jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402264 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 avril 2024, M. B A, représenté par Me Luchez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) du 8 mars 2024 portant retrait de sa carte professionnelle ;
2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation en fait ; l'urgence alléguée par le CNAPS n'est pas établie et ne justifie pas le retrait immédiat de sa carte professionnelle, sans mention des motifs de fait justifiant une telle décision ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ; à supposer que la décision soit fondée sur son appartenance ou ses liens passés avec des groupements nationalistes, ces éléments ne peuvent justifier la décision en litige.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- l'instance en référé n° 2402265 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Roux,
- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,
- et les observations de Me Luchez, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est titulaire d'une carte professionnelle d'une durée de validité de cinq ans l'autorisant à exercer une activité privée de sécurité de gardiennage ou de surveillance humaine pouvant inclure l'usage de moyens électroniques, délivrée par le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) le 7 juillet 2022 et retirée par cette même autorité, par décision du 8 mars 2024. M. A demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'État territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'État et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / () / La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1°, 2°, 3°, 4° et 5° du présent article. / () / En cas d'urgence, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité peut retirer la carte professionnelle. En outre, le représentant de l'État peut retirer la carte professionnelle en cas de nécessité tenant à l'ordre public ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée du 8 mars 2024 qui procède au retrait de la carte professionnelle dont est titulaire M. A est fondée sur le motif que " des éléments portés à la connaissance du CNAPS que [l'intéressé] a un comportement de nature à compromettre ou faciliter des actes de violence lors de l'exercice de ses fonctions, ce qui représente, compte tenu des missions confiées à un agent de sécurité, en contact avec le public, un risque sécuritaire ; qu'au regard de la sensibilité des missions confiées aux agents privés de sécurité et de la nécessité qui en découle de vérifier qu'ils présentent toutes les garanties nécessaires à la préservation de la sécurité publique, à laquelle ils concourent, le comportement de M. A est incompatible avec l'exercice de ses fonctions ". Le CNAPS a, en ce sens, produit une note blanche des services de renseignement mentionnant que M. A " s'est illustré par plusieurs actions publiques reflétant son militantisme auprès de la mouvance d'ultra-droite ". que l'intéressé a été interpellé et mis en garde-à-vue en octobre 2014, pour des faits de violences volontaires aggravées par une circonstance homophobe à La-Roche-Sur-Yon, qu'il a participé au défilé organisé à Vannes en avril 2015 par les militants du parti indépendantiste breton ADSAV, qu'il a distribué des tracts hostiles à la présence de M. C D au salon du livre de Quimper en mai 2015, qu'il a manifesté son opposition au " Festy Gay " organisé à Gourin en août 2015 en déployant des banderoles affichant le logo du mouvement " renouveau français ", qu'il a été interpellé après avoir été exclu d'un festival de musique métal " Motocultor " à Saint-Nolff, en août 2015, en ayant quitté les lieux en effectuant des saluts nazis et, enfin, qu'il a participé à une manifestation hostile à l'implantation d'un centre d'accueil de migrants sur la commune de Mené, qui s'est tenue à Langouria en septembre 2018. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A est inscrit au fichier " Traitement des antécédents judiciaires ". En outre, son casier judiciaire est vierge de toute condamnation. Par ailleurs, le requérant conteste avoir commis des faits de violences volontaires aggravées en octobre 2014, son interpellation dans le cadre du festival de musique métal " Motocultor " à Saint-Nolff, en août 2015, son exclusion de ce festival et le fait d'avoir quitté les lieux en effectuant des saluts nazis ainsi que sa participation à une manifestation hostile à l'implantation d'un centre d'accueil de migrants, en septembre 2018. Le CNAPS ne produit au demeurant aucun élément de nature à corroborer les éléments mentionnés dans la note blanche produite, qui à elle seule ne permet pas d'établir la preuve requise. Les seuls faits dont la matérialité n'est pas contestée par M. A, eu égard à leur ancienneté et leur nature, ne sauraient suffire à établir que le comportement actuel de celui-ci apparaît actuellement de nature à compromettre ou faciliter des actes de violence lors de l'exercice de ses fonctions, l'intéressé faisant valoir, sans être contesté, avoir totalement et définitivement rompu, depuis plus de six ans, avec les milieux extrémistes qu'il fréquentait antérieurement, et le CNAPS ne faisant valoir aucun comportement répréhensible ou notable récent de la part de M. A, permettant de remettre en cause la réalité de cette rupture de liens alléguée.
4. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le CNAPS a commis une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. Par suite, le requérant est fondé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête à demander l'annulation de la décision en litige.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Le présent jugement implique que le CNAPS délivre une carte professionnelle à M. A. Il y a lieu d'enjoindre au CNAPS de procéder à cette délivrance dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin de l'assortir d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur du CNAPS du 8 mars 2024 portant retrait de la carte professionnelle de M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du CNAPS de délivrer une carte professionnelle à M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le CNAPS versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
P. Le Roux
Le président,
Signé
G. Descombes
Le greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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