jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2403236 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires enregistrés les 12 et 13 juin 2024le 2 septembre 2024, et des pièces complémentaires enregistrées le 30 août 2024, M. A B, représenté par Me Le Bourhis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " vie privée familiale " dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir ;
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une autorisation de travail dans l'attente ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'ensemble des décisions comprises dans l'arrêté contesté :
- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- il est entaché d'erreurs de faits qui ont eu une incidence sur le sens de la décision ;
- il méconnaît l'article L. 426-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire de 30 jours :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'elle ne lui permet pas d'honorer son engagement à indemniser la victime d'un acte de viol, pour lequel il a été condamné le 28 janvier 2021 par la cour d'assisses d'Ille-et-Vilaine, auprès du Fonds de garantie des victimes ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, en ce que dans sa situation l'interdiction de retour sur le territoire français n'est que facultative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de proposer d'office une substitution de motif dès lors que la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile se fait également au regard des considérations liées à l'ordre public, en application des dispositions de l'article L. 412-5 du même code.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Bonniec ;
- les observations de Me Le Bourhis, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né en novembre 1994, de nationalité moldave, est entré en France le 4 août 2015, sans visa. Après avoir servi dans la Légion étrangère, il a été condamné à une peine de prison de 7 années par la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine pour des faits de viol sur personne vulnérable, et a été incarcéré au centre pénitentiaire de Vezin-Le-Coquet du 1er mars 2019 au 12 décembre 2022. Le 9 septembre 2022, il a sollicité son admission au séjour auprès du préfet d'Ille-et-Vilaine, sur le fondement de l'article L. 426-3 puis de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 3 juin 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé la Moldavie comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions comprises dans l'arrêté contesté :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Enfin, aux termes de l'article L. 432-1 du code précité : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a obtenu, le 22 février 2023, une autorisation de travail délivrée par le ministère de l'intérieur, en vue d'occuper un poste de poseur de revêtements souples murs et sols, au sein de la société La Guilde. Par les bulletins de salaire qu'il produit, le requérant établit qu'il a travaillé pour cette société de mars 2023 à mai 2024. Le 25 juin 2024, le président de la société a procédé au licenciement de M. B, en raison l'irrégularité de son séjour sur le territoire français, à la suite de l'arrêté émis par le préfet. Dès lors, en motivant son refus de l'admettre au séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par la circonstance, démentie par les pièces du dossier, que le requérant ne présentait, à la date de l'arrêté attaqué, ni autorisation de travail ni contrat de travail, en méconnaissance de l'article R. 5221-20 du code du travail, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de faits.
4. Toutefois, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est également fondé pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, sur un autre motif tiré de la menace à l'ordre public que représente M. B, qui a été condamné par la cour d'assise d'Ille-et-Vilaine, le 28 janvier 2021, pour des faits de viol sur personne vulnérable, à une peine de sept ans d'emprisonnement et à la privation de son droit d'éligibilité pendant cinq ans à titre de peine complémentaire, assortie d'un mandat de dépôt le 1er mars 2019, peine qu'il a accomplie au centre pénitentiaire de Vezin-Le-Coquet (35). S'il a été placé en libération conditionnelle le 12 décembre 2022, et justifie du respect de son engagement à verser une indemnité au Fonds national de garantie des victimes, ces faits de viol sur personne vulnérable, bien qu'isolés et commis cinq ans avant la décision attaquée, sont de nature à caractériser une menace pour l'ordre public. Or, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif. Il suit de là que l'erreur de fait mentionnée plus haut n'a pas eu d'incidence sur le sens de la décision attaquée, alors qu'en tout état de cause l'arrêté attaqué comporte tous les motifs de droit et de fait qui ont conduit le préfet à refuser d'admettre M. B au séjour et à prononcer à son encontre l'obligation de quitter le territoire français.
5. Il s'ensuit qu'en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour en qualité de salarié, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 421-1, L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'un défaut de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 426-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sert ou a servi dans la Légion étrangère, comptant au moins trois ans de services dans l'armée française, et qui est titulaire du certificat de bonne conduite, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans.
S'il fait l'objet d'un retrait du certificat de bonne conduite pour cause de désertion ou de comportement ultérieur inadapté aux exigences des forces armées, la carte de résident prévue au premier alinéa peut lui être retirée ".
