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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403049

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403049

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantKERMARREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement le 31 mai, 4 et 5 juin 2024, M. D A, représenté par Me Kermarrec, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 en tant que le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi, a édicté une interdiction de retour d'une durée de cinq années ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la compétence du signataire n'est pas établie ;

- l'arrêté n'est pas motivé et souffre d'un défaut d'examen ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vie privée et familiale ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle a été prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle sera annulée par voie de conséquence ;

En ce qui l'absence de délai de départ volontaire :

- la décision sera annulée par voie de conséquence ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation et a méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- la décision sera annulée par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, notamment son article 19-1 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- les observations de Me Kermarrec, avocat commis d'office, représentant M. A,

- et les explications de M. A qui déclare être entré en France en 2015.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

1. En premier lieu, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation, selon un arrêté du 25 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à Mme F B, chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, référente régionale, et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, notamment, les décisions d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

2. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé et satisfait dès lors aux exigences de motivation.

3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

4. En quatrième lieu, M. A, ressortissant de la République démocratique du Congo, né en 1999, se prévaut de ce qu'il réside en France depuis 2015, de ce que sa mère et ses quatre demi-sœurs résident régulièrement en France, de ce qu'il est le père d'un enfant français, né en 2021 et de ce qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française, Mme E C.

5. Toutefois, M. A ne précise aucunement la date à laquelle il a entamé sa relation amoureuse avec Mme C ni la date du concubinage qu'il invoque. D'ailleurs, lors de son audition du 26 décembre 2023, l'intéressé n'avait pas évoqué l'existence de cette relation puisque s'étant déclaré célibataire. Si celui-ci est par ailleurs le père d'un enfant français, il reconnaît lui-même, dans ses écritures, voir peu celui-ci en raison d'un conflit avec sa mère. Dans ces conditions, et compte tenu des conditions de séjour de M. A, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait pris sa décision en violation de ces stipulations.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

8. M. A n'est pas fondé à demander, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, l'annulation par voie de conséquence de la décision attaquée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. M. A n'est pas fondé à demander, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, l'annulation par voie de conséquence de la décision attaquée.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ".

11. M. A a justifié, au cours de l'instance, que sa mère résidait régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident et de ses quatre demi-sœurs. Il a également justifié du décès de son père et de ce qu'il était le père d'un enfant français né en 2021. Il est par ailleurs constant que le comportement de M. A ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressé s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement et verrait peu son enfant en raison d'un conflit avec la mère de celui-ci, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en édictant une interdiction de retour d'une durée de cinq années. M. A est par suite fondé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, à demander l'annulation de l'arrêté attaqué dans cette mesure.

En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :

12. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire () n'a pas été accordé ".

13. M. A n'est pas fondé à demander, compte tenu de ce qui a été dit aux points 1 à 7, l'annulation par voie de conséquence de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement qui n'annule l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 30 mai 2024 qu'en tant qu'il a édicté une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq années n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. A aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application combinée des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Aux termes de l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 : " (). Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : () / 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté ; () ".

16. M. A bénéficie de l'assistance d'un avocat commis d'office intervenant dans l'une des procédures visées à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Kermarrec, conseil du requérant, de la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à la part contributive de l'État à l'exercice de sa mission.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 mai 2024 est annulé en tant que le préfet d'Ille-et-Vilaine a édicté une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq années.

Article 2 : L'État versera à Me Kermarrec la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à la part contributive de l'État à l'exercice de sa mission.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Kermarrec et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. EtienvreLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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