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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2402629

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2402629

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2402629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantJEANMOUGIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2024, M. A C, représenté par Me Jeanmougin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui accorder une autorisation provisoire de séjour pendant ce réexamen ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'il renonce dans ce cas à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la compétence de l'auteur de l'arrêté portant assignation à résidence n'est pas établie ;

- l'arrêté portant assignation à résidence n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen suffisant de sa situation ;

- il méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grenier, vice-présidente, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grenier,

- les observations de Me Jeanmougin, représentant M. C, qui a repris et développé les éléments exposés dans les écritures. La délégation du préfet au secrétaire général de la préfecture est trop générale et imprécise. Il soulève un nouveau moyen tiré du défaut d'examen de la situation de M. C. Il a indiqué avoir fait une demande d'asile en Espagne sans que la préfecture n'ait fait les diligences suffisantes à cet égard. Elle se borne à produire un mail, qui n'est pas suffisamment probant ;.

- les observations de M. D, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui relève que les diligences nécessaires ont été effectuées auprès des autorités espagnoles qui ne connaissent pas M. C. Ce dernier ne s'est pas présenté à la préfecture pour indiquer qu'il avait fait une demande d'asile en Espagne. Il peut, en outre, solliciter l'asile auprès des autorités françaises.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 mai 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a obligé M. A C, ressortissant marocain né le 25 décembre 2002, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. C demande l'annulation de cet arrêté et de l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Pierre Larrey, secrétaire général de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, sous-préfet de Rennes. Il disposait d'une délégation de signature du préfet d'Ille-et-Vilaine du 9 octobre 2023 régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs, aux fins de signer notamment les mesures d'éloignement. Cette délégation qui précise que M. B est compétent pour signer tous actes, arrêtés, décisions, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département d'Ille-et-Vilaine ne présente pas un caractère trop général. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition de M. C du 10 mai 2024 qu'il a déclaré avoir effectué une demande d'asile en Espagne, sans cependant l'établir par aucun document qui lui aurait remis à cette occasion. Le préfet d'Ille-et-Vilaine produit, pour sa part, un courriel du centre de coopération Police-Douane de Campfranc, selon lequel M. C est inconnu des autorités espagnoles tant administrativement que judiciairement. Par suite, le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen suffisant de la situation de M. C. Le moyen tiré de l'erreur de droit commise à cet égard, soulevé au cours de l'audience publique, doit, par conséquent, être écarté.

5. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

6. M. C soutient, sans l'établir, que son frère, dont il est très proche, réside régulièrement en France, qu'il parle parfaitement le français, est entouré d'amis, est parfaitement intégré sur le territoire français et ne présente aucune menace pour l'ordre public. Il ne justifie toutefois pas de ses allégations, alors qu'il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué qu'il est célibataire et n'a pas d'enfants à charge. Il n'est pas davantage établi que sa présence auprès de son frère, qui réside à Paris selon les termes de l'arrêté attaqué, serait indispensable. Il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine et ne pas y être retourné depuis plusieurs années, alors qu'il a déclaré avoir quitté le Maroc en 2018 seulement. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C de mener une vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle doit être écarté.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

7. Ainsi qu'il est dit, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Ainsi qu'il est dit, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, ainsi qu'il est dit, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".

11. Ainsi qu'il est dit au point 6, M. C ne justifie pas de l'intensité de ses liens privés et familiaux en France. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale de nature à caractériser des circonstances humanitaires ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

12. En premier lieu, pour les motifs énoncés au point 3, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). ". Selon l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

14. L'arrêté portant assignation à résidence vise l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle la mesure d'éloignement édictée à l'encontre de M. C et précise qu'il ne justifie pas d'une résidence stable, effective et permanente et qu'il convient de l'assigner à résidence dans un hôtel dont une chambre est mise à la disposition de l'administration. Il mentionne également les obligations de présentation de M. C aux services de gendarmerie et les heures auxquelles il est contraint de rester sur son lieu de résidence. Il énonce, par conséquent, les considérations de droit et de fait qui le fonde et est suffisamment motivé.

15. En troisième lieu, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen suffisant de la situation de M. C.

16. En quatrième lieu, ainsi qu'il est dit, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

17. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C n'a pas été en mesure de justifier d'une résidence stable, effective et permanente au 15 place de Serbie à Rennes comme il l'a déclaré. Dans ces conditions, le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'assigner à résidence dans un hôtel dont une chambre est mise à la disposition de l'administration pendant une durée de 45 jours.

18. En dernier lieu, pour les motifs exposés au point 6 du présent jugement, l'arrêté portant assignation à résidence, alors même qu'il comporte des mesures de présentation quotidienne auprès des services de gendarmerie de La Guerche-de-Bretagne, y compris les week-end et jours fériés et chômés, l'oblige à rester dans le lieu de résidence fixé par cet arrêté chaque jour entre 18h00 et 21H00 y compris les week-end et jours fériés et chômés, et empêche M. C de quitter le périmètre de la Guerche-de-Bretagne en l'absence d'autorisation préfectorale à cette fin, ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la vie personnelle de M. C doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. C à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 16 mai 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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