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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2402200

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2402200

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2402200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 avril 2024, M. D E B, représenté par Me Beguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours, a fixé la Guinée comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Beguin d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence, de défaut d'examen de la situation particulière de l'intéressé et de défaut de motivation ;

- le refus de séjour viole l'article L. 422-1 et l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu du caractère sérieux de ses études, difficiles, dans lesquelles il s'est investi ; il méconnaît les articles 6 et 13 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ; le préfet a méconnu l'article 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne lui délivrant pas d'attestation de prolongation de l'instruction alors que l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour se poursuivait au-delà de la durée de validité de son titre ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a pour effet d'interdire au requérant de poursuivre la formation universitaire qu'il suit avec sérieux ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français viole l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Jouno a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'annulation du refus de séjour :

1. En premier lieu, la signataire de l'arrêté litigieux, Mme C A, directrice des étrangers de France de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, avait reçu délégation, par un arrêté publié le 25 mars 2024, à l'effet de signer tout acte relevant de la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

2. En deuxième lieu, les décisions comprises dans l'arrêté litigieux comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale, qui, dans l'arrêté litigieux, a retracé, de manière détaillée, le parcours étudiant de M. B, a adopté cet acte après un examen complet de la situation du requérant. Par suite le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été mené doit être écarté.

4. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif aux documents provisoires délivrés pendant l'examen d'une demande présentée au moyen d'un téléservice, ne peut être utilement invoqué à l'appui de conclusions dirigées contre une décision de refus de renouvellement d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant.

5. En cinquième lieu, les articles 6 et 13 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ne sont pas directement invocables. Le moyen tiré de leur méconnaissance ne peut donc qu'être écarté.

6. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, ressortissant guinéen né en 1996, est entré en France en 2018 muni d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a obtenu une carte de séjour temporaire en cette qualité, renouvelée jusqu'au 31 décembre 2023. Au titre des années universitaires 2018-2019 et 2019-2020, il était inscrit en première année de licence en informatique et électronique. En 2020-2021, le requérant s'est réinscrit dans le même cursus et a validé sa première année avec une moyenne de 10,143 sur 20. En 2021-2022, il s'est inscrit en deuxième année de licence en énergie et automatique. Il n'a cependant pas été admis en troisième année. Il s'est réinscrit dans le même cursus en 2022-2023, mais a terminé avec une moyenne de 8,767 sur 20. Il ressort de ces éléments que le requérant, auquel les services de la préfecture avaient d'ailleurs rappelé, par courriers des 29 octobre 2019 et 16 décembre 2022, l'exigence de sérieux dans les études, ne peut être regardé comme ayant suivi avec sérieux ses études universitaires. Le relevé de notes qu'il a produit, relatif à l'année 2022-2023, révèle d'ailleurs qu'en anglais, il a été ajourné du fait d'une " absence injustifiée ". Dès lors, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ni d'erreur de droit que le préfet a refusé de renouveler sa carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

8. Si le requérant soutient que, compte tenu de son engagement dans ses études en France, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en l'éloignant du territoire, ce moyen, qui repose sur une prémisse erronée, ne peut qu'être écarté par les motifs énoncés au point précédent.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, dont la présence en France ne pose aucune difficulté tenant à l'ordre public, est entré régulièrement sur le territoire et y a toujours séjourné régulièrement jusqu'à l'arrêté contesté portant non renouvellement de son titre, soit durant plus de cinq ans. Il y a également travaillé couramment. Deux de ses frères y séjournent régulièrement. Dans ces conditions, c'est au prix d'une erreur d'appréciation que le préfet s'est saisi de la faculté que lui offrait l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui a, ainsi, interdit le séjour durant un an.

11. Il en résulte que cette mesure doit être annulée. Le surplus des conclusions à fin d'annulation doit être rejeté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

13. L'annulation prononcée au point 11 n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'annulation et d'astreinte doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige et le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

14. L'Etat n'étant pas la partie perdante pour l'essentiel, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

15. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prise le 25 mars 2024 à l'égard de M. B est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D E B, à Me Beguin et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. JounoL'assesseur le plus ancien,

signé

E. Albouy

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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