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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403191

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403191

mardi 10 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLAGIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a été saisi par plusieurs associations de protection de la nature pour excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral du 24 mai 2024 autorisant une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau en Ille-et-Vilaine (du 1er juin au 14 septembre 2024). Le tribunal a rejeté l'exception de non-lieu soulevée par le préfet, l'arrêté ayant produit des effets juridiques. Il a examiné le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement, relatif à la participation du public, en vérifiant la sincérité de la consultation. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais l'analyse porte sur la régularité de la procédure de consultation publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juin 2024 et le 6 janvier 2025, l'association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS), l'association agir pour le vivant et les espèces sauvages (AVES) France et l'association One Voice, représentées par Me Rigal-Casta, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine portant autorisation d'une période complémentaire pour l'exercice de la vènerie sous terre du blaireau pour la saison 2024-2025 du 1er juin au 14 septembre 2024 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- elles justifient, en qualité d'associations agréées pour la protection de l'environnement, de leur intérêt à agir contre l'arrêté en litige, qui préjudicie directement aux intérêts que leurs statuts leur donnent pour mission de défendre ;

- les pièces produites en anglais n'ont pas à être écartées ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en méconnaissance de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement ;

- il est entaché d'une erreur de fait dans l'application des articles L. 110-1, L. 420-1, L. 424-10 et L. 425-4 du code de l'environnement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'au jour du jugement, l'arrêté contesté aura cessé ses effets dès lors qu'il devait s'appliquer jusqu'au 14 septembre 2024.

Par un mémoire enregistré le 26 juin 2024 et un mémoire non communiqué enregistré le 18 avril 2025, la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine, représentée par Mes Lagier et Bonzy, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les associations requérantes n'ont pas d'intérêt à agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public ;

- et les observations de Mes Robert et Rigal-Casta représentant les associations requérantes.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 mai 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a autorisé l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau pour une période complémentaire du 1er juin 2024 au 14 septembre 2024. Les associations ASPAS, AVES France et One Voice demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'intervention de la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine :

2. La fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine a intérêt au maintien de l'arrêté litigieux et justifie par conséquent d'un intérêt suffisant pour intervenir au soutien des conclusions présentées en défense par le préfet d'Ille-et-Vilaine. Son intervention, qui est par ailleurs motivée et formée par mémoire distinct, est recevable.

Sur l'exception de non-lieu opposée par le préfet :

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux, qui n'a été ni retiré ni abrogé par le préfet d'Ille-et-Vilaine, a reçu application et a produit des effets juridiques à tout le moins jusqu'à la notification de l'ordonnance du juge des référés. Dès lors qu'il conservait un objet, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet d'Ille-et-Vilaine doit être écartée.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure :

4. Aux termes de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement : " I. - Le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public, prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement, est applicable aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. () / Le projet de décision ne peut être définitivement adopté avant l'expiration d'un délai permettant la prise en considération des observations et propositions déposées par le public et la rédaction d'une synthèse de ces observations et propositions. () / Au plus tard à la date de la publication de la décision et pendant une durée minimale de trois mois, l'autorité administrative qui a pris la décision rend publics, par voie électronique, la synthèse des observations et propositions du publics avec l'indication de celles dont il a été tenu compte, les observations et propositions déposées par voie électronique ainsi que dans un document séparé les motifs de la décision. () ". Il résulte de ces dispositions que la consultation doit être sincère et que l'autorité administrative doit notamment mettre à disposition des personnes concernées une information claire et suffisante sur l'objet de la consultation et ses modalités afin de leur permettre de donner utilement leur opinion, leur laisser un délai raisonnable pour y participer et veiller à ce que les résultats ou les suites envisagées soient, au moment approprié, rendus publics.

