vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2403253 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BLANCHOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Blanchot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Finistère du 27 février 2024 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite, et lui faisant interdiction de tout retour sur le territoire national pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'une semaine ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'une semaine ;
3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que sa requête est recevable et que :
- la décision de refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas démontré que le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins ayant rendu l'avis ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision d'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de deux ans :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit des pièces enregistrées le 18 juin 2024.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Le 26 août 2024, le tribunal a informé les parties de ce que le tribunal est susceptible de substituer d'office l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'article L. 612-8 du même code sur lequel le préfet a entendu se fonder pour interdire le retour sur le territoire de Mme A.
Mme A a répondu à ce moyen d'ordre public par un mémoire enregistré le 4 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2024.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu le rapport de M. Grondin au cours de l'audience publique :
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante géorgienne née le 14 décembre 1972, est entrée en France avec son époux le 9 décembre 2019, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa. Sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile a été définitivement rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 février 2021. Par un arrêté du préfet du Finistère du 28 avril 2022, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Rennes du 21 juillet 2022 enregistré sous le numéro 2202867, elle a fait l'objet d'un premier refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Le 10 août 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet du Finistère du 27 février 2024 refusant de lui délivrer un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite, et lui faisant interdiction de tout retour sur le territoire national pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les articles L. 425-9, L. 611-1, L. 612-1 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constituent la base légale de l'ensemble des décisions qu'il contient. Il comporte ainsi les considérations de droit fondant ces décisions. Par ailleurs, l'arrêté mentionne la date de naissance, la nationalité, et la date d'entrée de Mme A sur le territoire national. Il précise également en quoi elle ne remplit pas les conditions résultant de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui permettant de bénéficier d'un titre de séjour, notamment parce que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut néanmoins, eu égard à l'offre de soin et aux caractéristiques du système de santé de la Géorgie, bénéficier effectivement d'un traitement approprié. L'arrêté expose enfin précisément pourquoi les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas méconnus. Dans ces conditions, la motivation de l'arrêté litigieux est suffisamment développée pour permettre à l'intéressée d'en saisir les motifs et au juge d'exercer son contrôle en toute connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le préfet n'a pas à mentionner tous les éléments de la vie privée et familiale de Mme A mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre son arrêté. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir que l'arrêté ne prend pas en compte l'ensemble de sa situation, sans préciser quels éléments le préfet n'aurait pas examiné, elle n'établit pas que la décision litigieuse est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. () L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, établi le 7 décembre 2023 et produit par l'Office, a été rédigé à la suite du rapport médical d'un médecin. Par ailleurs, cet avis comporte le nom et la signature de trois autres médecins ayant siégé au sein de ce collège. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'un vice de procédure au motif qu'il n'est pas établi que le médecin ayant rédigé le rapport n'a pas siégé au sein du collège des médecins ayant rendu l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté comme manquant en fait.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".
7. Contrairement à ce que la requérante allègue, la partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour et, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité pour celui-ci de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et, en cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet, se fondant sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 7 décembre 2023, a retenu que si l'état de santé de Mme A nécessite un traitement médical dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait néanmoins, eu égard à l'offre de soin et au système de santé en Géorgie, bénéficier effectivement du traitement approprié dans son pays d'origine. La requérante se prévaut du contraire aux motifs qu'elle souffre d'un diabète de type 1, d'un syndrome anxiodépressif, et d'apnée du sommeil, dont le traitement nécessite la prise de Tercian et de Ramipril qui ne sont pas disponibles en Géorgie. Toutefois, pour en attester elle se borne à faire état de la situation générale du système médical dans son pays d'origine, et à produire une fiche OMS sur le traitement du diabète en Géorgie en général. Par ailleurs si elle a versé des pièces, au demeurant non traduites par une personne agréée, du ministère de la santé géorgien, celle-ci sont antérieures de plus de trois ans à l'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Enfin, la seule production d'un courrier d'un laboratoire attestant de ce qu'il ne commercialise pas de Rampiril en Géorgie est insuffisante pour corroborer ces allégations. Dans ces conditions, et notamment en l'absence de toute pièce d'un médecin attestant que les soins requis par son état de santé ne seraient pas disponibles en Géorgie, elle ne remet pas en cause cette appréciation et n'apporte aucun élément personnel, quant à l'impossibilité d'une prise en charge appropriée dans son pays d'origine ou quant à l'aggravation de son état de santé dans des conditions susceptibles de faire obstacle à son éloignement. Dans ces conditions, elle ne remet pas utilement en cause l'appréciation du préfet sur son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision d'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, les moyens tirés de ce que la décision faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux invoqués aux points 2 et 3.
