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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2402194

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2402194

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2402194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationVice-président Contentieux sociaux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de Mme B, qui contestait le refus de la commission de médiation d'Ille-et-Vilaine de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement. Le juge a estimé que Mme B ne démontrait pas, à la date de la décision attaquée, remplir les conditions prévues par les articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, notamment en ce qui concerne l'urgence et le caractère prioritaire. La solution retenue est donc le rejet de la demande d'annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2024, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 21 mars 2024 par laquelle la commission de médiation

d'Ille-et-Vilaine a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.

Mme B soutient que :

- elle vit dans un logement temporaire avec ses deux enfants depuis le 22 février 2023 ;

- ce logement est sans chauffage ni ventilation et ses murs sont moisis ;

- elle est très isolée à Plestin-les-Grèves et préférerait être logée à Rennes.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- le dossier de la commission de médiation d'Ille-et-Vilaine ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative, en particulier ses articles L. 778-1 et R. 778-1 à R. 778-7 ;

- le code de justice administrative.

- la décision par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Descombes, vice-président pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur ;

- et les observations de M. C représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 21 mars 2024 la commission de médiation d'Ille-et-Vilaine a refusé de reconnaître à Mme B le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est () menacé d'expulsion sans relogement () Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. () ".

3. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / () ; / - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; () La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ". Aux termes de l'article R. 822-25 de ce code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

5. Le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

6. Pour refuser de reconnaître comme prioritaire la demande de logement de Mme B, la commission de médiation d'Ille-et-Vilaine retient, d'une part, que l'intéressée est logée à titre gratuit dans le département des Côtes-d'Armor dans un logement correspondant à ses besoins et à ses capacités et que, d'autre part, sa demande de logement social sur le département d'Ille-et-Vilaine effectuée le 16 juin 2023 est très récente au regard des délais d'attente sur ce territoire. Il ne ressort pas, en effet, des pièces du dossier, d'élément permettant d'établir le caractère inadapté du logement qu'occupe sa famille au sens des dispositions précitées de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. Si la requérante allègue que ce logement est sans chauffage ni ventilation et que ses murs sont moisis, elle ne produit à l'appui de ses allégations aucun élément de nature à permettre d'en apprécier la pertinence. Si elle fait valoir qu'elle est hébergée de façon continue depuis le

22 février 2023 dans une structure d'hébergements, elle ne conteste pas, en tout état de cause, occuper cet hébergement depuis moins de 18 mois à la date de la décision en litige. Dans ces conditions, l'intéressée ne justifie pas qu'elle satisfaisait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. Enfin, la circonstance qu'elle se sentirait isolée à Plestin-les-Grèves ne peut être qu'écartée dès lors qu'elle ne justifie d'aucune recherche d'insertion professionnelle ou sociale à proximité de cette commune qui n'aurait pu aboutir du fait de cet isolement. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de médiation a rejeté sa demande.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées. Par suite, la requête doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er - La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 - Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.

Copie sera transmise au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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