5. En l'espèce, la note de présentation mise à disposition lors de la consultation du public du 11 avril au 2 mai 2024 inclus, accompagnant le projet préfectoral d'arrêté, comprenait des éléments de contextualisation sur la présence du blaireau, notamment l'évolution du nombre de blaireaux estimée sur trois périodes triennales dans le département, le nombre de blaireaux prélevés par tir en vénerie sous terre et dans le cadre de la louveterie au cours des cinq dernières années lors de la période générale de chasse, le nombre de destructions de blaireaux. Elle présente également le nombre de collisions de blaireaux sur les routes, les enjeux sur les infrastructures et les activités économiques. Le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière du fait de l'insuffisante précision de la note de présentation visée par l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de droit :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-10 du code de l'environnement : " Il est interdit de détruire, d'enlever ou d'endommager intentionnellement les nids et les œufs, de ramasser les œufs dans la nature et de les détenir. Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts. () ". Aux termes de l'article R. 424-5 du même code : " La clôture de la vénerie sous terre intervient le 15 janvier. / Le préfet peut, sur proposition du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, autoriser l'exercice de la vénerie du blaireau pour une période complémentaire à partir du 15 mai. "

7. Les associations requérantes soutiennent que l'arrêté en litige est illégal dès lors qu'il se fonde sur les dispositions de l'article R. 424-5 du code de l'environnement, qui sont elles-mêmes contraires à l'interdiction de destruction des petits mammifères mentionnée à l'article L. 424-10 du même code. Toutefois, les dispositions du deuxième alinéa de l'article R. 424-5 du code de l'environnement, si elles permettent au préfet d'autoriser une période de chasse complémentaire par vénerie sous terre du blaireau à compter du 15 mai, n'ont pas par elles-mêmes pour effet d'autoriser la destruction de petits blaireaux ou de nuire au maintien de l'espèce dans un état de conservation favorable, le préfet étant notamment tenu, pour autoriser cette période de chasse complémentaire, de s'assurer, en considération des avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et des circonstances locales, qu'une telle prolongation n'est pas de nature à porter atteinte au bon état de la population des blaireaux ni à favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de destruction des petits blaireaux.

8. En outre, il ressort des pièces du dossier que les petits des blaireaux, dénommés blaireautins, naissent entre mi-janvier et mi-mars et sont alors allaités durant trois mois, et sevrés vers l'âge de douze semaines après une diversification progressive de leur alimentation, tout en commençant à sortir de leur terrier à l'âge d'un mois et demi. Ils sont sevrés vers 12 semaines, soit entre les mois de mai et juin. L'arrêté en litige fixe une date de début de période complémentaire au 1er juin, soit 15 jours suivant la date minimale autorisée à l'article R. 424-5 du code de l'environnement. Ainsi, il apparait que le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est assuré, préalablement à la prise de l'arrêté en litige, que la fixation d'une période complémentaire de vènerie sous terre n'était pas de nature à favoriser localement la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de destruction des petits blaireaux Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de fait :

9. Il ressort des pièces du dossier que le nombre de blaireaux en Ille-et-Vilaine est en évolution constante comme le montre le nombre de communes comptées (331) le nombre de communes ayant au moins vu un blaireau (113) et la somme du nombre moyen de blaireaux vus par les communes ayant au moins vu un blaireau (99). L'espèce se répand géographiquement et de façon homogène dans tout le département, ce qui illustre la " bonne santé " de la population. Enfin, la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage a émis un avis favorable à cet arrêté lors de sa réunion du 3 avril 2024. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier, au vu de l'ensemble de ces éléments, que le risque de dégradation de l'état de l'espèce était caractérisé à la date de l'arrêté litigieux et que la période complémentaire autorisée par le préfet d'Ille-et-Vilaine serait de nature à porter atteinte au bon état de la population des blaireaux, ou à remettre en cause l'équilibre agro-sylvo-cynégétique du département, ou à affecter de manière grave et irréversible l'environnement, ou à porter atteinte au principe de la gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats. En conséquence, en prolongeant la période de chasse, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait dans l'application des articles L. 110-1, L. 420-1, L. 424-10 et L. 425-4 du code de l'environnement.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir tirées du défaut d'intérêt à agir, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 mai 2024 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement aux associations requérantes, d'une somme au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : L'intervention de la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine est admise.

Article 2 : La requête des associations ASPAS, AVES France et ONE VOICE est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association agir pour le vivant et les espèces sauvages France, première dénommée pour l'ensemble des requérantes, à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche et à la fédération départementale des chasseurs d'Ille-et-Vilaine.

Copie en sera adressée pour information au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.

Le rapporteur,

Signé

F. Terras

Le président,

Signé

N. Tronel

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2403191

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