7. M. B fait valoir qu'il a servi dans la Légion étrangère de 2015 à 2020, et que le 20 juillet 2020, il s'est vu proposer un renouvellement de son contrat d'engagement, malgré son incarcération. Il fait également valoir la qualité de son dossier militaire, avec plusieurs distinctions. Toutefois, dès lors qu'il est constant que M. B n'est pas titulaire du certificat de bonne conduite mentionné à l'article ci-dessus, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaquée serait entaché d'une illégalité, tirée de la méconnaissance de l'article L. 426-3 du code précité. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".
9. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
10. Pour soutenir qu'il est fondé à demander une admission au séjour sur ce fondement, M. B se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, de près de neuf années dont cinq années et demies méritent d'être retenues en soustrayant la durée de son incarcération, de sa durée de service de cinq ans au sein de la Légion étrangère assortie de distinctions militaires, de son intégration professionnelle puisqu'il peut se prévaloir d'un contrat à durée indéterminée, d'une une ancienneté de dix-huit mois dans l'entreprise La Guilde, assortie d'une autorisation de travail délivrée par le ministère de l'intérieur, d'une promesse d'embauche au sein d'une autre entreprise, d'une relation sentimentale avec une compatriote présente sur le territoire français depuis octobre 2023, d'une très bonne maîtrise de la langue française, et d'une intégration sociale et amicale réussie, attestée par les témoignages qu'il fournit. En outre, M. B précise les circonstances des faits de viol qui ont entraînés sa condamnation pénale, et fait valoir qu'il justifie du respect de son engagement à indemniser sa victime, auprès du Fonds national de garantie des victimes, par des virements mensuels, ainsi que d'un suivi thérapeutique au centre hospitalier spécialisé Guillaume Régnier à Rennes.
11. Toutefois, d'une part, M. B ne fait état d'aucune considération humanitaire ou de motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" et, par suite, de nature à démontrer que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant une telle admission exceptionnelle au séjour.
12. D'autre part, en exerçant le métier de poseur de revêtements de sols et de murs, après une carrière de cinq ans comme militaire en unité combattante, et alors qu'il ne justifie que d'un diplôme d'études en langue française, et d'aucune qualification particulière, M. B ne fait état d'aucun motif exceptionnel, au regard de son expérience et de ses qualifications, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " et, par suite, de nature à démontrer que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant une telle admission exceptionnelle au séjour.
13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 11 et 12 que M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché sa décision d'une méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de l'admettre au séjour sur ce fondement.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
15. Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
16. Il résulte de ce qui a été dit aux points 10 et 11 que M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire de 30 jours :
17. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "
18. Pour demander l'annulation de la décision fixant à trente jours le délai pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre, M. B se prévaut d'un engagement envers le Fonds national de garantie des victimes, qui consiste à lui verser la somme totale de 20 000 euros par fraction mensuelle de 190 euros. En quittant le territoire français, il indique risquer une nouvelle condamnation judiciaire pour le non-respect de cet engagement. Toutefois, dès lors que le requérant ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision, ni être dans l'impossibilité de poursuivre le remboursement du Fonds national de garantie des victimes depuis son pays, la Moldavie, notamment par le moyen de virement bancaire, il ne peut utilement soulever le moyen de l'erreur manifeste d'appréciation, à le supposer soulevé, pour demander l'annulation de la décision fixant à un mois le délai de départ volontaire pour exécuter son obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
19. En sixième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". L'article L. 613-2 du même code énonce que : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
20. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
21. Pour interdire à M. B de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet d'Ille-et-Vilaine a relevé que compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, sa présence en France, en raison de sa condamnation pour viol, constitue une menace à l'ordre public, et que la durée de sa présence sur le territoire français, la faiblesse de ses liens privés et familiaux, nonobstant l'absence d'une précédente mesure d'éloignement, justifie une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le préfet a ainsi écarté l'existence de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et examiné les quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du même code. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché sa décision d'interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an d'une insuffisance de motivation, dans son principe et dans sa durée, d'un défaut d'examen complet de sa situation, d'une erreur de droit, ni qu'elle porterait une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au regard de sa vie privée et familiale.
22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé à M. B la délivrance de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, fixé le pays de renvoi, et fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
22. Le présent jugement qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation de M. B n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant.
Sur les frais liés au litige :
23. L'État n'étant pas la partie perdante dans l'instance, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Le Bourhis et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le rapporteur,
. Le Bonniec Le président,
G. Descombes
La greffière,
L. Garval
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026