lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402612 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | COHADON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mai 2024, M. A D, placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de Maine-et- Loire a prononcé son maintien en rétention administrative.
Il soutient que :
- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ou est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa demande de réexamen de demande d'asile n'a pas pour seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 10 mai 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la preuve de sa notification à M. D le 15 mai 2024 à 10 h 45 rejetant le réexamen de sa demande d'asile ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pellerin, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin,
- les observations orales de Me Cohadon, avocate commise d'office, représentant M. D qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête et précise que les craintes dont se prévaut M. D en cas de retour en Erythrée sont établies par les données publiques disponibles concernant le service militaire dans ce pays et notamment par un rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés de 2009 relatifs aux dangers liés aux renvois dans ce pays et que son placement en rétention a fait obstacle à ce que sa demande d'asile puisse être présentée et traitée dans des conditions normales ;
- et en présence de M. D, assisté d'une interprète en langue arabe, qui a remis un document écrit relatant son parcours jusqu'en France.
Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D déclare être ressortissant érythréen, être né le 23 juillet 1999 et être entré en France le 20 septembre 2017. À la suite de son interpellation par les services de police, le préfet de la Seine-Saint-Denis, par un arrêté du 16 avril 2023, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. Par un jugement du 1er décembre 2023, le tribunal correctionnel d'Angers a notamment prononcé à l'encontre de M. D une mesure d'interdiction du territoire français d'une durée de dix ans. Par un arrêté du 28 février 2024, le préfet de Maine-et-Loire a fixé l'Érythrée comme pays de renvoi. Le 2 mai 2024, M. D a été placé en rétention administrative pour une durée de quarante-huit heures en vertu d'un arrêté du 29 avril 2024 du préfet de Maine-et-Loire. Cette rétention a été prolongée par une ordonnance du 4 mai 2024 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes pour une durée maximale de vingt-huit jours. Le 6 mai 2024, M. D a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par un arrêté du 6 mai 2024, dont M. D demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a prononcé le maintien en rétention administrative de l'intéressé.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. C E, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers de la préfecture de Maine-et-Loire, qui a reçu délégation de signature, par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 1er mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer notamment les décisions de maintien en rétention. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D dont les éléments sur lesquels le préfet de Maine-et-Loire s'est fondé pour décider son maintien en rétention administrative pendant l'instruction de sa demande d'asile. Il a notamment répertorié les demandes d'asile présentées par le requérant ainsi que le sens des décisions prises par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la cour nationale du droit d'asile (CNDA), a fait état de l'arrêté préfectoral du 31 mai 2023 portant refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile, de ce que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public et de ce qu'il n'a produit aucun élément pour formuler une demande d'asile avant l'édiction de l'arrêté préfectoral du 28 février 2024 qui a fixé l'Érythrée comme pays de destination. L'arrêté attaqué indique également qu'une mesure d'éloignement a été édictée le 16 avril 2023 à l'encontre de M. D et que l'obligation d'exécuter cette mesure lui a été rappelé par l'arrêté du 31 mai 2023 précité. Le préfet a déduit de ces éléments que la demande d'asile présentée par M. D en rétention était dilatoire en ce qu'elle avait pour but de permettre à M. D de se soustraire à la mesure d'éloignement. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien fondé. Le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté doit donc être écarté. Pour le même motif, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, si le requérant a fait valoir à l'audience que son placement en rétention a fait obstacle à ce que sa demande d'asile puisse être présentée et traitée dans des conditions normales, il n'apporte aucune précision à l'appui de son moyen. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de renseignement administratif du 6 mai 2024 et du courrier de M. D du même jour qu'à la demande de ce dernier, le greffe du centre de rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande lui a remis le dossier dédié pour lui permettre de présenter une demande d'asile qui était constitué des formulaires de demande d'asile, de la notice explicative de demande d'asile et du guide de demandeur d'asile concernant les droits spécifiques à sa démarche en langue arabe. M. D a ensuite déposé son dossier sous pli fermé le même jour à dix-sept heures et le greffe du centre de rétention administrative en a immédiatement informé la préfecture de Maine-et-Loire. Le 10 mai 2024, l'OFPRA a procédé à l'enregistrement de sa demande de réexamen de sa demande d'asile puis a déclaré la demande d'asile de M. D comme irrecevable en l'absence de nouveaux éléments remettant en cause l'appréciation déjà portée sur sa situation. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". En outre, aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ ". Il résulte de ces dispositions que, hors le cas particulier où il a été placé en rétention en vue de l'exécution d'une décision de transfert vers l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile, prise en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il doit en principe être mis fin à la rétention administrative d'un étranger qui formule une demande d'asile. Toutefois, l'administration peut maintenir l'intéressé en rétention, par une décision écrite et motivée, dans le cas où elle estime que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre.
