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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403250

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403250

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403250
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL IROISE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2024, M. A B, représenté par Me Granger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 029 279 23 00003 du 17 novembre 2023 par lequel le maire de la commune de Taulé a accordé au GAEC des Prés Verts un permis de construire deux poulaillers de 426 m² chacun avec un parcours sur un terrain situé lieudit La Motte Parc An Ty, ainsi que la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Taulé et du GAEC des Prés Verts une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, la commune de Taulé, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le GAEC des Prés Verts, représentée par le Cabinet Iroise Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () ".

2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R. 424-15 d même code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () et pendant toute la durée du chantier () ". Aux termes de l'article A. 424-16 de ce code : " Le panneau prévu à l'article A. 424-15 indique le nom, la raison sociale ou la dénomination sociale du bénéficiaire, le nom de l'architecte auteur du projet architectural, la date de délivrance, le numéro du permis, la nature du projet et la superficie du terrain ainsi que l'adresse de la mairie où le dossier peut être consulté. / Il indique également, en fonction de la nature du projet : / a) Si le projet prévoit des constructions, la surface de plancher autorisée ainsi que la hauteur de la ou des constructions, exprimée en mètres par rapport au sol naturel () ". Enfin, aux termes de l'article A. 424-18 dudit code : " Le panneau d'affichage doit être installé de telle sorte que les renseignements qu'il contient demeurent lisibles de la voie publique ou des espaces ouverts au public pendant toute la durée du chantier ".

3. Il résulte des dispositions précitées que le délai de recours à l'égard des tiers court à compter de l'affichage d'un permis de construire sur le terrain, dès lors que cette formalité a été accomplie de manière complète et régulière. À cet égard, les dispositions imposant que figurent sur le panneau d'affichage du permis de construire diverses informations sur les caractéristiques de la construction projetée ont pour objet de permettre aux tiers, à la seule lecture de ce panneau, d'apprécier l'importance et la consistance du projet, le délai de recours contentieux ne commençant à courir qu'à la date d'un affichage complet et régulier.

4. Il s'ensuit que si les mentions prévues par l'article A. 424-16 doivent, en principe, obligatoirement figurer sur le panneau d'affichage, une erreur affectant l'une d'entre elles ne conduit à faire obstacle au déclenchement du délai de recours que dans le cas où cette erreur est de nature à empêcher les tiers d'apprécier l'importance et la consistance du projet. La circonstance qu'une telle erreur puisse affecter l'appréciation par les tiers de la légalité du permis est, en revanche, dépourvue d'incidence à cet égard, dans la mesure où l'objet de l'affichage n'est pas de permettre par lui-même d'apprécier la légalité de l'autorisation de construire. En tout état de cause, s'il incombe au bénéficiaire de l'autorisation de justifier qu'il a bien rempli les formalités d'affichage prescrites, le juge doit toutefois apprécier la continuité et la régularité de l'affichage en examinant l'ensemble des pièces qui figurent au dossier qui lui est soumis.

5. En l'espèce, pour justifier de la régularité et de la continuité de l'affichage sur le terrain du permis de construire en litige, la commune de Taulé et le GAEC des Prés Verts produisent trois constats de commissaire de justice, datés des 27 novembre 2023, 2 et 29 janvier 2024, dont il résulte que l'ensemble des mentions et rubriques requises par les dispositions précitées sont renseignées, sans erreur ni omission, y compris celles relatives à la superficie du terrain d'assiette du projet, s'élevant à 41 635 m², cette dernière mention restant lisible au 29 janvier 2024 bien qu'en voie d'effacement. Le panneau en cause reproduit également les dispositions des articles R. 600-2 et R. 600-1 du code de l'urbanisme. Les trois constats, eu égard aux dates auxquelles ils ont été établis, établissent la continuité de l'affichage, nonobstant la circonstance qu'aucun constat n'aurait été réalisé au mois de décembre 2023. Il résulte par ailleurs des mentions de ces constats de commissaire de justice, dont les mentions font foi jusqu'à preuve contraire, que le panneau était implanté en bordure de voie publique, accessible sans obstacle par les tiers et visible et lisible depuis cette voie, ce qui n'est pas utilement contesté par M. B, qui se borne à soutenir que la voie en cause ne jouxte que le terrain du pétitionnaire, alors même, au demeurant, que les défendeurs font valoir, sans être contredits, que le panneau en cause était implanté à quelques dizaines de mètre de sa propriété. Par ailleurs, la circonstance éventuelle qu'ait été précédemment implanté, à proximité, un autre panneau d'affichage pour un projet immobilier d'une toute autre nature ne saurait suffire à rendre l'implantation irrégulière. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est bordé des voies communales " La Motte " et " Kerambellec ", et que le panneau en cause a été implanté sur l'une des parcelles composant ce tènement foncier, de sorte que la mention de l'adresse du terrain " La Motte Parc An Ty " ne peut être regardée comme de nature à avoir pu induire les tiers en erreur sur le lieu d'implantation exact du projet. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier qu'une inexactitude substantielle ait entaché les informations reportées sur le panneau d'affichage en cause, de nature à nuire à l'information des tiers sur la consistance et l'importance du projet.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'affichage auquel a procédé le GAEC des Prés Verts peut être regardé comme régulier, complet et continu depuis, au plus tard, le 27 novembre 2023, sans que le constat de commissaire de justice produit par M. B, établi le 6 mai 2024, ne puisse apporter la preuve contraire. Dans ces circonstances, le délai de recours contentieux contre le permis de construire en litige a expiré le lundi 29 janvier 2024, et l'était donc lorsque M. B a formé un recours gracieux à son encontre le 9 avril 2024, reçu en mairie de Taulé le 16 courant, recours gracieux qui n'a ainsi pas eu pour effet d'interrompre le délai de recours contentieux. Ainsi, la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du maire de la commune de Taulé du 17 novembre 2023 délivrant permis de construire au GAEC des Prés Verts, enregistrée au greffe du tribunal le 12 juin 2024, est tardive et, par suite irrecevable. Il s'ensuit que les conclusions de la présente requête, tendant à l'annulation de cet arrêté ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la commune de Taulé et au GAEC des Prés Verts.

Fait à Rennes, le 29 octobre 2024.

Le président de la 1ère Chambre,

signé

C. Radureau

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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