jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402574 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | SEMINO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai et 11 juin 2024, M. D B, représenté par Me Semino, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente ;
- elle ne comporte pas la mention du nom et de la qualité de son signataire ;
- le préfet n'établit pas avoir régulièrement consulté l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;
- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a méconnu son droit, consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à être entendu ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit ;
- il est dépourvu de base légale en l'absence de notification du refus de titre de séjour ;
- il est illégal du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour pour les motifs ci-dessus énoncés ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire et d'interdiction de retour sont illégales du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Me Semino, avocat commis d'office, bénéficie de la rétribution mentionnée à l'article 19-1 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, au titre de l'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifié et notamment son article 19-1 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Semino, avocat commis d'office, représentant M. B, absent, qui indique que le refus de séjour est illégal et ne peut fonder l'obligation de quitter le territoire français,
- les explications de M. B, assisté d'une interprète.
Le préfet de la Loire-Atlantique n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'étendue du litige :
1. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.
2. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable en cas de placement en rétention : " () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire ".
3. Il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité de l'arrêté du 5 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal administratif de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 mai 2024 portant rejet de la demande de titre de séjour de M. B. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est domicilié à Sainte-Luce-sur-Loire, en Loire-Atlantique. Par suite, il y a lieu de renvoyer le jugement des conclusions de l'intéressé tendant à l'annulation de cet arrêté du préfet de la Loire-Atlantique portant refus de lui délivrer un titre de séjour devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nantes.
Sur la légalité de l'arrêté :
4. M. B, de nationalité algérienne, muni d'un visa délivré par les autorités espagnoles, est entré irrégulièrement en France en 2019 selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 1er mars 2021. Il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour le 5 mai 2024. Constatant que l'intéressé ne pouvait justifier de la régularité de son entrée en France et n'était pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, le préfet de la Loire-Atlantique pouvait légalement prendre, par décision du 5 mai 2024 et sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français et fixer le pays de destination de M. B.
5. Le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation, selon arrêté du 2 février 2024, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme A Argouarc'h, directrice de cabinet du préfet et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins, notamment, de signer, durant les permanences, notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. L'arrêté vise ou cite notamment le 1° de l'article L. 611-1 et les articles, L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6, L. 612-10 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressé, notamment son entrée irrégulière sur le territoire en 2019 et son maintien en l'absence de titre de séjour en cours de validité. Le préfet indique que l'intéressé présente un risque de fuite du fait de son maintien en situation irrégulière et de la non-exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français justifiant l'absence de délai de départ. Il indique également le caractère récent de son séjour, l'absence de lien avec la France, la précédente obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet et la menace à l'ordre public qu'il représente, caractérisée notamment par son incarcération pour des faits de violence envers sa compagne, et l'absence de circonstance humanitaire. Le préfet mentionne enfin que M. B n'établit pas encourir de risque personnel en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.
7. Une telle motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a notamment pris en compte la situation de l'intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'accord franco-algérien, a procédé à un examen suffisant de la situation de M. B.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B, durant sa garde à vue le 5 mai 2024, a été interrogé sur sa situation administrative et sur la perspective de l'intervention de la mesure d'obligation de quitter le territoire français. À cette occasion, il a pu préciser à l'administration les éléments de sa situation, de sa vie personnelle et de ses attaches dans son pays d'origine avant que ne soit prise, le même jour, la décision d'éloignement attaquée. Le droit de l'intéressé d'être entendu, a donc été respecté. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ce droit, consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
9. En soutenant que l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, M. B doit être regardé comme soutenant que cet arrêté méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aux termes de cet article : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2019 en provenance d'Espagne, sans toutefois établir avoir accompli les formalités nécessaires à la régularisation de son entrée, et ne disposait pas d'un titre de séjour valide à la date de l'arrêté attaqué. Le Préfet de la Loire-Atlantique n'a donc pas commis d'erreur de droit en prenant la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
11. Par ailleurs, la circonstance que le préfet ait également mentionné le 3° sans toutefois se prononcer sur un éventuel rejet d'une demande de titre de séjour dans le présent arrêté portant obligation de quitter le territoire français est sans influence sur la légalité de cet arrêté qui se fonde seulement sur l'entrée irrégulière et le maintien sans être titulaire d'un titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut donc être utilement soulevé à l'encontre de l'arrêté attaqué et doit être écarté.
12. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2019 et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en 2021 à laquelle il n'a pas déféré. Il ne fait valoir aucune attache, est séparé de sa compagne et a été condamné à huit mois d'emprisonnement pour violence à l'égard de cette personne. Il n'établit pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine où il a résidé l'essentiel de sa vie. Il ne travaille pas et ne dispose ni d'un logement ni d'un travail. Il est enfin défavorablement connu des services de police pour consommation et trafic de stupéfiant. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle doit être écarté.
13. Ainsi qu'il est dit au point 6, le présent arrêté ne se fonde pas sur le rejet d'une demande de titre de séjour. Dès lors, M. B ne peut utilement soulever le moyen tiré de ce que l'illégalité du refus de titre de séjour opposé par ailleurs à l'intéressé priverait l'arrêté attaqué de base légale. L'ensemble des moyens soulevés à l'appui de cette exception d'illégalité doit donc être écarté.
14. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les moyens tirés de ce que la décision de refus de délai de départ et la décision d'interdiction de retour devraient être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 mai 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. B à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B présentées sur ce fondement.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions dirigées contre l'arrêté du 5 mai 2024 du préfet de la Loire-Atlantique portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. B sont renvoyées à une formation de jugement du tribunal administratif de Nantes.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de la Loire-Atlantique et au tribunal administratif de Nantes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
O. CLa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026