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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2402932

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2402932

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2402932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024 sous le n° 2402932, M. A B, représenté par Me Semino, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024 par lequel le préfet du Morbihan lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et l'interdit de retour sur le territoire français pendant cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance des droits de la défense ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il peut prétendre de plein droit à un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne le refus de départ volontaire :

- le dispositif de détention à domicile sous surveillance électronique dont il fait l'objet fait obstacle à ce qu'un refus de départ volontaire soit prononcé ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par arrêté du 8 juin 2024, le préfet du Morbihan a placé M. B en rétention administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 juin 2024, le juge des libertés et de la détention a mis fin à la rétention administrative de M. B.

Par arrêté du 11 juin 2024, le préfet du Morbihan a assigné M. B à résidence à Lorient (Morbihan).

II - Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024 sous le n° 2403287, M. A B, représenté par Me Semino, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2024 du préfet du Morbihan l'assignant à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il fait valoir que :

Sur l'assignation à résidence :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les modalités de contrôle de l'assignation à résidence :

- elles sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Tronel, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tronel,

- les observations de Me Semino, qui demande que le représentant du préfet justifie d'un mandat à cet effet et qui expose les moyens développés dans les deux requêtes ;

- les explications de M. B ;

- et les observations de M. E, représentant le préfet du Morbihan et dûment mandaté à cet effet par décision préfectorale du 10 août 2022.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Une note en délibéré présentée par le préfet du Morbihan a été enregistrée le 18 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle et la jonction :

1. M. B justifiant avoir introduit deux demandes devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans les deux instances, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ressort des pièces des dossiers que lors de son audition par les services de police le 7 mai 2024, M. B a été mis en mesure de faire valoir ses observations avant que la mesure d'éloignement soit prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense garantis par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et les principes généraux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

3. En second lieu, il ressort des mentions portées dans l'arrêté contesté que le préfet, après avoir mentionné les motifs de droit constituant le fondement de la mesure d'éloignement, rappelle en détail, le parcours administratif et familial de M. B, ainsi que son passé délictuel. En particulier, il précise que : M. B est né en 2000 en Turquie et est entré en France en 2005 ; il a déposé une demande de titre de séjour en tant que mineur devenu majeur, rejetée le 17 novembre 2021 ; il a déposé une nouvelle demande de titre de séjour le 27 octobre 2022 sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rejetée le 17 février 2023 ; il est défavorablement connu des services de police, ayant fait l'objet de plusieurs condamnations pénales détaillées dans les motifs de l'arrêté ; il est présent en France depuis dix-neuf ans et un mois, célibataire et sans enfant à charge ; ses frères et sœurs résident en France, ainsi que ses parents, titulaires d'une carte de résident valable jusqu'en 2026. Il en résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait. Le moyen tiré de son défaut de motivation doit, en conséquence, être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. B, en tenant compte tant de ses attaches familiales en France, que de ses demandes de titre de séjour. Si M. B soutient avoir demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne l'établit pas. Le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant doit, par suite, être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour () / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

6. Si, comme le soutient M. B, le préfet ne pouvait pas légalement fonder la mesure d'éloignement sur le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé entre en revanche dans les prévisions du 3° de ce même article, qui peut être substitué au 5°, ainsi que le fait valoir en défense le préfet, cette substitution de base légale n'ayant pas pour effet de priver l'intéressé d'une garantie et l'administration disposant du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

7. En cinquième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance du titre de séjour sollicité par cet étranger sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code.

8. Il ressort des pièces des dossiers que M. B a été d'abord condamné le 15 octobre 2019 par le tribunal correctionnel de Lorient à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité ainsi que pour conduite d'un véhicule sans permis, faits commis le 27 mai 2019. Il a été ensuite condamné à une peine d'amende le 5 octobre 2020 pour des dégradation et détérioration du bien d'autrui commis en réunion le 31 décembre 2018, puis le 22 février 2021 à une peine d'emprisonnement de six mois par le tribunal correctionnel de Lorient pour des faits d'acquisition, détention, transport, emploi, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, commis entre les mois de janvier et juillet 2020 et le 20 janvier 2023 et enfin, par le tribunal de police de Lorient à 40 heures de travail d'intérêt général. Il a été condamné en dernier lieu par le tribunal correctionnel de Lorient à 24 mois d'emprisonnement, dont 12 mois avec sursis probatoire pour violence suivie d'incapacité supérieure à 8 jours en récidive. Eu égard au caractère répété des faits commis allant de 2018 à 2023 ainsi qu'à la gravité de certains d'entre eux, le comportement de M. B représente une menace pour l'ordre public et fait obstacle à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il peut prétendre de plein droit à un tel titre qui ferait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement doit être écarté.

