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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403020

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403020

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantKOTOKO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mai et 23 juin 2024, Mme D C, représentée par Me Kotoko, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet du Finistère a rejeté sa demande de certificat de résidence pour ressortissant algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un certificat de résidence pour ressortissant algérien dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation réelle ;

- il méconnaît le b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grenier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante algérienne née le 27 mars 1951, est entrée régulièrement en France avec un visa de court séjour, le 11 octobre 2023, pour rendre visite à son fils de nationalité française. Le 7 novembre 2023, elle a demandé la délivrance d'un certificat de résidence pour ressortissant algérien en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français. Par un arrêté du 6 mai 2024, dont Mme C demande l'annulation, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer ce certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée à l'expiration de ce délai.

2. En premier lieu, par un arrêté du 26 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 1er mars 2024, le préfet du Finistère a donné délégation à M. A B, directeur de cabinet du préfet et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer, en l'absence de M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture, tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les actes en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents (). ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article

L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

4. L'arrêté attaqué mentionne les textes dont il fait application. Il précise les conditions d'entrée en France de Mme C et les motifs pour lesquels elle ne peut être regardée comme ascendante à charge d'un ressortissant français. Il précise ses conditions de vie en Algérie. Mme C était ainsi à même de comprendre les motifs de droit et de fait pour lesquels sa demande de certificat de résidence a été rejetée. Ainsi, la décision de refus de certificat de résidence étant suffisamment motivée, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions permettant au préfet d'édicter une telle décision, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, par application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit, en conséquence, être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Finistère a procédé à un examen suffisant de la situation de Mme C, qui n'établit pas lui avoir transmis des éléments plus récents que l'enquête sociale de 2016 mentionnée par l'arrêté attaqué, laquelle ne constitue, au demeurant, que l'un des éléments pris en compte par le préfet pour examiner sa demande de certificat de résidence. En outre, alors même qu'elle souffrirait de pathologies nécessitant un suivi médical, il est constant que Mme C n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour soins. Le moyen tiré de l'erreur de droit à ne pas avoir procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation réelle de la requérante doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles stipule que : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () / b) A l'enfant algérien d'un ressortissant français si cet enfant a moins de vingt et un ans ou s'il est à la charge de ses parents, ainsi qu'aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge. () ". L'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence au bénéfice d'un ressortissant algérien qui fait état de sa qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins, ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C bénéficie d'une pension de réversion d'environ 300 euros par mois, d'un montant légèrement supérieur à celui du revenu mensuel moyen en Algérie, soit 280 euros. En outre, son fils, ressortissant français auprès duquel Mme C s'est déclarée comme étant ascendante à charge, a précisé, par un courrier du

8 janvier 2024, que cette pension permettait de couvrir les besoins de sa mère en Algérie, sans qu'il n'ait besoin de lui apporter un soutien financier complémentaire. Alors même qu'il soutient, par une attestation du 15 mai 2024, verser environ 1 200 euros à sa mère chaque année, il ne l'établit pas. L'un des fils de la requérante, qui réside régulièrement en France et l'une de ses filles, ressortissante française, attestent également l'aider régulièrement, à hauteur respectivement de

90 et de 100 euros par mois, sans davantage l'établir. En se bornant à soutenir que sa situation s'est dégradée et que le montant de sa pension ne lui permet pas d'entretenir la maison familiale,

Mme C n'apporte aucun élément de nature à établir que le montant de sa pension de réversion serait insuffisant pour couvrir ses besoins quotidiens propres. De plus, ainsi qu'il a été dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que son fils, ressortissant français, alors même qu'il s'engage désormais à prendre en charge sa mère par son courrier du 8 janvier 2024, pourvoyait régulièrement à ses besoins avant l'arrivée de cette dernière en France. Par suite, c'est par une exacte application des stipulations précitées du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien que le préfet du Finistère a estimé que Mme C ne pouvait être regardée comme étant à la charge de son fils français.

8. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France en octobre 2023, à l'âge de 72 ans. Alors même que son mari est décédé et qu'elle vit seule en Algérie, il ressort des pièces du dossier que huit de ses enfants vivent en Algérie. Si trois d'entre eux attestent ne pas avoir de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient pas aider leur mère, notamment pour son suivi médical et l'entretien de sa maison, vétuste et privée de commodités. En outre, Mme C ne saurait utilement invoquer la circonstance qu'elle n'est pas suffisamment autonome pour solliciter des visas de court séjour, à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance de son droit à une vie privée et familiale normale. Ainsi, il est constant que Mme C n'est pas isolée en Algérie. Par suite, l'arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il suit de là qu'il ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles qu'elle présente au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Poujade, président du tribunal,

Mme Grenier, vice-présidente,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

C. GrenierLe président du tribunal,

Signé

A. Poujade

La greffière,

Signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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