LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2402894

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2402894

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2402894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantPERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;

- les décisions attaquées ne sont pas motivées ou insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par ordonnance du 24 mai 2024, reçue au greffe du tribunal le même jour, le juge des libertés et de la détention a mis fin à la rétention administrative de M. B.

Par un arrêté du 24 mai 2024, enregistré le même jour au greffe du tribunal, le préfet du Morbihan a assigné M. B à résidence à Remungoi (56500).

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pellerin, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- les observations de Me Pérès, avocate commise d'office, représentant M. B, non présent à l'audience, qui maintient les conclusions écrites de la requête, renonce au moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, soulève un moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans eu égard à la durée de sa présence sur le territoire français, sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et de son isolement en Géorgie, un moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et un moyen tiré de l'illégalité des décisions portant refus d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et interdisant le retour sur le territoire français en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- et les observations de M. C, représentant le préfet du Morbihan, qui relève que le requérant ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, que la relation du requérant avec ces derniers est floue et que ses enfants pourront rendre visite à leur père lors des vacances scolaires.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien, né le 20 mai 1991, entré en France le 1er septembre 2002 selon ses déclarations, a été titulaire de plusieurs titres de séjour dont le dernier était valable jusqu'au 16 juillet 2025. Par un arrêté du 6 décembre 2023 devenu définitif, le préfet du Morbihan a procédé au retrait de ce dernier titre de séjour au motif que le comportement de M. B présente une menace grave à l'ordre public. Interpellé le 21 mai 2024 par les services de police, le préfet du Morbihan, par un arrêté du 21 mai 2024, a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans. Par un arrêté du 22 mai 2024, M. B a fait l'objet d'un placement en rétention administrative qui a été levé le 24 mai 2024 par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes. Par un arrêté du 24 mai 2024, le préfet du Morbihan a assigné à résidence M. B pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 21 mai 2024 précité.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".

3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il a fait application pour prononcer la décision attaquée, et notamment le 5° de l'article L. 611-1 et précise les conditions d'entrée et de séjour en France du requérant et les motifs pour lesquels il est obligé de quitter le territoire français sans délai. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale et, en particulier, de la présence en France de ses deux enfants, nés les 23 novembre 2018 et 24 septembre 2020. Il précise notamment que M. B ne justifie pas participer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et qu'il a déclaré être séparé de leur mère qui est une ressortissante française. Par suite, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée, pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. Il suit de là que le moyen tiré du défaut ou de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

5. Il ressort de la décision attaquée que pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur le motif tiré de la menace pour l'ordre public que constitue son comportement. Il ressort à cet égard des pièces du dossier, notamment du bulletin n° 2 de son casier judiciaire, que M. B a été condamné le 13 mars 2014 à un an d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Lorient pour des faits commis le 24 novembre 2013 de violence en état d'ivresse, le 26 mars 2015 à quatre mois d'emprisonnement, par le tribunal correctionnel de Vannes, confirmé le 17 janvier 2018 par la cour d'appel de Rennes pour des faits commis les 13 et 14 octobre 2014 d'acquisition de stupéfiants, le 11 septembre 2017 à huit mois d'emprisonnement assorti d'un placement sous surveillance électronique, d'une interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant cinq ans et une interdiction de séjour pendant cinq ans par le tribunal correctionnel de Lorient, confirmé le 15 octobre 2019 par la cour d'appel de Rennes pour des faits commis le 1er mai 2017 de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et de violence avec usage ou menace d'une arme incapacité, le 28 mars 2018 à deux mois d'emprisonnement assortie d'une interdiction de séjour pendant trois ans par le même tribunal, confirmé le 15 octobre 2019 par la même cour d'appel pour des faits commis entre les 9 février au 18 octobre 2017 de détention non autorisée de stupéfiants, le 24 janvier 2022 à 100 jours-amende par le même tribunal pour des faits commis entre le 1er août et le 19 novembre 2019 de rétribution inexistante ou insuffisante du travail d'une personne vulnérable ou dépendante, d'exécution d'un travail dissimulé commis à l'égard de plusieurs personnes et d'emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail salarié et enfin, le 8 août 2022 à un an et deux mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Rennes pour des faits commis le 6 août 2022 d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, de récidive de refus de se soumettre aux vérifications de l'état alcoolique et de détention tabac sans document justificatif régulier, de circulation avec un véhicule sans assurance, de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, de détention frauduleuse de plusieurs faux documents administratifs et de récidive de conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le préfet du Morbihan, par un arrêté du 6 décembre 2023, a procédé au retrait de la carte de séjour pluriannuelle détenu par le requérant au motif que sa présence constitue une menace pour l'ordre public. Enfin, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le requérant a été interpellé le 21 mai 2024 par les services de police pour des faits de blanchiment d'argent, de détention d'arme de catégorie B et de violences aggravées.

