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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403308

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403308

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Rennes (3ème chambre) porte sur le refus d'autorisation d'instruction en famille pour quatre enfants, motivé par l'itinérance de la famille en France. Le requérant contestait la décision de la commission de l'académie de Rennes, confirmant le refus du directeur académique, en invoquant une rupture d'égalité. Le tribunal a rejeté la requête en se fondant sur les articles L. 131-2, L. 131-5 et R. 131-11-4 du code de l'éducation. La solution retenue est que les pièces fournies (carte d'itinéraire, tableau de déplacements, abonnement France Passion, certificat d'immatriculation et photographies) ne justifiaient pas suffisamment la réalité du projet d'itinérance.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2024, M. F G doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les décisions du 16 mai 2024 par laquelle la commission de l'académie de Rennes a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire, les décisions des 17 avril et 23 avril 2024 du directeur académique des services de l'éducation nationale du département de l'Ille-et-Vilaine refusant de l' autoriser à instruire en famille ses enfants B, C, D et E au titre de l'année scolaire 2024-2025.

Il soutient que la décision attaquée créée une rupture d'égalité avec des familles placées dans la même situation que la sienne, dès lors que la justification des nuitées n'est pas une pièce exigée par le formulaire de demande d'autorisation d'instruction dans la famille et que des dossiers similaires ont été acceptés sans exiger de pièces supplémentaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2024, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen de la requête n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,

- et les observations de M. G.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 avril 2024, M. et Mme G ont déposé quatre demandes auprès du directeur académique des services de l'éducation nationale du département de l'Ille-et-Vilaine afin d'obtenir l'autorisation d'instruire en famille leurs enfants E né le 12 février 2012, D né le 15 octobre 2012, C et B nés le 29 novembre 2018 au titre de l'itinérance de la famille en France pour l'année scolaire 2024-2025. Par des décisions des 17 et 23 avril 2024, le directeur académique des services de l'éducation nationale du département de l'Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit à leurs demandes. Saisie de quatre recours administratifs préalables, la commission de l'académie de Rennes, par quatre décisions du 16 mai 2024, a confirmé les décisions des 17 et 23 avril 2024 précitées. M. G demande l'annulation de ces dernières décisions.

2. L'article 49 de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République a modifié le régime de l'instruction en famille à compter de la rentrée scolaire 2022, la condition d'obtention d'une autorisation préalable se substituant à la simple déclaration aux autorités compétentes qui prévalait antérieurement. Aux termes de l'article L. 131-2 du code de l'éducation, dans sa version en vigueur à compter du 1er septembre 2022 : " L'instruction obligatoire est donnée dans les établissements ou écoles publics ou privés. Elle peut également, par dérogation, être dispensée dans la famille par les parents, par l'un d'entre eux ou par toute personne de leur choix, sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article

L. 131-5. () ". L'article L. 131-5 de ce code prévoit ainsi désormais que : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. / Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. / La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () 3° L'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public ;(). Un décret en Conseil d'Etat précise les modalités de délivrance de cette autorisation. / L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation peut convoquer l'enfant, ses responsables et, le cas échéant, les personnes chargées d'instruire l'enfant à un entretien afin d'apprécier la situation de l'enfant et de sa famille et de vérifier leur capacité à assurer l'instruction en famille. / En application de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé pendant deux mois par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation sur une demande d'autorisation formulée en application du premier alinéa du présent article vaut décision d'acceptation. / La décision de refus d'autorisation fait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret. () ".

3. Selon l'article R. 131-11-4 du même code : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'itinérance en France des personnes responsables de l'enfant, elle comprend toutes pièces utiles justifiant de l'impossibilité pour l'enfant de fréquenter assidûment, pour ces raisons, un établissement d'enseignement public ou privé. / Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public, elle comprend toutes pièces utiles établissant cet éloignement. ".

4. Pour justifier de la réalité de leur projet d'itinérance en famille, A et Mme G se prévalent d'une carte géographique de la France qui expose l'itinéraire de leur déplacement sur une période d'un an, d'un tableau qui identifie les régions ou départements dans lesquels la famille se rendra chaque semaine entre septembre 2024 et août 2025, d'une carte d'abonnement auprès de France Passion pour le stationnement de leur camping-car, du certificat d'immatriculation de leur véhicule et de photographies établissant la conversion d'un ancien bus scolaire en véhicule aménagé ainsi que de la lettre du 21 mai 2024 par laquelle ils ont notifié à leur propriétaire leur préavis de départ de la maison qu'ils louent dans le département d'Ille-et-Vilaine. Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir la réalité du projet d'itinérance de la famille en France, notamment s'agissant de la compatibilité des obligations professionnelles du requérant et de celles de son épouse avec un tel projet. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la commission a porté une appréciation globale sur leur projet au regard des pièces qu'ils ont produites sans la limiter à la justification des nuitées. Dans ces conditions, le recteur de l'académie de Rennes n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 3° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation en retenant que l'itinérance de la famille en France n'était pas suffisamment justifiée et que les éléments du dossier de demande n'établissaient en conséquence pas l'impossibilité pour l'enfant de fréquenter un établissement scolaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F G et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée pour information au recteur de l'académie de Rennes.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

Le président,

signé

E. BerthonLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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