lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402223 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DUBREUIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 avril 2024, la Ligue de protection des oiseaux Bretagne et l'association One Voice, représentées par Me Dubreuil, demandent au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du préfet du Finistère du 31 mai 2023 fixant l'ouverture et la clôture de la chasse dans le département du Finistère pour la campagne 2023/2024, en tant qu'il autorise une période complémentaire de vénerie sous terre des blaireaux à compter du 15 mai 2024 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la requête est recevable : elles justifient de leur intérêt à agir contre l'arrêté en litige, qui porte atteinte aux intérêts qu'elles ont pour objet social de défendre ; l'association One Voice est agréée au titre de l'article L. 141-1 du code de l'environnement ;
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que l'arrêté en litige autorise une période complémentaire de vénerie sous terre des blaireaux pendant quatre mois, ce qui portera une atteinte irréversible à cette espèce protégée ; le dossier de fond ne pourra être jugé avant que l'arrêté n'ait produit l'essentiel de ses effets ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, dès lors que :
* il méconnaît les dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement, qui prohibe la destruction des petits ; les blaireaux sont des petits tant qu'ils n'ont pas atteint leur maturité sexuelle, soit après 12 à 15 mois de vie ; en tout état de cause, les blaireautins ne peuvent être considérés comme autonome sur le plan alimentaire et émancipés de leur mère avant 5 à 8 mois ; cette méthode de chasse n'est pas sélective et ne permet pas de distinguer entre les individus adultes et petits ; la question des blaireaux n'a pas été abordée lors de la séance de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage ; le préfet n'a donc pu s'assurer que la période complémentaire autorisée n'est pas de nature à porter atteinte au bon état de la population de cette espèce, ni à favoriser la méconnaissance par les chasseurs de l'interdiction légale de destruction des petits blaireaux ;
* il méconnaît les dispositions de l'article L. 420-1 du code de l'environnement ; le préfet ne peut autoriser une période complémentaire de vénerie sous terre que sous réserve d'avoir préalablement démontré que les blaireaux portent atteinte, par leur dynamisme de reproduction ou du fait des dégâts qu'ils peuvent causer, à la gestion équilibrée des écosystèmes et à l'équilibre agro-sylvo-cynégétique ; l'arrêté en litige et les documents de consultation du public ne contiennent aucun élément permettant d'apprécier l'état de la population sur le territoire du Finistère ; il s'agit d'une espèce dont le cycle de reproduction est lent, dont la densité est faible et dont la population reste équilibrée du fait d'un taux élevé de mortalité infantile naturelle ; l'arrêté ne limite pas le nombre d'individus prélevés ; il n'impose aucune obligation déclarative de suivi ; les dégâts imputés aux blaireaux ne sont pas établis, ni dans leur réalité, ni dans leur ampleur ; il n'est pas établi que la mise à mort des petits serait nécessaire pour y mettre fin ; ils peuvent au demeurant être prévenus par d'autres moyens que la vénerie sous terre ; l'expansion de la population de cette espèce, alléguée par le préfet, n'est pas établie ; la densité des terriers sur le territoire du Finistère est de 0,47 / km2 et elle est comprise entre 1,4 et 2,2 terriers / km2 au plan national ; la méthodologie utilisée pour recenser le nombre de terriers, au nombre de 3 203 sur 91 % de territoire prospecté, n'est pas précisée ;
* il est entaché d'un vice de procédure, tiré de la méconnaissance des modalités de consultation de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage ; il n'est pas établi que la convocation de ses membres soit intervenue au moins cinq jours avant la séance et qu'ils aient eu transmission de tous les documents nécessaires à l'examen des points inscrits à l'ordre du jour ; il ressort du compte-rendu de séance que la question des blaireaux n'a pas été examinée ;
