mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402985 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 28 mai 2024 et 29 mai 2024, M. C B demande au tribunal d'annuler la décision du 16 mai 2024 par laquelle la commission de médiation du Finistère a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.
Il soutient que :
- il habitait dans le logement de son ex-compagne et mère de son fils ;
- cette dernière est décédée le 30 décembre 2023 ;
- il veut quitter ce logement car il ne veut pas vivre là où son ex-compagne est décédée et serait donc hébergé par un tiers dans des conditions difficiles.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le caractère d'urgence n'est pas rempli, notamment du fait que le bailleur du logement qu'il occupe a tenté de trouver une solution pour régulariser sa situation en lui affectant ce logement ;
- au surplus, le requérant a déposé sa demande de logement social le 31 janvier 2024 et a effectué la saisine de la commission de médiation le 15 février 2024, si bien que les démarches préalables à son relogement présentent un caractère insuffisant.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, vice-président, pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Descombes, président-rapporteur a présenté son rapport, aucune des parties n'étant présente.
Considérant ce qui suit :
1. M. B était hébergé par Mme A, son ex-compagne et mère de son fils dans un logement social depuis le 1er janvier 2014. A la suite du décès de Mme A, il a souhaité quitter ce logement pour s'installer avec son fils chez un tiers. Il a saisi la commission de médiation du Finistère d'un recours amiable, parvenu au secrétariat de ladite commission le 15 février 2024, afin que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente au titre de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par décision du 16 mai 2024, dont M. B demande l'annulation, la commission de médiation du Finistère a rejeté son recours.
2. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement ()". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur au regard du logement ou de l'hébergement dont il peut disposer en vertu de l'obligation d'aliments définie par les articles 205 du code civil ()/ La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".
3. Si, dès lors qu'il était dépourvu de logement, M. B pouvait saisir sans délai la commission de médiation en application du deuxième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 du code précité, cette circonstance ne dispensait pas la commission de se prononcer sur le caractère prioritaire de sa demande et sur l'urgence qu'il y avait à lui attribuer un logement, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 441-14-1, notamment au regard des démarches précédemment effectuées par l'intéressé pour bénéficier d'un logement social. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la commission de médiation aurait commis une erreur de droit en retenant que l'appartenance à l'une des catégories prioritaires mentionnées par les dispositions de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ne suffit pas, à elle seule, à rendre éligible la demande de logement et qu'il faut également que la situation du demandeur présente un caractère d'urgence.
4. Ainsi qu'il a été dit, il appartient à la commission de médiation, saisie d'une demande de logement, d'apprécier l'urgence à attribuer au demandeur un logement en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département. En l'espèce, il est constant que M. B a sollicité l'attribution d'un logement social le 31 janvier 2024, concomitamment à la saisine de la commission de médiation le 15 février 2024. Dans ces conditions, c'est sans erreur de droit et sans erreur manifeste d'appréciation que la commission a estimé que le caractère trop récent de la demande de logement social à la date de sa décision ne permettait pas d'établir l'échec de la procédure de droit commun et ne caractérisait pas une situation d'urgence. Si M. B fait valoir que dans l'attente d'être relogé, il devrait être hébergé avec son fils chez son frère, où ils vivraient alors à 8 dans un logement de type T4, cette circonstance, alors qu'il n'est pas contesté que le bailleur de son logement lui a proposé de régulariser sa situation en lui attribuant le logement de son ex-épouse, lequel est adapté à sa situation, est pas suffisante à elle seule pour caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions susvisées du code de la construction et de l'habitation et le requérant n'établit pas davantage, de ce fait, que la commission de médiation se serait livrée à une appréciation manifestement erronée de sa situation personnelle. Il suit de là que sa requête tendant à l'annulation de la décision de la commission de médiation du Finistère en date du 16 mai 2024 doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.
Copie en sera adressée au préfet du Finistère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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