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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403365

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403365

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2024, M. F A, représenté par Me Béguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mai 2024 par laquelle le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'une année ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, l'ensemble sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé.

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Berre ;

- et les observations de Me Béguin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, est entré en France en 2021 selon ses déclarations. Il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mai 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le préfet du Morbihan a donné délégation, selon un arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 31 août suivant, à Mme D C, chef du bureau des étrangers et de la nationalité et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E, directeur de la citoyenneté et de la légalité, notamment les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, il ressort des mentions portées dans l'arrêté attaqué que le préfet du Morbihan, après avoir mentionné les motifs de droit constituant le fondement des décisions contestées, a rappelé le parcours administratif et personnel de M. A. En particulier, il précise que l'intéressé est entré sur le territoire français en 2021, que sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 9 novembre 2022 et qu'il a déclaré, lors de cette demande d'asile, avoir pour conjointe une ressortissante ivoirienne et être père de deux enfants, également de nationalité ivoirienne. L'arrêté indique également que M. A a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à l'existence d'une relation amoureuse avec une ressortissante française matérialisée par la conclusion d'un pacte civil de solidarité le 3 mars 2023. Enfin, l'arrêté attaqué énonce que M. A a déclaré avoir travaillé à temps complet entre novembre 2022 et juillet 2023 en région parisienne et que ce n'est que depuis septembre 2023 que l'intéressé justifie d'un emploi stable dans le bassin d'emploi lorientais, lieu de vie déclaré du couple. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet du Morbihan a suffisamment motivé l'arrêté attaqué du 16 mai 2024 et le moyen doit ainsi être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. A en tenant compte de ses attaches personnelles en France. Le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant doit, par suite, être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui () dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an (). / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes de l'article L. 435-1 de ce code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" ". Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré récemment et irrégulièrement en France. Pour justifier de la durée de sa présence et de son insertion en France depuis 2021, M. A a produit plusieurs documents administratifs dont, notamment, une quittance de loyer, une déclaration effectuée auprès de la caisse d'allocations familiales, une facture d'énergie, un avis d'imposition ainsi que des bulletins de salaire lesquels indiquent une présence en France et une vie commune avec Mme B, avec qui il est pacsé depuis le 3 mars 2023, dans le département du Morbihan depuis au moins 2022. M. A a, par ailleurs, transmis des témoignages de proches faisant état de sa vie en France. Toutefois, ces seuls éléments n'établissent ni la présence continue de M. A en France, ni l'ancienneté, la stabilité et l'intensité de sa relation de couple avec sa partenaire. En outre, il ressort également des pièces du dossier que M. A dispose encore d'attaches familiales dans son pays d'origine puisque ses deux enfants y résident avec son ancienne conjointe. Par suite, le préfet du Morbihan n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en adoptant l'arrêté contesté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le moyen présenté en ce sens doit, en conséquence, être écarté.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, doivent également être écartés les moyens tirés, d'une part, de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, de l'atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. En faisant interdiction à M. A de retourner en France pendant un an compte tenu de son entrée en France récente, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, alors que cependant, M. A n'a pas fait l'objet de mesure d'éloignement et que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet a commis une erreur d'appréciation. Il s'ensuit que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. L'exécution du présent jugement n'implique ni la délivrance d'un titre de séjour, ni le réexamen de la situation de M. A. Les conclusions d'injonction sous astreinte présentées en ce sens doivent, par suite, être écartées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présence instance, la partie essentiellement perdante, la somme de 1 800 euros que demande M. A au titre des frais de procès non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Morbihan du 16 mai 2024 est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une année.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. Le Berre

Le président,

Signé

N. Tronel

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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