mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402633 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mai 2024, et un mémoire enregistré le 30 juillet 2024, M. B A demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de renouveler son titre de séjour, née du silence gardé sur sa demande du 18 juillet 2023 ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que le préfet du Morbihan n'est pas compétent pour lui délivrer un titre de séjour et que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance n° 2402634 rendue le 4 juin 2024 par le juge des référés du tribunal ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Ambert a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant irakien, né le 23 juin 1996, est entré irrégulièrement en France le 10 avril 2015. Il a déposé le 2 juillet 2015 une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 7 juin 2016. Son recours à l'encontre de cette décision a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 février 2017. Il a ensuite bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable du 31 juillet 2020 au 30 juillet 2021, puis d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 30 juillet 2021 au 29 juillet 2023. Le 18 juillet 2023, il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour et s'est vu délivrer un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 29 janvier 2024. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur sa demande de renouvellement de titre de séjour du 18 juillet 2023 en application de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une ordonnance n° 2402634 du 4 juin 2024, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de cette décision, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de renouveler son titre de séjour, née du silence gardé sur sa demande du 18 juillet 2023.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :
2. Aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police. () ".
3. M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de renouveler son titre de séjour et d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle. Le préfet du Morbihan fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'il n'est pas compétent pour lui délivrer un titre de séjour. Toutefois, il n'est pas contesté que le requérant réside à la date du présent jugement à Pontivy (Morbihan). La fin de non-recevoir soulevée par le préfet du Morbihan en défense doit ainsi être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 10 avril 2015 et a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable du 31 juillet 2020 au 30 juillet 2021, puis d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 30 juillet 2021 au 29 juillet 2023. M. A est un ressortissant irakien faisant partie de la minorité yézide et n'a pas de membre de sa famille présent dans son pays d'origine. Il a un frère présent en France titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 30 juillet 2033 ainsi qu'un autre frère présent en France titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 30 juillet 2025. M. A a obtenu en France un certificat d'aptitude professionnelle de pâtissier le 12 juillet 2018 et a obtenu le niveau B1 du diplôme d'études en langue française le 4 septembre 2018. Compte tenu de la durée de sa présence sur le territoire français, de l'absence de membre de sa famille dans son pays d'origine et de ses attaches familiales en France, la décision attaquée a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être accueilli.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de renouveler son titre de séjour doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Il n'est pas contesté que le requérant réside à la date du présent jugement à Pontivy (Morbihan). Compte tenu de ce qui précède, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Morbihan de délivrer à M. A une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, née du silence gardé sur sa demande du 18 juillet 2023, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de délivrer à M. A une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
A. AmbertLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026