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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2402712

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2402712

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2402712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mai 2024, M. B D, représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet du Finistère lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la légalité de l'arrêté :

1. Le préfet du Finistère a donné délégation, selon arrêté du 22 mars 2024, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme A C, chef du service de l'immigration et de l'intégration et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins, notamment, de signer les decisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

2. L'arrêté vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative, personnelle et pénale de l'intéressé. Enfin le préfet a précisé la durée du séjour de l'intéressé, les liens de l'intéressé en France, la succession des décisions administratives intervenues le concernant et la menace à l'ordre public que l'intéressé représente. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

3. Une telle motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a notamment pris en compte la situation de l'intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la situation de M. D au regard des différentes dispositions légales dont il a fait application en notant, contrairement à ce que soutient l'intéressé, l'annulation par le tribunal d'une précédente obligation de quitter le territoire français et la présence de ses enfants.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France en 2008. Il est père de deux enfants français. S'il n'établit pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine, il dispose également de fortes attaches en France. Par ailleurs, M. D, depuis 2013, a été condamné à plusieurs années d'emprisonnement pour détention non autorisée et usage illicite de stupéfiants, vol avec violence, menace de crime ou de délit à l'encontre d'une personne chargée d'une mission de service public, importation en contrebande, acquisition, détention, transport et offre ou cession non autorisés de stupéfiants en récidive et recel. Il a été incarcéré de manière continue entre le 19 septembre 2017 et le 23 janvier 2023. Il a ensuite fait l'objet d'une interpellation pour usage illicite de stupéfiant le 22 mars 2023 et pour port d'arme prohibé le 25 juillet 2023 sur laquelle il n'apporte aucun élément. Contrairement à ce qu'il soutient, il représente donc une menace actuelle pour l'ordre public, quand bien même il indique, sans toutefois apporter aucun élément sur ce point, vouloir s'amender. Dans ces conditions, le préfet du Finistère pouvait s'ingérer dans le droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale en prenant une mesure nécessaire à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Il ressort des pièces du dossier que le recours de M. D devant le tribunal de céans tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français fondant la présente interdiction de retour a été rejeté. Cette dernière décision ne se trouve donc pas privée de base légale. Par ailleurs, si M. D soutient que l'interdiction de retour ne peut produire d'effet tant que la cour administrative d'appel n'a pas statué, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait présenté une demande de suspension de l'exécution de ce jugement. Le moyen tiré de ce que l'illégalité manifeste de l'obligation de quitter le territoire français entrainerait nécessairement l'illégalité de l'arrêté attaqué doit donc être écartée.

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. () ".

8. Ni la durée de la présence en France de M. D, ni la relation qu'il indique avoir avec la mère de son second enfant sans toutefois l'établir en se bornant à produire des attestations rédigées pour les besoins de la cause par ses proches, ni la présence de sa famille devenue française ne peuvent être regardées comme des circonstances humanitaires compte tenu de l'importance de son passé délictueux et de la menace qu'il représente actuellement pour l'ordre public. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

9. Par ailleurs, et pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent, l'importance de son passé délictueux et la menace actuelle que l'intéressé représente pour l'ordre public justifient une interdiction de retour d'une durée de trois ans, alors que M. D ne fait état d'aucun obstacle à ce que les mères de ses enfants lui rendent visite au Maroc ou s'y installent pour un temps. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en prenant la mesure ni d'erreur manifeste d'appréciation en fixant à trois ans la durée de cette interdiction de retour.

10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mai 2024.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. D présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. ELa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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