre public que constitue la présence en France de M. B et à la portée du refus de titre de séjour litigieux, et bien que le requérant contribue à l'éducation et à l'entretien de ses enfants de nationalité française, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, d'une part, M. B ne remplissant pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement des dispositions citées au point 4, il ne relève pas du champ d'application des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne peut dès lors utilement soutenir que la commission du titre de séjour aurait dû être consultée. D'autre part, M. B ne peut davantage utilement soutenir que le préfet était tenu de saisir cette commission dès lors qu'il établit résider en France depuis plus de dix ans dans la mesure où, comme il a été dit aux points 2 et 3, il n'a pas sollicité son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, dès lors que M. B ne justifie pas avoir sollicité la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions doivent être écartés comme étant inopérants.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, pour les motifs énoncés au point 2, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de la décision attaquée doit être écarté.

12. En second lieu, pour les motifs énoncés au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la Convention de New York sur les droits de l'enfants doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois années :

13. En premier lieu, la décision attaquée énonce avec précision les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et procède notamment à un examen détaillé et circonstancié de la situation de l'intéressé au regard des quatre critères fixés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à prendre en considération pour le calcul de la durée de l'interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

14. En second lieu, pour les motifs énoncés au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que le requérant et son conseil demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Blanchot et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Renée, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

G. Descombes L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. Le Roux

La greffière,

Signé

L. Garval

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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