vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2403285 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SAGLIO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, M. A B, représenté par Me Saglio, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre au préfet du Finistère de produire son entier dossier administratif ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel le préfet du Finistère a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et lui a enjoint de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine au commissariat de Brest ;
3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour valable un an portant la mention " étudiant " ou de procéder au réexamen de sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant du refus de renouvellement de son titre de séjour :
- il est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'insuffisance de motivation ;
- il méconnait l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entaché d'insuffisance de motivation ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de renouvellement de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an :
- elle n'est pas motivée ;
- elle a des conséquences excessives sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de renouvellement de son titre de séjour ;
S'agissant de la décision l'obligeant à remettre son passeport et se rendre une fois par semaine au commissariat :
- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et est disproportionnée tant dans son principe que dans sa fréquence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Villebesseix,
- et les observations de Me Saglio, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité libanaise, est entré sur le territoire français le 25 août 2018 sous couvert d'un visa long séjour étudiant. Le 13 décembre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Par un arrêté du 16 mai 2024, le préfet du Finistère a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet, de l'entier dossier de M. B :
2. Le préfet du Finistère a produit les pièces du dossier administratif de M. B à partir desquelles il a fondé l'arrêté en litige. Par suite, les conclusions tendant à la production de l'entier dossier sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de renouvellement de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Drapé, secrétaire général de la préfecture du Finistère, en vertu d'un arrêté portant délégation de signature du 26 février 2024 régulièrement publié le 1er mars 2024. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision en litige comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et dont les précisions relatives à ses attaches sur le territoire français correspondent aux informations transmises au préfet dans le cadre de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".
6. Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études.
7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est inscrit en licence d'économie gestion depuis l'année universitaire 2018-2019. Il a redoublé sa première, sa deuxième et sa troisième année, de sorte qu'il n'a obtenu aucun diplôme depuis son entrée en France. Le requérant fait valoir qu'il souffre d'hyperactivité et d'un état de stress et d'anxiété qui lui causent des difficultés d'apprentissage. Cependant, faute d'être corroborées par des documents médicaux, les attestations de ses proches ne suffissent pas à démontrer que ses échecs universitaires résultent de problèmes de santé. Par ailleurs, les difficultés financières invoquées et les tensions avec son père ne suffisent pas à justifier l'absence de progression dans ses études. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 et 4, et pour les mêmes motifs, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de l'insuffisance de motivation peuvent être écartés.
9. En deuxième lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de renouvellement de titre de séjour, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
11. Il ressort des pièces du dossier que sa sœur réside désormais à Grenoble alors qu'il vit à Brest. Elle pourra lui rendre visite au Liban, son pays d'origine. Par ailleurs, même s'il est très attaché à son oncle et sa tante qui résident à Brest, il n'est pas démontré qu'il serait dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence, et dans lequel il a indiqué avoir fait des demandes de stage. Malgré sa durée de présence en France, qui s'explique par la poursuite de ses études, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Il en est de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'obligation de quitter le territoire français sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
14. La circonstance invoquée par M. B tirée de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire l'empêche d'achever son année universitaire ne constitue pas, compte tenu du motif de non renouvellement de son titre de séjour, une circonstance suffisamment particulière de nature à justifier une prolongation au-delà de trente jours du délai de départ volontaire. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait sollicité du préfet l'octroi d'un délai supérieur pour exécuter volontairement son obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le préfet du Finistère n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en fixant ce délai à trente jours.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français ;
15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
16. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, dont la présence en France ne pose aucune difficulté tenant à l'ordre public, est entré régulièrement sur le territoire et y a toujours séjourné régulièrement jusqu'à l'arrêté contesté portant non renouvellement de son titre, soit durant plus de six ans. Il y a également travaillé. Sa sœur, son oncle et sa tante résident en France. En lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet du Finistère a entaché sa décision d'erreur d'appréciation quant aux conséquences sur la vie personnelle du requérant.
17. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen dirigé contre cette décision que l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an doit être annulée.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
18. En premier lieu, n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de renouvellement de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale.
19. En second lieu, s'il fait valoir ne plus avoir de famille au Liban dès lors que ses parents vivent en Tunisie, il ne démontre pas pour autant ne plus avoir d'attaches dans ce pays où il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Par ailleurs, il peut également se rendre dans tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. Par suite, le préfet était fondé à édicter une décision fixant le pays de renvoi dans le pays dont il a nationalité ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible.
En ce qui concerne l'injonction de remise de son passeport et de se présenter une fois par semaine au commissariat :
20. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Selon l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1. ".
21. M. B ayant fait l'objet d'un délai de départ volontaire pouvait se voir astreinte à remettre son passeport et à se présenter aux services de police. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine aux services de police à Brest serait disproportionnée dans son principe. L'obligation de présentation hebdomadaire mise à sa charge n'est pas davantage disproportionnée dans sa fréquence. En outre, ces mesures n'ont pas un caractère humiliant et stressant, ne sont pas particulièrement coercitives et ne portent pas une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir. Par suite, le moyen tiré de la disproportion de ces mesures doit être écarté.
22. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté est annulé en tant seulement qu'il prononce à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
23. Compte tenu de la seule annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte sont rejetées.
Sur les frais liés au litige :
24. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 16 mai 2024 est annulé seulement en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Grondin, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
J. Villebesseix
Le président,
signé
C. Radureau
La greffière d'audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403285
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
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03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026