vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402933 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DELILAJ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 mai 2024, M. D B, représenté par Me Delilaj, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire national pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est entachée d'erreurs de fait ou de droit dès lors qu'elle est fondée sur une précédente obligation de quitter le territoire français qui ne lui a pas été notifiée, et que la possibilité de présenter une demande de regroupement familial ne concerne pas les ressortissants français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La décision d'obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est illégale, par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- est entachée d'erreurs de fait ou de droit dès lors qu'elle est fondée sur une précédente obligation de quitter le territoire français qui ne lui a pas été notifiée, et que la possibilité de présenter une demande de regroupement familial ne concerne pas les ressortissants français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La décision fixant le pays de renvoi est illégale, par voie d'exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
La décision d'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée d'un an :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut de base légale ;
- est illégale, par voie d'exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Grondin,
- et les observations de Me Delilaj représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant turc né le 14 septembre 1993, est entré irrégulièrement en France le 21 octobre 2022, selon ses déclarations. Sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour national du droit d'asile du 16 octobre 2023. Le 20 novembre 2023, il a fait l'objet d'un premier arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Les 18 septembre 2023 et 12 février 2024, se prévalant notamment de son mariage avec une ressortissante française le 28 août 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire national pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme C A, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité. Celle-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par un arrêté du préfet du Morbihan du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 31 août suivant, à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de titre de séjour, d'obligation de quitter le territoire français, de fixation du pays de destination et d'interdiction de retour sur le territoire national. Par ailleurs, la circonstance que l'arrêté litigieux ne fasse pas état de cette délégation de signature dans ses visas est sans incidence sur la compétence de son auteur. Dans ces conditions, Mme A avait compétence pour signer l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constituent la base légale de l'ensemble des décisions qu'il contient, aux nombres desquels figurent les articles L. 423-1, L. 423-2 et L. 611-1 dont le préfet a fait application. Il comporte ainsi les considérations de droit fondant ces décisions. Par ailleurs, l'arrêté mentionne la date de naissance, la nationalité, et la date d'entrée de M. B sur le territoire national. Il précise également en quoi il ne remplit pas les conditions résultant de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui permettant de bénéficier d'un titre de séjour, notamment eu égard à l'absence d'une entrée régulière sur le territoire national et de détention d'un visa de long séjour. L'arrêté expose enfin précisément pourquoi les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas méconnus. Dans ces conditions, la motivation de l'arrêté litigieux est suffisamment développée pour permettre à l'intéressé d'en saisir les motifs et au juge d'exercer son contrôle en toute connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour serait insuffisamment motivée doit être écarté.
4. En troisième lieu, le préfet n'a pas à mentionner tous les éléments de la vie privée et familiale de M. B mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre son arrêté. Il en résulte que la circonstance selon laquelle l'arrêté litigieux ne fait pas état d'éléments important de la situation personnelle ou familiale de l'intéressé n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen particulier de la situation du requérant, lorsque le préfet n'en n'a pas eu connaissance ou lorsque ces éléments ne sont pas susceptibles d'influencer le sens des décisions attaquées.
5. En l'espèce, si le requérant se prévaut de ce que le préfet n'a pas mentionné sa demande de titre de séjour du 18 septembre 2023, et qu'il n'a pas précisé s'il statuait sur cette demande ou celle formulée le 12 février suivant, il n'est pas tenu de faire état de l'ensemble de la procédure administrative précédent son arrêté si elle n'est pas susceptible d'influencer le sens de ses décisions. Or, il est constant que la demande de titre de séjour du 18 septembre 2023 a été clôturée le 20 octobre 2023, faute pour M. B d'avoir produit un passeport. Alors que cette décision n'a pas été contestée par l'intéressé, le préfet pouvait ne pas mentionner cette demande dans son arrêté et n'avait pas à y statuer.
6. De même, si l'intéressé se prévaut de ce que le préfet s'est fondé sur un arrêté du 20 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français, alors qu'il ne lui a pas été notifié, il ressort toutefois des pièces du dossier que le pli recommandé de cet arrêté a été expédié à la dernière adresse connue de M. B, qu'il a été effectivement présenté à son domicile le 28 novembre 2023, et qu'il est retourné en préfecture avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, l'arrêté du 20 novembre 2023 doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié au requérant le 28 novembre 2023.
7. Le requérant se prévaut, en outre, de ce que le préfet n'a examiné sa demande de titre de séjour que sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que sa demande de titre de séjour n'ayant pas été présentée par un avocat et ne précisant aucun fondement, il aurait également dû examiner son droit au séjour au regard des dispositions de l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Or, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes même de la demande de titre de séjour du 12 février 2024, que M. B a expressément fait état de son mariage avec une ressortissante française et a produit en pièce jointe un acte de mariage et un livret de famille. Dans ces conditions, il doit être regardé comme ayant sollicité un titre de séjour en raison de sa vie privée et familiale, et plus précisément de son mariage avec une personne de nationalité française. Cette situation étant régie par les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-23 du même code, lesquelles ne concernent que " l'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7 () ". Enfin, alors que la demande de titre de séjour n'évoque aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel d'admission au séjour, le préfet n'a aucunement été saisi d'une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché son arrêté d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. B aux motifs qu'il n'a pas examiné sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des article L. 423-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Enfin, si le requérant reproche à l'arrêté litigieux de faire état de la possibilité pour son épouse de solliciter le regroupement familial alors qu'elle est française, cette circonstance n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que le préfet du Morbihan n'a pas entaché la décision litigieuse d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. B. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'erreurs de fait ou de droit, au motif qu'elle est fondée sur une précédente obligation de quitter le territoire français qui ne lui a pas été notifiée, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que l'arrêté du 20 novembre 2023 doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié au requérant le 28 novembre 2023.
