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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403116

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403116

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCABINET DGR AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juin 2024, M. B C, représenté par Me Roilette, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 du préfet du Morbihan portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois années ;

3°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions ont été prises en violation de son droit à être entendu ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne l'existence des risques encourus en Turquie ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- la décision est entachée d'incompétence et d'un vice de forme ;

- elle n'est pas motivée ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- et les observations de M. E, représentant le préfet du Morbihan.

M. C n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. M. C, ressortissant turc né en 1998, justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun tiré de la violation du droit à être entendu :

2. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour et n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations.

3. Il ressort des pièces du dossier que le 3 août 2023 et le 3 juin 2024, M. C a été entendu et a à cette occasion manifesté son souhait de rester en France et son intention de ne pas regagner son pays. Il n'est par suite pas fondé à soutenir que les décisions attaquées ont été prises en violation de son droit à être entendu.

En ce qui concerne les autres moyens :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D A avait reçu délégation, de la part du préfet, par arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié, à l'effet de signer la décision attaquée.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce que le requérant soutient, l'arrêté attaqué comporte, de manière suffisamment précise et non stéréotypée, l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé et satisfait dès lors aux exigences de motivation.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

7. En quatrième et dernier lieu, M. C soutient que le préfet a pris sa décision en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, celui-ci se borne uniquement à faire valoir qu'il ne dispose plus d'attaches familiales dans son pays d'origine alors que lors de son audition, le 3 juin 2024, il a déclaré avoir ses parents, son frère et sa sœur en Turquie. Dans ces conditions, et compte tenu par ailleurs du caractère récent de son entrée en France, le 10 octobre 2020 et de ses conditions de séjour, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D A avait reçu délégation, de la part du préfet, par arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié, à l'effet de signer la décision attaquée.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. À l'appui de sa requête, M. C fait valoir qu'il est arrivé sur le territoire français il y a plus de trois ans, qu'il travaille comme maçon, dispose de toutes ses attaches familiaes et amicales sur le territoire et est d'ailleurs logé par son oncle.

11. Toutefois, ces circonstances ne permettent aucunement d'établir que le préfet aurait commis une erreur de droit en faisant application des dispositions citées au point 9. Il ne ressort, par ailleurs, pas des pièces du dossier qu'en prenant la décision attaquée, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Il ne ressort pas davantage de ces pièces que le préfet aurait procédé à une inexacte application des dispositions citées au point 9.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, en relevant que l'intéressé n'apportait pas la preuve effective d'un éventuel danger pour sa vie en cas de retour en Turquie et que la décision ne contrevenait pas aux dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet a satisfait aux exigences de motivation.

13. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

14. En troisième lieu, M. C, dont la demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité des craintes qu'il déclare éprouver en cas de retour en Turquie. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis à cet égard une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté comme ceux tirés de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des articles 1er et 33 de la Convention de Genève de 1951 relative au statut de réfugié et de l'article L. 721- 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'en fixant la Turquie comme pays de renvoi, le préfet a porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale.

S'agissant de l'interdiction de retour :

16. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D A avait reçu délégation, de la part du préfet, par arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié, à l'effet de signer la décision attaquée.

17. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé et satisfait dès lors aux exigences de motivation.

18. En troisième lieu, M. C n'est pas fondé, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, à exciper de l'illégalité de la décision du préfet de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire.

19. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, qu'en édictant une interdiction de retour pour une durée de trois ans, que le préfet a porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale ou commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

20. Le présent jugement de rejet n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction de M. C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. EtienvreLa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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