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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2402974

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2402974

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2402974
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCHAUVEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mai 2024, M. C B, alors placé en centre de rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 mai 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre d'une durée de trois ans.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;

- il méconnaît le principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu

- l'ordonnance du 29 mai 2024 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ambert, conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ambert,

- les observations de Me Chauvel, avocat commis d'office, représentant M. B, qui expose les moyens développés dans la requête,

- la parole a été donnée à M. B, assisté d'une interprète en arabe, qui n'a rien ajouté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, le signataire de l'arrêté litigieux, M. A D, sous-préfet de Châteaubriand-Ancenis, a reçu, par arrêté du 2 février 2024 publié au recueil des actes administratifs du département de la Loire-Atlantique du même jour, délégation du préfet à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'une décision portant sur le délai de départ volontaire et d'une décision d'interdiction de retour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit ainsi être écarté.

2. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet de la Loire-Atlantique a pris la décision attaquée. Le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.

3. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, les moyens tirés de sa violation par une autorité d'un État membre doivent être écartés comme inopérants.

4. À supposer que M. B ait entendu se prévaloir du droit d'être entendu comme principe général du droit de l'Union européenne, il ressort des pièces du dossier qu'il a été entendu par les services de la police nationale de Nantes le 26 mai 2024 avant que ne lui soit notifié l'arrêté attaqué, ayant été informé à cette occasion de la volonté des services de la préfecture de prendre une mesure d'éloignement à son encontre. M. B a été mis en mesure de formuler ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne précité doit être écarté.

5. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué mentionne que M. B est entré irrégulièrement en France en 2015, qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 26 octobre 2018 qui n'a pas été exécutée, qu'il est sans domicile fixe, célibataire et sans enfant et qu'il a été interpellé à Nantes le 26 mai 2024 puis placé en garde à vue par les services de police pour des faits de vol par ruse. Au regard de ces éléments, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement en France en 2015. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 26 octobre 2018 qui n'a pas été exécutée. Par un jugement du 29 octobre 2018 du tribunal correctionnel de Nantes, M. B a été condamné à deux mois d'emprisonnement pour des faits de vol en réunion et recel de bien provenant d'un vol. Il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant à charge. L'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire de trois ans, ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré d'une erreur d'appréciation au regard des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle doit ainsi être écarté.

8. En sixième lieu, si M. B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, il n'assortit pas ce moyen des précisions nécessaires à l'examen de son bien-fondé. Le moyen doit ainsi être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Loire-Atlantique.

Lu en audience publique le 31 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

A. AmbertLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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