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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403366

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403366

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 18 juin et 11 juillet 2024, M. F A, représenté par Me Cabioch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2024 du préfet du Morbihan portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et obligation de se présenter au commissariat de Vannes deux fois par semaine pour y présenter les diligences entreprises en vue de son départ ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande en vue de la délivrance d'un titre de séjour et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- il est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée des mêmes illégalités externes que le refus de titre de séjour ;

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée des mêmes illégalités externes que le refus de titre de séjour ;

- elle est illégale par exception d'illégalité des précédentes décisions.

En ce qui concerne l'obligation de se présenter au commissariat de Vannes deux fois par semaine :

- elle est entachée des mêmes illégalités externes que le refus de titre de séjour ;

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Terras a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

1. La signataire de l'arrêté litigieux, Mme B C, attachée d'administration, cheffe du pôle éloignement du bureau des étrangers et de la nationalité de la préfecture du Morbihan avait reçu délégation, selon arrêté du 29 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 31 août 2022, aux fins de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E, directeur de la citoyenneté et de la légalité et de Mme D, chef du bureau des étrangers et de la nationalité, notamment les arrêtés d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

2. S'agissant du refus de délivrance d'un titre de séjour, il ressort des motivations de l'arrêté contesté que le préfet du Morbihan mentionne les considérations de droit fondant ses décisions. Le préfet précise par ailleurs que M. A, de nationalité kosovare, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 5 juin 2016, accompagné de sa mère, de son frère et de sa sœur. Il indique également que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, déposée le 26 octobre 2020, a été rejetée par un arrêté du 22 février 2021 dont le tribunal a confirmé la légalité par une décision du 2 juillet 2021, confirmée par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Nantes du 7 février 2022, auquel il s'est soustrait. Le préfet indique que M. A a déposé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il est présent en France depuis sept ans et sept mois, qu'il est célibataire et sans enfant, que sa mère est en situation irrégulière depuis l'expiration, le 23 janvier 2024, de son titre de séjour temporaire pour raison de santé et que la présence de son frère et de sa sœur, en situation régulière, ne lui confère aucun droit au séjour. Le préfet précise également que M. A ne justifie pas de son insertion dans la société française, qu'il ne travaille pas, qu'il est défavorablement connu des services de police et de gendarmerie pour des faits de violence, qu'il s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français et qu'il ne remplit ni les conditions prévues par l'article L. 423-23 ni celles prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'agissant de l'obligation faite à M. A de quitter le territoire français, le préfet rappelle les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance particulière justifiant l'octroi d'un délai supérieur de trente jours ou l'exposant à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, le préfet rappelle que les articles L. 721-6 à L. 721-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui permettent d'astreindre un étranger, qui bénéficie d'un délai de départ volontaire, à se présenter régulièrement aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y présenter ses diligences en vue de son départ et afin d'éviter un risque de fuite. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet du Morbihan mentionne précisément les éléments sur lesquels il se fonde pour prendre l'arrêté contesté. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. Il résulte de la motivation précédemment exposée que, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet a procédé à un examen suffisant de sa situation particulière.

4. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

5. Le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du seul cas des étrangers remplissant effectivement les conditions posées à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Ainsi qu'il sera exposé, M. A ne remplit pas effectivement les conditions de délivrance du titre sollicité. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure à raison de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu sur le territoire français alors qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français dont il n'a pu obtenir l'annulation ni par le tribunal ni par la cour administrative d'appel. Il est célibataire et sans enfant, et la présence de sa mère sur le territoire, en situation irrégulière depuis l'expiration, le 23 janvier 2024, de son titre de séjour temporaire pour raison de santé et de son frère et de sa sœur, en situation régulière, dont il ne précise pas l'intensité de leur relation, ne lui confèrent pas de droit au séjour. S'il est bénévole aux restaurants du cœur et a suivi une partie de sa scolarité en France, il ne travaille pas malgré l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle et est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence dans un établissement scolaire ou aux abords à l'occasion de l'entrée ou de la sortie des élèves suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit, par suite, être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. En se bornant à se prévaloir de sa présence en France depuis 2016, de " liens personnels et familiaux en France ", d'une " parfaite intégration sociale " et d'une " insertion professionnelle ", sans développer d'autres éléments que ceux exposés au point 7, M. A ne fait état d'aucune circonstance humanitaire ou motif exceptionnel inhérent à sa situation. Par suite, le moyen tiré de ce la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écartée.

12. Si, au soutien de son moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle, M. A fait valoir qu'il doit assister sa mère et se prévaut à cet effet d'un certificat médical établi par un praticien hospitalier en médecine interne, qui certifie que sa présence auprès de sa mère est indispensable, ce certificat, daté du 2 mai 2022, soit près de deux ans avant la décision litigieuse, ne peut être pris en compte alors que le préfet fait valoir, sans être contredit, que le titre de séjour temporaire de sa mère a expiré le 23 janvier 2024. Le moyen précité ne peut dès lors qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée et les conclusions à fin d'annulation de la décision en conséquence rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de présentation aux services de gendarmerie :

14. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".

15. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écartée.

16. Si M. A soutient que la décision litigieuse ne précise pas la durée pendant laquelle l'obligation de présentation s'applique, elle vaut toutefois durant toute la durée de départ accordé à l'étranger, en l'occurrence trente jours.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

19. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. Terras

Le président,

Signé

N. Tronel

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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