6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour estimer que la demande d'asile présentée par M. D présentait un caractère dilatoire, le préfet de Maine-et- Loire s'est fondé sur les circonstances que celui-ci a présenté sans succès plusieurs demandes d'asile, qu'il n'a pas exécuté une mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, que son comportement constitue une menace à l'ordre public, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes et qu'il n'a pas manifesté son intention de demander l'asile dans les observations qu'il a formulées préalablement à l'édiction de l'arrêté du 28 février 2024 fixant l'Érythrée comme pays de renvoi.
7. M. D conteste avoir présenté le 30 août 2017, la demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 30 novembre 2017, confirmée par une décision de la CNDA du 29 août 2019 ainsi que la demande d'asile présentée le 24 mars 2022 qui a été clôturée le même jour par une décision de l'OFPRA. Toutefois, il ressort des écritures de M. D que ce dernier reconnaît avoir utilisé l'identité de M. F B. Or, l'extrait TelemOfpra produit par le préfet de Maine-et-Loire, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, mentionne que les demandes d'asile précitées ont été présentées par M. F B. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment du relevé décadactylaire établi le 31 mai 2023 et de l'entretien de M. D par les services de la préfecture de Maine-et-Loire du 31 mai 2023, que celui-ci était sur le territoire français aux dates des demandes d'asile précitées. En se bornant à faire état de son entrée en France le 17 septembre 2017 pour soutenir qu'il n'a pu déposer une demande d'asile le 30 août 2017, M. D ne conteste pas sérieusement sa présence en France aux dates de présentation des demandes d'asile précitées. M. D n'apporte aucune pièce justificative de nature à remettre en cause le fait qu'il a sollicité une seconde demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de la préfecture de Maine-et-Loire le 31 mai 2023, qui lui a été refusée par un arrêté préfectoral du 31 mai 2023, et qui est corroboré par le procès-verbal d'audition établi le 16 octobre 2023 par les services de police. En outre, à supposer établie la manifestation de volonté du requérant de présenter une troisième de demande de réexamen de sa demande d'asile lors de son audition par les services de police le 20 février 2024, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué compte tenu de l'examen à plusieurs reprises de ses précédentes demandes d'asile par les autorités administratives et de l'absence de production d'éléments nouveaux à l'instance sur les risques encourus en cas de retour en Érythrée, notamment sur celui d'être enrôlé de force dans l'armée de ce pays ainsi qu'il le soutient. Par ailleurs, lors de sa rétention, M. D n'a fait valoir aucun élément ou circonstance nouvelle, ce qui ressort de la décision de l'OFPRA du 10 mai 2024. Enfin, il est constant que le requérant n'a pas exécuté les deux mesures d'éloignement prononcé à son encontre les 30 mai 2022 et 16 avril 2023 et qu'il a fait l'objet d'une interdiction judiciaire de territoire français d'une durée de dix ans prononcé par un jugement du tribunal correctionnel d'Angers du 1er décembre 2023 qui a constitué le fondement de l'arrêté préfectoral du 28 février 2024 portant fixation du pays de renvoi. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commettre d'erreur d'appréciation, estimer que l'intéressé ne présentait pas de garanties de représentation effectives de nature à écarter le risque de fuite et ordonner en conséquence son maintien dans un centre de rétention administrative.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 mai 2024 doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de Maine-et-Loire.
Lu en audience publique le 27 mai 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. PellerinLa greffière,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026