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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2402129

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2402129

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2402129
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBARGINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2024, M. A B, représenté par Me Bargine, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet du Finistère a mis en demeure les occupants sans droit ni titre des lots n° 1 et n° 2 de l'immeuble situé 31, rue Daniel Le Flanchec à Douarnenez de quitter les lieux, dans un délai de 24 heures à compter de sa notification ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de mettre en œuvre les dispositions de l'alinéa 4 de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales afin de garantir le droit à l'hébergement d'urgence et au maire de la commune de Douarnenez de procéder à toute autre mesure utile pour proposer sans délai des solutions d'hébergement d'urgence à toutes les personnes occupant sans droit ni titre les lots 1 et 2 de l'immeuble concerné ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Douarnenez et de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'extrême urgence est satisfaite : les occupants sans droit ni titre des lots n° 1 et n° 2 de l'immeuble situé 31 rue Daniel Le Flanchec ont été mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'arrêté du 8 avril 2024 laquelle a eu lieu le dimanche 14 avril alors qu'aucune solution de relogement ne leur a été proposée ;

- l'évacuation sollicitée porte atteinte aux libertés fondamentales que sont la dignité de la personne humaine, le droit de mener une vie privée et familiale normale et son corollaire, le droit au logement : leur demande de logement social n'a pas été suivie d'effet, il n'existe aucun risque matériel ni de risque de trouble à l'ordre public en lien avec l'occupation illégale ; la mesure d'évacuation n'a pas été précédée d'une mise en œuvre des mesures sociales prévues par les circulaires de 2012 et de 2018.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 8 avril 2024, notifié le 14 avril suivant, le préfet du Finistère a mis en demeure les occupants des lots n° 1 et n° 2 de l'immeuble situé 31, rue Daniel Le Flanchec à Douarnenez de quitter les lieux dans un délai de 24 heures à compter de sa notification, sous peine d'évacuation forcée en application de l'article 38 de la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision, et d'enjoindre au préfet du Finistère et à la commune de Douarnenez de les orienter vers un hébergement d'urgence.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. / () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 avril 2024, M. B soutient que les locaux qu'il occupe depuis le mois de novembre 2023 avec d'autres personnes dans l'immeuble de la rue Le Flanchec à Douarnenez était inhabité depuis de nombreuses années et qu'aucune solution de relogement ne leur a été proposée en dépit d'une demande pour obtenir un bail d'occupation précaire ou un logement social, alors qu'un délai de seulement 24 heures leur est laissé pour quitter les lieux. Toutefois, le requérant, qui ne conteste pas occuper illégalement les locaux pour lesquels son expulsion est demandée, ne produit aucun élément relatif à sa situation personnelle, sociale ou médicale, permettant de considérer qu'il se trouverait dans une situation de particulière vulnérabilité. Au surplus, en se bornant à produire un formulaire de demande d'attribution d'un logement social datant du mois de novembre 2023, il ne justifie pas être privé des ressources nécessaires pour se loger régulièrement. L'intéressé n'allègue pas davantage avoir sollicité vainement les services en charge de l'hébergement d'urgence. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas que lui-même et les autres occupants irréguliers de l'immeuble ne cause se trouveraient, à la date de la présente ordonnance, dans une situation d'extrême urgence rendant nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures du juge des référés pour prononcer une mesure de sauvegarde d'une liberté fondamentale.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, dès lors, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie de la présente ordonnance sera transmise au préfet du Finistère et à la commune de Douarnenez.

Fait à Rennes, le 16 avril 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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