11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 que l'ensemble des moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour doivent être écartés. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
13. Mme A soutient qu'elle mène une vie privée et familiale normale en France, que le traitement requis par son état de santé n'est pas disponible en Géorgie, et qu'elle craint d'être retrouvée par son époux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté contesté, Mme A ne bénéficie que d'un peu plus de quatre années de présence En France, alors qu'elle aurait dû quitter le territoire national après le rejet définitif de sa demande d'asile ou, au plus tard, lors de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet le 28 avril 2022. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucune intégration particulière et n'établit pas l'intensité de ses liens avec la France. Elle ne démontre pas plus être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. En outre, elle n'a produit aucune pièce de nature à corroborer la crainte alléguée d'être retrouvée par son époux, alors qu'elle n'a aucunement précisé les raisons de sa séparation. Enfin, et ainsi qu'il a été dit au point 8, elle n'établit pas que les soins requis par son état de santé ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne porte pas, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressée en France, une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale eu égard aux buts poursuivis par l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de deux ans :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-8 du de ce code, dans sa version applicable au litige : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
16. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France.
17. En l'espèce, la décision interdisant à Mme A de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans vise notamment les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application et expose les faits sur lesquelles elle se fonde. En particulier, il ressort de la motivation de l'arrêté que le préfet a pris en compte les critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en mentionnant la durée de présence de Mme A en France, l'absence de tout lien privé ou familial, et l'existence d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision d'interdiction de retour sur le territoire est insuffisamment motivée doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de Mme A.
18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 à 14 que l'ensemble des moyens dirigés contre la décision d'obligation de quitter le territoire français doivent être écartés. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de deux ans serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision.
19. En dernier lieu, eu égard d'une part à la durée de présence de Mme A sur le territoire français et compte tenu de ce qu'elle n'y dispose pas de liens privé et familiaux stables et anciens, ainsi qu'il a été dit au point 13, et alors d'autre part qu'il est constant qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle elle s'est soustraite sans respecter le délai de départ volontaire de trente jours qui lui avait été laissé pour quitter le territoire, le préfet du Finistère a pu légalement assortir l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de l'intéressée d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, alors même qu'elle n'a pas troublé l'ordre public. Par suite, la décision litigieuse n'est pas disproportionnée et n'a pas été prise en méconnaissance des article L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
20. Pour les mêmes motifs, cette mesure ne porte pas non plus au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision litigieuse d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
21. En revanche, ainsi qu'il a été dit au point 17, le préfet a légalement fondé sa décision d'interdiction de retour sur les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il est constant que la requérante n'a pas respecté le délai de départ volontaire qui lui avait été laissé pour exécuter une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, elle entre dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non de l'article L. 612-8 de ce code. Toutefois, les dispositions de l'article L. 612-7 peuvent être substituées à celles de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver la requérante d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes. Par conséquent, il y a lieu d'y procéder.
22. Il résulte de tout ce qui précède qu'il n'y a pas lieu d'annuler l'arrêté litigieux du préfet du Finistère du 27 février 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation présentées par Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter l'intégralité de ses conclusions d'injonction, y compris celles tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Finistère de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen.
Sur les frais liés au litige :
24. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, ces dispositions combinées à celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 200 euros que Mme A sollicite au profit de son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Blanchot, et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Grondin, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
T. Grondin
Le président,
signé
C. Radureau
La greffière d'audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026