vendredi 24 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402837 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CIMADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mai 2024, M. A C demande au juge des référés :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'ordonner sa remise en liberté immédiate ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'il justifie de circonstances de droit ou de fait nouvelles depuis l'édiction de l'arrêté préfectoral du 13 juin 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- l'urgence est caractérisée : il fait l'objet depuis le 28 avril 2024 d'un placement au centre de rétention administrative et peut être éloigné à tout moment ;
- le préfet porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie familiale normale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il est devenu père, le 15 mai 2024, d'un enfant de nationalité française, qu'il a reconnu de manière anticipée le 9 octobre 2023 et à l'entretien et à l'éducation de laquelle il contribue régulièrement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la demande de M. C tendant à suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet constitue un détournement de procédure dès lors qu'elle a pour finalité de remettre en cause une décision définitive ;
- à titre subsidiaire, il n'est porté aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale : M. C n'établit pas, par les quelques éléments produits, qu'il existe une communauté de vie avec la mère de son fils ni qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ce dernier, alors au surplus, que la mère se déclare célibataire auprès de la caisse d'allocations familiales ; de plus, la mesure d'éloignement est justifiée dès lors que M. C n'est pas entré régulièrement sur le territoire national, qu'il n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il s'est soustrait à l'exécution des trois précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre et qu'il a fait l'objet de multiples condamnations, notamment pour des faits de vol en réunion, tentative d'escroquerie, conduite d'un véhicule sans permis et violences conjugales sur une compagne enceinte de plusieurs semaines ; enfin, rien ne s'oppose à ce que la mère de son fils qui n'occupe pas d'emploi et possède un passeport valide l'accompagne au Maroc pour y reconstituer la cellule familiale ;
- la demande de remise en liberté est irrecevable devant le juge administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 mai 2024 :
- le rapport de Mme Plumerault,
- les observations de Me Cohadon, représentant M. C, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, soutient qu'elle ne demande pas au juge des référés de se prononcer sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français ni sur le droit au séjour de M. C mais seulement d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé au regard de l'élément nouveau que constitue la naissance de son fils de nationalité française, insiste sur l'urgence dès lors que M. C est en rétention et en instance imminente d'éloignement, souligne qu'il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie privée et familiale de M. C et à l'intérêt supérieur de son enfant dès lors qu'il est en couple depuis un an et demi avec la mère de l'enfant, qu'il contribue à l'entretien de cet enfant, qu'il a accompagné sa compagne pendant sa grossesse et qu'il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit, que la naissance de l'enfant n'était pas en débat devant le juge des libertés et de la détention ;
- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, souligne que M. C n'a jamais fait de demande de titre de séjour et n'en a pas davantage déposé depuis la naissance de son enfant, qu'il constitue une menace pour l'ordre public, qu'il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance, que la mère de l'enfant s'est déclarée célibataire auprès de la caisse d'allocations familiales, fait valoir qu'il sera loisible à M. C, une fois au Maroc, de solliciter l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français et un visa en sa qualité de parent d'enfant français, que la communauté de vie avec la mère de l'enfant n'est pas avérée et que d'ailleurs tant le juge des libertés et de la détention que le premier président de la Cour d'Appel ont écarté les garanties de représentation qu'il fournissait, qu'il est possible pour sa compagne de s'établir au Maroc, expose que l'intéressé a été placé en rétention après avoir été interpellé pour vol dans un magasin en compagnie de sa compagne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
2. M. C justifiant avoir déposé, le 22 mai 2024, une demande d'aide juridictionnelle, il a lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Eu égard à son office, qui consiste à assurer la sauvegarde des libertés fondamentales, il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de prendre, en cas d'urgence, toutes les mesures qui sont de nature à remédier à bref délai aux effets résultant d'une atteinte grave et manifestement illégale portée, par une autorité administrative, à une liberté fondamentale.
4. Toutefois, les dispositions spéciales prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester la légalité d'une obligation de quitter le territoire français présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative, dont elles sont par suite exclusives. Il en va toutefois autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.
5. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. M. C, alias M. D, se déclarant ressortissant marocain né le 23 novembre 1996, est entré irrégulièrement sur le territoire français, selon ses déclarations, en 2011. Il a fait l'objet, les 28 juillet 2015, 9 octobre 2015, 20 octobre 2016, de trois obligations de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, qu'il n'a pas exécutées. Par un nouvel arrêté du 8 juin 2023 devenu définitif, le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans. Par arrêté du 28 avril 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a placé en rétention administrative. Par ordonnance du 30 avril 2024, confirmée par décision du 3 mai 2024 du premier président de la Cour d'Appel de Rennes, le juge des libertés et de la détention a prolongé cette rétention pour un délai maximum de vingt-huit jours.
7. Le requérant, pour justifier de circonstances de droit ou de fait nouvelles de nature à faire droit en application des règles énoncées ci-dessus à sa demande formée sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, se prévaut de ce qu'il est devenu père, le 15 mai 2024, d'un enfant de nationalité française qu'il a reconnu par anticipation le 9 octobre 2023.
8. En l'espèce, le caractère récent de la naissance et le placement de M. C en centre de rétention depuis le 28 avril 2024 rendent en tout état de cause difficile l'établissement du caractère effectif de la contribution de celui-ci à l'entretien et à l'éducation de son fils. Néanmoins, il résulte de l'instruction que si M. C déclare vivre en couple avec une ressortissante française depuis un an et s'il était présent aux échographies obstétricales, cette cohabitation n'est étayée que par une attestation d'hébergement, alors que sa compagne se déclare célibataire auprès de la caisse d'allocations familiales et que lui-même a déclaré être célibataire lors de son audition le 1er juin 2023. Par suite, aucune vie commune stable n'est avérée entre le requérant, qui au demeurant n'a jamais cherché à régulariser sa situation en sollicitant un titre de séjour, et la mère de son fils. Il résulte également de l'instruction que le requérant est connu sous deux identités différentes, a été écroué en exécution de plusieurs peines d'emprisonnement pour des vols, vols en réunion, conduite d'un véhicule sans être titulaire d'un permis de conduire valide et en faisant usage d'un faux document, vols en récidive et tentative d'escroquerie en récidive, faits de violence aggravée sur son ancienne compagne enceinte. Dans ces circonstances, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou à l'intérêt supérieur de son enfant au sens de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction de la requête de M. C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10 .Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 24 mai 2024.
Le juge des référés,
signé
F. PlumeraultLa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026