mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402739 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | BERTHET-LE FLOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024, Mme C B A, représentée par Me Berthet-Le Floch, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de son transfert aux autorités lettones ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine à titre principal, d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de l'admettre au séjour à ce titre ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la compétence de l'auteur de cet arrêté n'est pas établie ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît le droit à l'information prévu par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'est pas établi que les brochures requises lui ont été remises dans une langue qu'elle comprend ;
- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'est pas établi que l'entretien dont elle devait bénéficier s'est tenu dans les conditions requises par les textes ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il méconnaît le 1. de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle a sollicité l'asile en Lettonie avant d'entrer en France ;
- il est entaché d'une erreur manifestation dans l'application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dès lors que ses attaches familiales sont en France et non en Lettonie et qu'elle justifie de la vulnérabilité de sa situation par le très jeune âge de son enfant né en France le 8 avril 2024 et par l'incertitude de pouvoir accéder au traitement médical de la pathologie dont elle souffre et qui s'est aggravée depuis son accouchement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pellerin, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin,
- et les observations de Me Berthet-Le Floch, représentant Mme B A, qui maintient les conclusions écrites de la requête, renonce aux moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué et de la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et invoque un nouveau moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990. À l'appui du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, elle précise que la requérante a fait état de la présence en France de son frère dans les pièces versées au dossier, que l'intensité de leur lien est justifié et ajoute que les autorités lettones n'ont pas confirmé qu'elles la prendront en charge avec son enfant, né le 8 avril 2024 en France, et que sa situation est d'une extrême vulnérabilité en raison de la gravité de son état de santé et du très jeune âge de son enfant. À l'appui du nouveau moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990, elle précise que l'arrêté attaqué ne prend pas en compte l'intérêt supérieur de son enfant eu égard à son très jeune âge.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante soudanaise, née le 1er janvier 1995, est entrée en France le 30 décembre 2023 et a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 9 janvier 2024 auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. À la suite du relevé de ses empreintes digitales, il a été constaté dans le fichier Eurodac que l'intéressée avait sollicité l'asile auprès des autorités lettones préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. À la suite de leur saisine le 26 février 2024, les autorités lettones ont explicitement accepté le 11 mars 2024 de reprendre en charge l'intéressée. Par un arrêté du 2 mai 2024, dont Mme B A demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé le transfert de l'intéressée aux autorités lettonnes en vue de l'examen de sa demande d'asile.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Le premier paragraphe de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 prévoit que la demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride " est examinée par un seul Etat membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable ". Le premier paragraphe de l'article 17 de ce règlement dispose que : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant de Mme B A est né en France le 8 avril 2024, soit moins d'un mois avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Si lors de son entretien individuel qui s'est tenu le 9 janvier 2024 à la préfecture d'Ille-et-Vilaine, Mme B A n'a pas indiqué avoir de la famille en France, il ressort néanmoins des pièces du dossier que son frère ainsi que quatre autres membres de sa famille résident en France après avoir obtenu le statut de réfugié. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment du compte-rendu médical du 29 avril 2024, que le frère de la requérante l'assiste dans le suivi médical nécessaire au traitement de la pathologie dont elle souffre. La requérante produit également une lettre de celui-ci du 14 mai 2024 qui indique avoir hébergé la requérante dès son arrivée en France et avoir été à ses côtés lors de l'accouchement de son enfant, né le 8 avril 2024. Si cet élément est postérieur à l'arrêté attaqué, il révèle toutefois une situation antérieure à ce dernier. Ainsi, la réalité et l'intensité des liens fraternels de la requérante sur le territoire français sont établis. La circonstance que les relations fraternelles ne soient pas expressément visées par l'article 2 du règlement (UE) n° 604/2013 définissant la qualité de membres de la famille, concourant à la détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile, ne peut suffire à écarter la demande formulée par Mme B A d'être autorisée à déposer sa première demande d'asile en France. Il est, en outre, constant que Mme B A ne dispose d'aucune attache privée et familiale en Lettonie. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la situation d'isolement de la requérante en Lettonie et le très jeune âge de son enfant né le 8 avril 2024 justifiaient que soit appliquée par les autorités françaises la clause discrétionnaire prévue au 1 de l'article 17 de ce règlement, permettant à tout État membre d'examiner lui-même une demande de protection internationale, alors même que cette demande relèverait de la compétence d'un autre État membre. Par suite, dans les circonstances très particulières de l'espèce, en décidant le transfert de Mme B A aux autorités lettones, le préfet d'Ille-et-Vilaine a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 17 règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 2 mai 2024 portant transfert aux autorités lettones, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
8. Il y a lieu, par application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à Mme B A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, une attestation de demande d'asile sans mention de la procédure Dublin et de lui remettre le formulaire mentionné à l'article R. 531-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile afin de lui permettre d'introduire sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Berthet-Le Floch, avocate de Mme B A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Berthet-Le Floch de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à la requérante.
DÉCIDE :
Article 1er : Mme B A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 2 mai 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à Mme B A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, une attestation de demande d'asile sans mention de la procédure Dublin et de lui remettre le formulaire mentionné à l'article R. 531-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Berthet-Le Floch renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Berthet-Le Floch, avocate de Mme B A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A, à Me Berthet-Le Floch et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mis à disposition au greffe le 28 mai 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. PellerinLa greffière,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026