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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403340

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403340

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. A, ressortissant comorien, qui contestait l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a examiné les moyens soulevés, notamment l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, l'erreur de droit concernant l'article L. 412-1 du CESEDA, et la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes, le juge estimant que les décisions attaquées étaient légales et proportionnées. Les textes appliqués incluent les articles L. 423-23, L. 435-1, L. 612-8 et L. 612-10 du CESEDA, ainsi que l'article 8 de la CEDH.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2024 et un mémoire, enregistré le 27 août 2024 et non communiqué, M. B A, représenté par Me Salin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit de retourner en France pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant refus de titre de séjour a été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la consultation de la commission départementale du titre de séjour alors qu'il réside habituelle en France depuis plus de dix ans ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de la délivrance d'un visa de régularisation par la délivrance d'un premier titre de séjour à Mayotte ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne subordonnent pas l'admission au séjour à la présentation d'un visa long séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- et les observations de Me Salin pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant comorien né le 31 décembre 1994, est entré à Mayotte en 2005 et soutient avoir obtenu, le 14 octobre 2014, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, renouvelé jusqu'au 11 octobre 2017. Le 8 avril 2017, M. A est entré en métropole pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 26 novembre 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 24 février 2022. Le 13 avril 2022, M. A a sollicité auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en France. Par un arrêté du 20 février 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit de retourner en France pendant une durée d'un an.

Sur les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. L'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile limite la validité des titres de séjour délivrés à Mayotte, en disposant que " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'État à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département, une collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou à Saint-Pierre-et-Miquelon doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. () ".

4. M. A fait valoir qu'après avoir résidé depuis l'âge de dix ans à Mayotte, où il a suivi sa scolarité, obtenu des diplômes et occupé un emploi entre 2015 et 2016, il est entré en métropole pour y rejoindre son frère et sa sœur. Il indique aussi qu'il y est hébergé par son frère, a occupé des emplois ponctuels et fait du bénévolat dans une épicerie sociale. Il précise enfin que les membres de sa famille résidant à Mayotte détiennent la nationalité française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si M. A a résidé à Mayotte à compter de 2005, il n'est entré irrégulièrement en France métropolitaine que le 8 avril 2017, de sorte que son entrée en France métropolitaine est récente. Par ailleurs, à supposer établie la stabilité et l'intensité des liens que le requérant soutient avoir avec son frère et sa sœur qui résident en France métropolitaine, il ressort des pièces du dossier et de ses propres écritures que sa mère, deux de ses sœurs et un de ses frères résident à Mayotte et qu'il entretient des liens avec ces derniers. En outre, il est constant que M. A est célibataire et n'a pas d'enfant à charge. Enfin, l'intéressé ne justifie pas, par les pièces produites, d'une intégration particulière en France métropolitaine où il a travaillé trois jours entre le 7 et le 25 octobre 2021 en qualité de travailleur occasionnel dans une exploitation agricole, effectué trois démarches de recherche d'un emploi le 25 novembre 2022 et exercé une activité de bénévolat au sein d'une épicerie sociale. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour contestée n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été édictée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 423-23 et

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée par un étranger sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. Ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit aux points précédents, M. A ne justifie ni de motifs exceptionnels ni de circonstances humanitaires permettant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel au titre de la vie privée et familiale ainsi que de son intégration professionnelle. A cet égard, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a bien examiné sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au regard de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il avait déjà analysé sa situation familiale au titre de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article

L. 432-14. ".

10. Il résulte des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Il résulte de ce qui a été développé au point 8 que M. A ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, les dispositions de ce code n'étaient pas applicables à Mayotte avant l'entrée en vigueur, le 26 mai 2014, de l'ordonnance du 7 mai 2014 qui les ont étendues et adaptées à ce territoire, de sorte que le requérant doit être regardé comme résidant habituellement en France au sens de ce code depuis moins de dix ans lorsqu'est intervenu l'arrêté contesté du préfet d'Ille-et-Vilaine, qui n'était donc pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Il s'ensuit que la décision portant refus de titre de séjour n'a pas été prise au terme d'une procédure irrégulière.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 412-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

12. Les dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui subordonnent l'accès aux autres départements français de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun et, en particulier, de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que celle prévue à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le requérant, qui n'allègue ni ne justifie avoir sollicité l'autorisation spéciale prévue par l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant d'entrer en métropole, ne peut utilement soutenir que la délivrance d'un premier titre de séjour à Mayotte vaut délivrance d'un visa de régularisation.

13. Alors même que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait opposé, à tort, au requérant l'exigence de la production du visa de long séjour qui n'est pas une condition de délivrance du titre de séjour sollicité sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet d'Ille-et-Vilaine a également fondé sa décision sur l'absence d'insertion suffisante dans la société et l'existence d'attaches familiales à Mayotte. Il ressort des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ces seuls motifs. Au surplus, et ainsi que le soutient le préfet en défense, le requérant ne justifie pas de l'obtention du visa prévu par les dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constitue une condition d'entrée sur le territoire métropolitain. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le requérant pourra être reconduit à destination des Comores. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de cette décision doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de

renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible (). ".

16. Il est constant que M. A détient la nationalité comorienne, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen en fixant les Comores comme pays de renvoi. En tout état de cause, l'article 3 de l'arrêté attaqué fixe également comme pays de destination tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

17. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la demande d'admission exceptionnelle au séjour présenté par le requérant, que ce dernier a déclaré avoir des attaches familiales aux Comores, notamment son père et un frère né le 30 juin 1986. Dans ces conditions, et alors même qu'il a résidé douze ans à Mayotte et que sa mère y réside, M. A n'établit pas que la décision fixant les Comores comme pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Au sens de la présente Convention, un enfant s'entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la même convention : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur de l'enfant dans toutes les décisions les concernant.

19. Si M. A se prévaut des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

20. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8. () ".

21. Il ressort des termes même de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

22. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé à Mayotte en 1994, à l'âge de dix ans et y a résidé jusqu'en 2017. En outre, il n'est pas contesté que sa mère réside dans ce territoire. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, en tant qu'elle vise également Mayotte, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

23. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté du préfet d'Ille-et-Vilaine en tant qu'il lui interdit de retourner à Mayotte pendant un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

24. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. A contre les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 février 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine est annulé en tant qu'il interdit à M. A de retourner sur le territoire de Mayotte pendant une durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

C. PellerinLe président,

signé

E. BerthonLa greffière,

signé

Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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