* les obligations relatives à la consultation du public, résultant des dispositions de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement, n'ont pas été mises en œuvre ; la note de présentation ne comportait pas de présentation, en termes clairs et précis, du contexte et des objectifs du projet et ne précisait notamment pas les motifs justifiant la période complémentaire de vénerie sous terre autorisée, les données de population actualisées, les nécessités des pratiques traditionnelles de chasse et le nombre de prélèvements et prises en vénerie sous terre les années antérieures.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite : l'intérêt public justifie le maintien de l'exécution de l'arrêté en litige ; les blaireaux sont à l'origine de dégâts agricoles et sur les infrastructures considérables ; il ne s'agit pas d'une espèce menacée d'extinction ; un effort de recensement a été réalisé en 2023 et ont été dénombrés 3 203 terriers actifs, sur 237 communes ; la période complémentaire de vénerie sous terre ne porte pas atteinte à l'état de conservation de cette espèce et ne lui causera aucun dommage grave et irréversible ; les associations ont attendu sans raison pour saisir le juge des référés ;
- les associations requérantes ne soulèvent aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige ; en particulier :
* la période complémentaire de vénerie sous terre est autorisée à compter de la date à laquelle les blaireautins sont sevrés, de sorte qu'elle n'emporte pas de destruction de petits, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement ; les jeunes représentent environ 20 % des prélèvements réalisés, qui ne sont pas des petits au sens de ces dispositions ; la vénerie sous terre est sélective et strictement encadrée par des règles techniques et éthiques ;
* les préjudices et dégâts causés aux récoltes sont établis, dans leur réalité et leur gravité, même si le montant des pertes n'est pas toujours déclaré ;
* l'activité des chasseurs participe à l'équilibre agro-sylvo-cynégétique et c'est dans cette perspective que l'arrêté en litige a été édicté, à la demande de la fédération départementale de chasse ainsi que de la chambre d'agriculture du Finistère ; depuis trois ans, seuls 6 % des terriers sont chassés, ce qui signifie que 94 % ne le sont pas, permettant la reproduction des individus ;
* la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage a été régulièrement consultée ; les membres ont été convoqués dans les délais prescrits et ont reçu transmission de tous les documents nécessaires ;
* la consultation du public a été régulièrement réalisée ; la note de présentation était suffisamment précise et n'avait pas à comporter les motifs justifiant cette période complémentaire de vénerie sous terre.
Vu :
- la requête au fond n° 2304186, enregistrée le 31 juillet 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son préambule ;
- la convention de Berne du 19 septembre 1979 ;
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 18 mars 1982 relatif à l'exercice de la vénerie ;
- l'arrêté du 26 juin 1987 fixant la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée ;
- l'arrêté du 31 mai 2021 portant publication de la liste des associations agréées au titre de la protection de l'environnement dans le cadre national ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mai 2024 :
- le rapport de Mme Thielen ;
- les observations de Me Dubreuil, représentant les associations requérantes, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, et précise notamment que :
* l'arrêté entre en vigueur de manière imminente, et aura des effets irréversibles ; les blaireaux sont chassés pour l'essentiel durant la période complémentaire ;
* il n'existe pas d'intérêt public justifiant le maintien de l'arrêté en litige ; les fiches dégâts produites ne sont pas probantes pour établir l'imputabilité des dégâts agricoles aux blaireaux ; elles sont établies par les agriculteurs, sans vérification par un organisme de contrôle et ne le sont que plusieurs mois après les dégâts constatés ;
* la densité des terriers est significativement moindre que sur le territoire national et l'existence d'une présence problématique et déséquilibrée des blaireaux dans le Finistère n'est pas établie ;
* la note de présentation est vide de toute information s'agissant de ces éléments et de la nécessité de cette période de chasse complémentaire ;
* la vénerie sous terre des blaireaux méconnaît les dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement ; elle permet de chasser des petits au sens de ce texte, et elle n'est absolument pas sélective ;
* il n'existe pas de circonstances locales justifiant cette période de chasse complémentaire.