6. M. B a fait état de la présence en France de sa mère et de son frère avec lesquels il est entré le 1er septembre 2002, à l'âge de onze ans. Toutefois, aucune des pièces du dossier n'établit la réalité de la présence en France de son frère ni qu'il entretient encore des liens avec sa mère. Par ailleurs, lors de son audition du 21 mai 2024 par les services de police, le requérant a indiqué contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, de nationalité française, nés les 23 novembre 2018 et 24 septembre 2020 et lors d'une audition du même jour, son ex-épouse a indiqué que le requérant voit ses enfants une fois par semaine pendant deux heures et les garde ponctuellement. Toutefois, ces allégations ne sont assorties d'aucune pièce justificative. À cet égard, les quelques photographies produites ne sont pas suffisantes à justifier d'une contribution stable à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants, ni même de démontrer l'intensité des relations qu'il entretiendrait avec eux. Dans ces circonstances particulières, eu égard aux multiples condamnations dont il a fait l'objet et aux nouveaux faits pour lesquels il a été interpellé le 21 mai 2024 qui démontrent la menace pour l'ordre public, encore actuelle, que constitue son comportement, le requérant n'établit pas, en dépit de la durée de sa présence en France, que la décision attaquée l'obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, au nombre desquels figurent notamment la prévention des infractions pénales et la protection de l'ordre public. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet du Morbihan n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 6, M. B n'établit ni contribuer à l'entretien et l'éducation de ses enfants, ni entretenir avec eux des liens réguliers. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la décision attaquée cite les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les motifs pour lesquels le comportement du requérant présente une menace pour l'ordre public, indique que celui-ci s'est maintenu sur le territoire français depuis que la carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 16 juillet 2025 lui a été retirée et qu'il ne présente pas de passeport ou tout autre document d'identité. Par suite, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.

11. En troisième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant à la magistrate désignée du tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

13. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et précise que les pays à destination desquels l'intéressé est susceptible d'être éloigné dont celui dont il a la nationalité, en l'espèce la Géorgie, ou tout autre pays susceptible de l'accueillir. Elle énonce également que M. B n'établit pas être exposé à un éventuel danger pour sa vie en cas de retour en Géorgie pour en déduire que la décision attaquée est conforme aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Il suit de là que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de cette décision doit être écarté.

14. En troisième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant à la magistrate désignée du tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans :

15. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

18. Pour interdire M. B de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans, le préfet du Morbihan a relevé qu'il ne justifiait pas de circonstances humanitaires permettant d'écarter une telle interdiction de retour et que son comportement représentait une menace à l'ordre public.

19. Ainsi qu'il a été dit au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B contribue, à la date de l'arrêté attaqué, à l'entretien et l'éducation de ses enfants de manière régulière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, s'agissant des critères tenant à la durée de sa présence sur le territoire français ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France, que les deux enfants mineurs de M. B sont de nationalité française, que le requérant a passé la majeure partie de sa vie en France et que sa mère réside sur le territoire français couvert d'une carte de résident. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait fait dans le passé l'objet d'une autre mesure d'éloignement. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que sa présence sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public. Si les circonstances invoquées par le requérant ne constituent pas des circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte de l'ensemble de ces considérations qu'au regard de l'ancienneté et de l'intensité des liens familiaux de M. B en France et en dépit de la menace grave à l'ordre public qu'il présente, la durée de cinq ans de l'interdiction de retour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et est entachée d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point 4. Par suite, M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire en tant seulement qu'elle fixe à cinq ans cette durée d'interdiction de retour sur le territoire français.

20. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en tant qu'elle fixe la durée de cette interdiction à cinq ans.

21. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet du Morbihan du 21 mai 2024 par lequel le préfet du Morbihan a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans doit être annulé seulement en tant qu'il fixe à cinq ans la durée de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Morbihan du 21 mai 2024 est annulé en tant seulement qu'il fixe à cinq ans la durée de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. PellerinLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions