mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402779 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024, Mme C D, épouse B représentée par Me Le Verger, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont elle a la nationalité comme pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, ou, à défaut, d'enjoindre au préfet du Morbihan de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le même délai et de lui délivrer dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros, à verser à son avocate en application des articles 37 et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;
- il appartient à l'administration de justifier de l'existence et de la régularité de l'avis du collège de médecins de l'office de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas procédé à sa propre analyse de la situation de son fils mais s'étant estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ; tout changement du cadre médical prenant en charge son fils pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et il ne pourrait pas bénéficier en Albanie d'un traitement approprié à son état de santé ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;
- à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire elle reprend les moyens de légalité externe soulevés à l'encontre de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;
- elle invoque par la voie de l'exception l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour et/ou de l'obligation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
La présidente du bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme D par une décision du 28 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Albouy, rapporteur a été entendu à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, épouse B, ressortissante albanaise née en 1992, est entrée régulièrement en France le 27 avril 2018, accompagnée de son époux et de leur fils A, né en 2016 en Albanie. Ils ont déposé des demandes d'asiles qui ont été rejetées définitivement par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 28 octobre 2019. Mme D et son époux ont fait l'objet chacun, le 14 avril 2021, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, qu'ils n'ont pas respecté. Le 21 février 2022, ils ont l'un et l'autre déposé une demande de titre de séjour en invoquant l'état de santé de leur fils A. Par avis du 17 juin 2022, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que l'état de santé de leur enfant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il ne pouvait pas en bénéficier effectivement en France et que les soins nécessités par son état de santé devaient être poursuivis durant 12 mois, soit jusqu'au 16 juin 2023. Des titres de séjour leur ont été délivrés et ils en ont sollicité le renouvellement, pour le même motif que le motif initial, le 19 juillet 2023. Par l'arrêté attaqué du 18 janvier 2024, le préfet du Morbihan a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme D, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Albanie comme pays de destination. M. B a fait l'objet, le même jour, d'un arrêté identique, contesté par lui dans l'instance n° 2402778.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
3. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet du Morbihan a décidé de ne pas renouveler le titre de séjour précédemment obtenu par Mme D. L'autorité administrative n'était pas tenue de faire état de l'ancienneté et de la stabilité de la prise en charge médicale du fils de la requérante dès lors qu'il ne s'agit pas de critères de délivrance du titre de séjour sollicité. Contrairement à ce que soutient Mme D le préfet a tenu compte de l'ancienneté de sa présence sur le territoire lorsqu'il a porté une appréciation motivée sur l'existence éventuelle d'une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, il n'était pas tenu de faire état dans l'arrêté attaqué de la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'elle a présentée, le 10 mai 2023, sur le fondement de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et des pièces produites à l'appui de cette demande. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de la décision rejetant la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme D doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. / () / Le demandeur dispose d'un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de sa demande en préfecture pour transmettre à l'office et de l'intégration le certificat médical mentionné au premier alinéa. " Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
6. Le préfet du Morbihan a produit l'avis relatif à l'état de santé de M. A B rendu par le collège de médecins de l'OFII le 21 décembre 2023, ainsi que le bordereau de transmission de cet avis identifiant le médecin ayant établi le rapport au regard duquel l'avis a été rendu, la date de ce rapport et de sa transmission au collège de médecins. Il ressort de ces pièces que l'avis du 21 décembre 2023 a été rendu conformément aux prévisions des dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité des modalités de consultation du collège de médecins de l'OFII et de l'avis qu'il a rendu doit être écarté.
7. En troisième lieu, en vertu des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à l'autorisation provisoire de séjour prévue à l'article L. 425-10, doit émettre son avis, au vu, d'une part, du rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé de l'enfant du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
8. Le collège de médecins de l'OFII, dans son avis du 21 décembre 2023, puis le préfet du Morbihan dans l'arrêté attaqué, ont estimé que l'état de santé du fils de Mme D, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet du Morbihan ne s'est pas estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII, mais a porté, à partir des éléments en sa possession et notamment de cet avis, sa propre appréciation sur la situation médicale de M. A B. Il ressort des pièces du dossier que le fils de Mme D présente un trouble sévère du développement se manifestant par des troubles du langage, du sommeil, des troubles cognitifs et relationnels et qu'il est, à ce titre, pris en charge médicalement depuis le 7 juillet 2021 par le Centre psychothérapique pour enfants et adolescents de Beaupré, où il bénéficie une fois par semaine, le jeudi, d'une prise charge en hospitalisation de jour. Toutefois, il n'est pas établi qu'une absence de prise en charge médicale exposerait M. E à des conséquences d'une exceptionnelle gravité au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.
9. En quatrième lieu, Mme D est présente en France, avec son époux et son premier enfant depuis le mois d'avril 2018. Elle a donné naissance à une fille en mars 2019. Depuis le mois de mai 2022, elle a travaillé en intérim en tant qu'opérateur de production ou agent d'entretien et détenait une promesse d'embauche délivrée par une agence de services d'aide à domicile, valable jusqu'au 30 juin 2024. Son époux détient une promesse d'embauche délivrée par une agence d'intérim lui proposant de conclure un contrat à durée indéterminée intérimaire. Il fait, comme son épouse, l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire. Son recours contre cet arrêté est rejeté par un jugement n° 2402778 de ce jour. Leurs deux enfants, âgés de 7 et 5 ans sont scolarisés et, à ce titre, leur fils A bénéficie d'une aide humaine individuelle aux élèves handicapés. La requérante a toutefois vécu jusqu'à l'âge de 25 ans en Albanie, où elle n'établit pas que sa cellule familiale ne pourrait se réinstaller et ses enfants, encore en bas âge, poursuivre leur scolarité. Ses liens personnels en France ne présentent pas une nature, une ancienneté ou une intensité particulière. Par suite, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le préfet du Morbihan n'a pas davantage, pour les mêmes motifs de fait, commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle et familiale de Mme D.
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les deux enfants de Mme D ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Albanie. Par ailleurs, il n'est ni établi ni même soutenu qu'un retour dans ce pays aurait pour effet de priver définitivement le fils de la requérante d'une chance sérieuse d'atténuer substantiellement les troubles sévères du développement dont il souffre ou d'y mettre fin. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Finistère a omis d'accorder une considération primordiale à l'intérêt supérieur de ses enfants. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
11. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. / () ".
12. La décision portant obligation de quitter le territoire qui a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est motivée par les motifs pour lesquels le préfet a décidé de refuser à Mme D le renouvellement de son titre de séjour, qui sont suffisants ainsi que cela a été relevé au point 4. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
13. Le moyen tiré de l'irrégularité des modalités de consultation du collège de médecins de l'OFII et de l'avis rendu par ce collège est inopérant en tant qu'il est soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et doit, pour ce motif, être écarté.
14. Mme D qui n'établit pas que la décision par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de renouveler son titre de séjour est illégale, ne peut valablement invoquer cette illégalité à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
15. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés pour les motifs énoncés aux points 9 et 10.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
16. Mme D qui n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale, ne peut valablement invoquer cette illégalité à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision fixant l'Albanie comme pays de renvoi.
Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué du 18 janvier 2024, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
18. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative, 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, la demande présentée par Mme D, sur le fondement de ces dispositions, doit être rejetée
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2. : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, épouse B et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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