11. En cinquième lieu, si le requérant soutient que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'erreurs de fait ou de droit au motif qu'elle fait état de la possibilité pour son épouse de présenter une demande de regroupement familial alors qu'elle est française, il est constant que, pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour en qualité de conjoint de français, le préfet du Morbihan s'est également fondé sur la circonstance que l'intéressé ne disposait pas d'un visa de long séjour et que, ne justifiant pas de son entrée régulière en France, il ne pouvait bénéficier de la dérogation prévue par l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B ne présente aucun élément de nature à contredire ce constat du préfet. Dans ces conditions, il ne démontre pas remplir les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-1 ou L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour ces seuls motifs. Par suite, et alors que le préfet aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur la circonstance selon laquelle le requérant ne remplit pas les conditions des article L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français, il y a lieu de neutraliser le motif tiré de la possibilité pour son épouse de solliciter le regroupement familial.
12. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 312-1 A du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueurs depuis le 28 janvier 2024 : " Sans préjudice des conditions mentionnées à l'article L. 311-2, les visas mentionnés aux articles L. 312-1 à L. 312-4 ne sont pas délivrés à l'étranger qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français depuis moins de cinq ans et n'apporte pas la preuve qu'il a quitté le territoire français dans le délai qui lui a été accordé au titre de l'article L. 612-1 ou, le cas échéant, dans les conditions prévues à l'article L. 612-2 () ".
13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B, sans enfant à charge, n'est entré en France que le 21 octobre 2022, où il ne justifie pas avoir tissé des liens personnels autres qu'avec sa femme française. A ce titre, s'il s'est effectivement marié avec une ressortissante française le 28 août 2023, ce lien demeure récent alors qu'aucune pièce au dossier n'atteste d'une vie commune réelle, ancienne et stable avant le mariage. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune intégration sociale ou professionnelle particulière depuis son arrivée en France, ni ne démontre être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, il est loisible à M. B de retourner dans son pays d'origine en vue de solliciter un visa de long séjour afin de faire régulariser sa situation. A ce titre, si le requérant se prévaut de ce qu'il ne pourra bénéficier d'un visa de long séjour conformément aux dispositions de l'article L. 312-1 A du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles-ci portent sur les conditions de délivrance de visas en cas d'inexécution, dans le délai imparti, d'une obligation de quitter le territoire français édictée il y a moins de cinq ans. Dès lors, et eu égard à l'effet suspensif du présent recours ainsi qu'il résulte de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rien ne fait obstacle à ce que M. B exécute la décision portant obligation du quitter le territoire dans le délai de trente jours qui lui est imparti. Dans ces conditions, il ne saurait en tout état de cause utilement soutenir qu'il ne sera pas en mesure d'obtenir un visa pour revenir en France en cas d'éloignement, alors même qu'il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français à laquelle il s'est soustrait et qui n'est plus exécutoire. Compte tenu de la durée et des conditions de séjour de M. B sur le territoire national qui viennent d'être évoquées, le préfet du Morbihan n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale eu égard aux buts poursuivis en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision d'obligation de quitter le territoire français :
15. En premier lieu, les moyens tirés de ce que la décision d'obligation de quitter le territoire français aurait été signée par une autorité incompétente, serait insuffisamment motivée, et serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 à 9.
16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 14 que l'ensemble des moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour doivent être écartés. Par suite, M. B n'est pas fondée à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision.
17. En troisième lieu, les moyens tirés des erreurs de droit ou de fait et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écarté pour les mêmes motifs que ceux invoqués aux points 10 à 13.
18. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
19. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 18 que l'ensemble des moyens dirigés contre les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français doivent être écartés. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée d'un an :
20. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
21. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
22. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. B doit être regardé comme ayant fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, alors qu'il est constant qu'il ne l'a pas exécuté. En revanche, dès lors que le préfet se prévaut de ce qu'il est loisible à M. B de retourner dans son pays d'origine en vue de solliciter un visa de long séjour en qualité de conjoint de français, afin de faire régulariser sa situation avant d'entrer légalement sur le territoire national, il ne pouvait légalement assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Les conditions de présence de M. B sur le territoire français où sa femme française réside s'y opposent. Par suite, il a entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant à ce titre.
23. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a uniquement lieu d'annuler l'arrête du préfet du Morbihan du 25 avril 2024 en tant seulement qu'il fait interdiction à M. B de tout retour sur le territoire national pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter ses conclusions d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
25. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 200 euros que M. B sollicite au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrête du préfet du Morbihan du 25 avril 2024 est annulé en tant seulement qu'il fait interdiction à M. B de tout retour sur le territoire national pour une durée d'un an.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Grondin, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
T. Grondin
Le président,
signé
C. Radureau
La greffière d'audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
1
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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