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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2402923

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2402923

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2402923
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMAONY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, M. C B, représenté par Me Maony, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- la décision viole les stipulations de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 et des articles L. 421-1 et L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour entache d'illégalité cette décision ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

Sur la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité cette décision ;

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant et viole l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré le 17 juin 2024, après clôture de l'instruction, pour M. B et n'a pas été communiqué.

Une note en délibéré produite pour M. B a été enregistrée le 20 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;

- le code pénal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Roux,

- les observations de Me Blanchot, substituant Me Maony, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant sénégalais né en 1981, est entré irrégulièrement en France le 6 avril 2015. Par jugement du 18 septembre 2019 le tribunal a rejeté son recours dirigé contre un arrêté du 14 mai 2019 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. M. B s'est marié à Brest le 14 novembre 2020 avec Mme D A, ressortissante française, et a été autorisé à séjourner régulièrement à compter du 21 février 2021. Il a sollicité le 9 mars 2022 le renouvellement de son titre de séjour en application de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a été rejetée par un arrêté du 22 avril 2024 du Finistère qui l'a également obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet a tenu compte du parcours personnel et professionnel de M. B sur le territoire français et de sa situation familiale qu'elle concerne ses relations avec ses anciennes compagnes ou ses enfants présents en France. Le moyen tiré de ce que le refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas suffisamment motivé quant à la situation personnelle et familiale de M. B doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, les moyens tirés de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle et familiale de M. B et d'examen réel et sérieux doivent également être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes du point 321 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 : " - Le Sénégal et la France conviennent, sur une base de réciprocité, de procéder à des échanges réguliers d'informations sur les métiers qui, dans chacun des deux pays, connaissent des difficultés durables de recrutement et pourraient donner lieu, sans effet d'éviction au détriment des demandeurs d'emploi locaux, à un recrutement à l'étranger./ La carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", d'une durée de douze mois renouvelable, ou celle portant la mention "travailleur temporaire" sont délivrées, sans que soit prise en compte la situation de l'emploi, au ressortissant sénégalais titulaire d'un contrat de travail visé par l'Autorité française compétente, pour exercer une activité salariée dans l'un des métiers énumérés à l'annexe IV ()". Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 432-1-1 du même code: " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : () 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal ; () ".

5. Malgré les dénégations de M. B, il ressort des pièces du dossier, notamment du signalement du 16 octobre 2023 au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Brest, que pour obtenir le renouvellement d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français, il a présenté à l'administration le 27 avril 2022 une carte d'identité contrefaite au nom de son épouse ce que l'intéressé a alors reconnu. Il ressort, en outre, de ce même signalement que M. B était accompagné d'une personne se faisant passer pour son épouse Mme A. Ainsi, le préfet du Finistère a pu légalement, alors même qu'il n'y était pas tenu, prendre en compte ces faits, qu'il a au demeurant signalé au procureur de la République, pour estimer que M. B ne remplissait plus les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " en vertu des dispositions et stipulations rappelées au point précédent.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, ainsi qu'il a été précédemment exposé, M. B n'établit pas l'illégalité du refus de titre de séjour. Le moyen, soulevé par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

7. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. M. B se prévaut de la présence de ses deux enfants mineurs dans le sud de la France, qui vivent auprès de leur mère, de l'exercice de l'autorité parentale et de leur garde durant les vacances scolaires. Toutefois, les pièces produites par le requérant ne démontrent pas de liens d'une particulière intensité avec ses enfants dont il n'est pas établi qu'ils ne pourraient pas ponctuellement le rejoindre au Sénégal notamment durant les vacances scolaires. Par suite, le requérant n'établit pas qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet du Finistère aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, le préfet du Finistère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué, et n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans :

10. En premier lieu, ainsi qu'il a été précédemment exposé, M. B n'établit pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français. Le moyen, soulevé par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

11. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle est suffisamment motivée en fait et en droit.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

13. Les moyens tirés d'une erreur manifeste d'appréciation, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9. Il en va de même pour le moyen tiré de la violation de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions d'injonction sous astreinte et celles portant sur les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. Le Roux

Le président

Signé

G. Descombes

La greffière,

Signé

L. Garval

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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