Le préfet du Finistère n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 31 mai 2023, le préfet du Finistère a fixé les dates d'ouverture et de fermeture de la chasse dans le département pour la campagne 2023/2024 et a autorisé, en son article 2.3, une période complémentaire de vénerie sous terre des blaireaux, du 15 mai au 14 septembre 2024. La ligue de protection des oiseaux - Bretagne et l'association One Voice ont saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cet arrêté et, dans l'attente du jugement au fond, demandent au juge des référés de suspendre l'exécution de son article 2.3, s'agissant de la période complémentaire autorisée à compter du 15 mai 2024.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. L'arrêté en litige a pour objet d'autoriser, pendant trois mois, hors période générale de chasse, une période complémentaire de la vénerie sous terre des blaireaux, chasse qui se pratique avec un équipage comprenant une meute d'au moins trois chiens, servis par des veneurs, et qui consiste à capturer, par déterrage, l'animal acculé dans son terrier par les chiens qui y ont été introduits, ensuite saisi au cou, à une patte ou au tronc, par des pinces non vulnérantes avant d'être mis à mort par une arme. Il ressort à cet égard des pièces du dossier qu'au cours de l'année précédente, sur les 400 prélèvements de blaireaux par vénerie sous terre réalisés, 335 ont eu lieu durant la période de chasse complémentaire, dont 154 adultes mâles, 135 adultes femelles et 52 blaireautins, ces données, ainsi que l'indiquent les associations requérantes sans être sérieusement contestées par le préfet du Finistère, apparaissant conformes à celles des années précédentes et dont il résulte donc que les prélèvement réalisés durant la période complémentaire de chasse représentent, de manière constante, environ 85 % des individus de cette espèce tués chaque année dans le département, dont une proportion significative de blaireautins, entre 15 et 40 % selon les années. Eu égard à son objet et compte tenu de la lenteur de la dynamique de croissance de cette espèce, l'arrêté en litige emporte ainsi des effets irréversibles, qui portent une atteinte grave et immédiate aux intérêts que les associations requérantes se sont donné pour mission de défendre, à savoir la protection et la défense des différentes espèces animales et la protection des espèces non domestiques sauvages.
5. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que les blaireaux seraient, dans le département du Finistère, à l'origine de dommages importants causés aux cultures et aux infrastructures routières et ferroviaires, lesquels dommages, s'ils ne sont certes pas une condition de la légalité de l'autorisation en litige, constituent l'un des motifs retenus par l'autorité préfectorale pour justifier de cette période de chasse complémentaire. À cet égard, l'imputabilité aux blaireaux de dégâts significatifs, notamment agricoles, n'est pas démontrée par la production de deux photographies nocturnes montrant des blaireaux à proximité d'une exploitation maraîchère de fraises et les nombreuses fiches de " déclaration de dommages dus à la prédation " renseignées par les exploitants et validées par les mairies selon une méthodologie non communiquée et dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'elles auraient fait l'objet d'une vérification par des estimateurs agréés, seuls à même d'imputer aux blaireaux les dégâts causés et d'en estimer le coût réel, certaines des fiches faisant au demeurant mention de blaireaux et de sangliers. Si le préfet du Finistère semble également faire valoir, dans ses écritures en défense, les nécessités de réguler l'espèce des blaireaux dans le département, il ne résulte d'aucune des données chiffrées produites par les parties que cette espèce serait dans un état de conservation et présenterait une dynamique de reproduction ainsi que des effectifs et une densité actuelle tels, dans le département du Finistère, que serait caractérisé, localement, un déséquilibre agro-sylvo-cynégétique et que s'imposeraient des mesures de régulation destinées à le rétablir et le préserver. Les données produites à l'instance révèlent au contraire qu'auraient été recensés, sur le territoire de 237 communes, représentant 91 % du territoire départemental, 3 203 terriers actifs de blaireaux, soit une densité de 0,47 terrier par kilomètre, significativement moindre que la densité nationale, s'élevant à 1,4 terrier par kilomètre, selon les données avancées par les associations, non contestées en défense. À supposer que le préfet du Finistère fasse enfin valoir des considérations sanitaires liées à la tuberculose bovine, il n'est pas établi que des cas auraient été détectés dans le département, outre que cette méthode de chasse serait très fortement déconseillée si tel avait été le cas, compte tenu du risque avéré de contamination des équipages de chiens. Aucun des éléments avancés par le préfet du Finistère n'apparaît ainsi de nature à caractériser un intérêt public faisant obstacle à la suspension de l'exécution de l'arrêté en litige.
6. Il résulte de ce qui précède, eu égard à la balance des intérêts en litige, que la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
7. Aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique. / Le principe de prélèvement raisonnable sur les ressources naturelles renouvelables s'impose aux activités d'usage et d'exploitation de ces ressources. En contrepartie de prélèvements raisonnés sur les espèces dont la chasse est autorisée, les chasseurs doivent contribuer à la gestion équilibrée des écosystèmes. La chasse s'exerce dans des conditions compatibles avec les usages non appropriatifs de la nature, dans le respect du droit de propriété ". Aux termes de son article L. 425-4 : " L'équilibre agro-sylvo-cynégétique consiste à rendre compatibles, d'une part, la présence durable d'une faune sauvage riche et variée et, d'autre part, la pérennité et la rentabilité économique des activités agricoles et sylvicoles. / Il est assuré, conformément aux principes définis à l'article L. 420-1, par la gestion concertée et raisonnée des espèces de faune sauvage et de leurs habitats agricoles et forestiers ". Aux termes du premier alinéa de son article L. 424-2 : " Nul ne peut chasser en dehors des périodes d'ouverture de la chasse fixées par l'autorité administrative selon des conditions déterminées par décret en Conseil d'État. () ". Aux termes de son article R. 424-5 : " La clôture de la vénerie sous terre intervient le 15 janvier. / Le préfet peut, sur proposition du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, autoriser l'exercice de la vénerie du blaireau pour une période complémentaire à partir du 15 mai ". Aux termes, enfin, de l'article L. 424-10 : " Il est interdit de détruire, d'enlever ou d'endommager intentionnellement les nids et les œufs, de ramasser les œufs dans la nature et de les détenir. Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts. / () ". Ces dernières dispositions sont applicables aux blaireaux, relevant des espèces de gibier dont la chasse est autorisée, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 26 juin 1987 susvisé.
8. Il ressort des pièces du dossier, notamment des données et informations issues de la littérature scientifique produite par les associations requérantes concernant la reproduction des blaireaux et leur comportement parental, que les mises bas interviennent entre janvier et mars, avec un pic des naissances en février, que le sevrage intervient généralement dans les quatre premiers mois de vie mais que les jeunes individus n'atteignent leur taille adulte et sont pleinement émancipés de leur mère qu'à la fin de leur premier automne, et qu'ils n'atteignent la maturité sexuelle qu'à 12 à 15 mois, en moyenne. Il est par ailleurs constant que le sevrage ne correspond qu'à un changement dans le mode d'alimentation, sans marquer l'émancipation des jeunes individus et leur passage à l'âge adulte et le préfet du Finistère ne produit aucune donnée scientifiquement corroborée permettant d'établir l'assimilation du sevrage et à l'émancipation des blaireautins.
9. Si, par ailleurs, le préfet du Finistère fait valoir que la vénerie sous terre des blaireaux, strictement encadrée et réglementée, permet une chasse sélective et oblige les veneurs, titulaires d'un agrément préfectoral spécifique, à relâcher les petits, il n'est pas établi, ni même sérieusement allégué, que ces derniers pourraient survivre en l'absence d'adultes, notamment leurs parents, et après la destruction de leur terrier.
10. Au surplus, le préfet du Finistère était tenu, pour autoriser cette période de chasse complémentaire, de s'assurer, en considération des avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et des circonstances locales, qu'une telle prolongation n'était pas de nature à porter atteinte au bon état de la population des blaireaux ni à favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de destruction des petits blaireaux. Il ne ressort pour autant d'aucune des pièces du dossier, ainsi qu'il a été précédemment dit, qu'il existerait, dans le département du Finistère, des circonstances locales, liées, notamment, à une surpopulation de l'espèce des blaireaux générant un déséquilibre agro-sylvo-cynégétique ou à un nombre significatif de dégâts qui leur seraient imputables, et il ressort du procès-verbal de la séance de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage du 4 avril 2023 que la question de la période complémentaire de vénerie sous terre des blaireaux a été portée à l'ordre du jour et mise aux votes, mais n'a pas été discutée par ses membres, les débats n'ayant porté que sur l'ouverture, au 1er juin 2023, de la chasse en battue du sanglier.
11. Dans ces circonstances, l'exercice de la vénerie sous terre, pendant la période complémentaire instituée par l'arrêté en litige du 15 mai au 14 septembre 2024 apparaît susceptible de causer la mort de petits blaireaux, directement ou indirectement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 424-10 du code de l'environnement apparaît de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Il y a par suite lieu de suspendre l'exécution de l'article 2.3 de l'arrêté du préfet du Finistère du 31 mai 2023 en tant qu'il autorise une période complémentaire pour l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau pour la saison 2023/2024, du 15 mai au 14 septembre 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que les associations requérantes demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'article 2.3 de l'arrêté du préfet du Finistère du 31 mai 2023 est suspendue, en tant qu'il autorise une période complémentaire pour l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau pour la saison 2023/2024, du 15 mai au 14 septembre 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la Ligue de protection des oiseaux - Bretagne, première dénommée pour les deux associations requérantes en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Finistère.
Fait à Rennes, le 13 mai 2024.
Le juge des référés,
signé
O. ThielenLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
4
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026