9. En sixième lieu, si M. B soutient être dépourvu d'attaches familiales en Turquie en faisant valoir que ses grands-parents sont décédés, il n'établit pas, par exemple en produisant les certificats de décès. Il n'apporte pas davantage d'éléments concrets sur la réalité de sa vie de couple, celle-ci étant, en tout état de cause, très récente selon l'attestation de sa compagne. Compte tenu de ces circonstances et des considérations d'ordre public retenues à bon droit par le préfet, l'ancienneté du séjour de M. B en France et la présence sur le territoire national de ses parents et de ses frères et sœurs sont, dans les circonstances très particulières de l'espèce, insuffisantes pour considérer que son insertion dans la société française serait telle que la mesure d'éloignement prise à son encontre porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. B doit également être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, la circonstance que M. B bénéficie actuellement d'un dispositif de détention à domicile sous surveillance électronique ne fait pas obstacle à ce qu'un refus de départ volontaire soit prononcé.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. En premier lieu, lors de son audition par les services de police le 7 mai 2024, la question suivante lui a été posée : " Acceptez-vous de retourner en Turquie, sinon pourquoi ' ", M. B a ainsi eu la possibilité, contrairement à ce qu'il soutient, de faire état de ses craintes en cas de retour en Turquie en raison de ses origines kurdes. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B faute de lui avoir posé une question sur ses craintes en cas de retour en Turquie doit être écarté.

15. En deuxième lieu, dès lors que le requérant ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

16. En dernier lieu, si M. B soutient qu'il est d'origine kurde, il n'apporte aucun élément de nature à étayer son allégation, qui ne peut, dès lors, être tenue pour établie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

18. Si la menace pour l'ordre public que représente la présence de M. B sur le territoire français peut justifier une mesure d'interdiction de retour, compte tenu toutefois de la durée de présence en France de M. B où résident ses parents, frères et sœurs en France, en fixant cette interdiction à la durée maximale de cinq ans, le préfet a commis une erreur d'appréciation. Il y a lieu, par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français, d'annuler celle-ci.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

19. Aux termes dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I.- L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de son article L. 732-1 : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". Aux termes de son article R. 733-1 : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". Si une décision d'assignation à résidence prise en application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.

20. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces des dossiers que Mme D C a reçu délégation, de la part du préfet, par arrêté du 3 mai 2024, régulièrement publié, à l'effet de signer la décision attaquée. D'autre part, les modalités de contrôle étant une composante de la décision d'assignation à résidence, elles n'impliquent pas une délégation de signature spécifique, distincte de la décision d'assignation à résidence. Par suite, le moyen de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté, tant pris en sa première branche en ce que la signataire de la décision attaquée était incompétente pour prendre une mesure d'assignation à résidence, que pris en sa deuxième branche en ce que la signataire de l'acte devait disposer d'une délégation spécifique pour préciser les modalités de contrôle de l'assignation à résidence, doit être écarté.

21. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement. Il précise notamment que M. B fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et qu'il entre dans les prévisions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est, par suite, suffisamment motivé, sans que le préfet soit tenu de motiver spécifiquement la fréquence de présentation au service de gendarmerie ou de police nationale.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

22. L'exécution du présent jugement, qui annule la durée de cinq ans de l'interdiction de retour sur le territoire français, n'implique aucune des mesures d'exécution sollicitées. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. L'État n'étant pas, dans les présentes instances, la partie essentiellement perdante, les conclusions présentées par M. B au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision d'interdiction de retour pour une durée de cinq ans sur le territoire français du 11 juin 2024 est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

N. TronelLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2402932, 2403287

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