jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2403451 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | KERRIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juin 2024 au greffe du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin, et deux mémoires, enregistrés les 18 et 23 juillet 2024, M. D C, représenté par Me Kerrien, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle eu égard à ses problèmes de santé, les médicaments dont il a besoin n'étant pas disponibles en Géorgie, son pays d'origine ;
- l'obligation de quitter le territoire français sans délai et la décision fixant le pays de destination sont entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- ces décisions méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par trois mémoires, enregistrés les 25 juin et 19 et 23 juillet 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la signataire de l'arrêté contesté disposait d'une délégation de signature ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu :
- la lettre du 27 juin 2024, enregistrée au greffe du tribunal le même jour, précisant, pour l'application du second alinéa de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. C est susceptible d'être libéré avant que le tribunal ne statue sur sa requête ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Desbourdes, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Desbourdes ;
- les observations de Me Kerrien, avocat commis d'office, représentant M. C, qui a rappelé ses écritures s'agissant du moyen relatif à l'état de santé du requérant ;
- les explications de M. C, assisté d'une interprète en langue géorgienne, qui a précisé qu'il prend un médicament une fois par jour, que ce médicament n'est pas disponible en Géorgie où il suivait un traitement inefficace, qu'il est inscrit dans une école pour apprendre le français et souhaite travailler dans le bâtiment ;
- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui a :
- indiqué que le certificat médical produit à l'instance n'avait auparavant jamais été communiqué aux services de la préfecture et qu'il existe un doute quant à la véracité des informations qu'il contient, qui sont contradictoires avec le rapport de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés produit par le requérant ;
- rappelé le contenu des écritures en défense concernant l'interdiction de retour sur le territoire français, le caractère proportionné de cette mesure vis-à-vis du respect du droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, le caractère contradictoire des affirmations du requérant quant à la présence de membres de sa famille en France, et la menace pour l'ordre public qu'il représente.
La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant géorgien, est entré une première fois en France à la fin du mois de septembre 2018 et a alors été éloigné, par la contrainte, sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français prononcée par arrêté du préfet de l'Essonne du 17 novembre 2018. Revenu sur le territoire français en juin 2023, il a été placé en garde à vue par la brigade de gendarmerie de Montauban-de-Bretagne à la suite de deux faits de cambriolages et a fait l'objet d'un nouvel arrêté d'obligation de quitter le territoire français du préfet d'Ille-et-Vilaine du 23 septembre 2023. Bénéficiant du droit de se maintenir sur le territoire français à raison de l'introduction, antérieure, d'une demande de réexamen de sa situation au titre de l'asile, cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal du 27 octobre 2023, n° 2305184. Auditionné par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sa demande de réexamen a été rejetée par une décision du 19 avril 2024. Entre temps, l'intéressé a été interpellé le 13 avril 2024 par la police nationale pour des faits de vol par effraction en réunion commis à Cesson-Sévigné, a fait l'objet, par jugement du tribunal correctionnel de Rennes du 15 avril 2024, à une peine de quatre mois d'emprisonnement délictuel pour tentative de vol par un majeur avec l'aide d'un mineur, en récidive et a été, le même jour, incarcéré au centre pénitentiaire de Rennes-Vezin. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024, qui lui a été notifiée au centre pénitentiaire le 17 juin suivant, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, reconduit d'office et lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Contrairement à ce que soutient M. C, l'arrêté contesté traite de son état de santé dans son avant dernier considérant. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché ses décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de destination d'un défaut d'examen complet de la situation de l'intéressé.
3. M. C soutient qu'il souffre de problèmes de santé au foie et que son traitement ne serait pas disponible en Géorgie, son pays d'origine. Il produit, en ce sens, un certificat médical rédigé à sa demande le 6 octobre 2023 par le docteur A, médecin généraliste, d'après lequel, d'une part, il est " porteur d'une hépatite C active " et " bénéfice actuellement des examens préalables à la mise en place d'un traitement curatif ", d'autre part, ce traitement " n'est pas en pratique disponible " dans son pays d'origine et, enfin, l'absence de mise en place d'un traitement spécifique de cette maladie aurait chez l'intéressé " des conséquences d'une exceptionnelle gravité avec, à terme, engagement du pronostic vital ". Il ressort pourtant du rapport de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) du 31 janvier 2024 sur le système de santé et l'accès aux soins en Géorgie, produit par le requérant lui-même, que le dépistage, le diagnostic et le traitement de l'hépatite C y sont gratuits, ce pays ayant mis en place un programme d'éradication de cette maladie depuis avril 2015. Dans ces conditions, en l'absence de production, par le requérant, qui se borne seulement à soutenir sans l'étayer qu'il ne pourrait personnellement bénéficier d'un traitement approprié en Géorgie, il n'y a pas lieu de retenir que l'éloignement de M. C pourrait le priver d'un accès à un traitement permettant d'exclure que sa maladie aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté contesté sur sa situation doit être écarté.
4. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'accorder un délai de départ volontaire, n'ont ni pour objet, ni pour effet, par elles-mêmes, de renvoyer M. C dans son pays d'origine. Par conséquent, le moyen tiré de ce que l'intéressé subirait des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Géorgie est inopérant à l'encontre de ces deux décisions.
5. Faute d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. C n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant fixation du pays à destination duquel il sera reconduit et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans devraient être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il y aurait des raisons sérieuses de penser que, s'il était reconduit en Géorgie, il serait exposé, compte tenu de son état de santé et du système de soin géorgien, à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article doit être écarté en tant qu'il est dirigé contre la décision portant fixation du pays de destination.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, (), à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, () ".
8. M. C, qui ne fait pas valoir le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne saurait utilement soutenir, sur ce fondement, contre la décision fixant la Géorgie comme pays de destination, qu'il dispose d'attaches familiales sur le territoire français. Alors que le requérant a déclaré aux services de police, lors de son audition du 12 juin 2024, avoir un fils vivant dans son pays d'origine en Géorgie, et qu'il ne fait état d'aucune attache familiale dans un autre pays où il pourrait être légalement reconduit, il n'est pas fondé à soutenir que le choix de son pays d'origine, la Géorgie, comme pays de destination, porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
9. Le requérant soutient disposer d'attaches familiales sur le territoire français, à savoir l'une de ses tantes, et deux de ses oncles, qui vivraient à Rennes en situation régulière. Toutefois, l'intéressé n'a séjourné sur le territoire français que pendant quelques mois en 2018 et ne se trouve à nouveau sur le territoire national que depuis juin 2023. Il ne produit aucun élément suffisamment précis et étayé faisant état de la nature, de l'intensité et de la stabilité des relations entretenues avec les membres de sa famille résidant en France. Par ailleurs, il constitue une menace pour l'ordre public compte tenu notamment des faits de cambriolages commis en récidive le 13 avril 2024 pour lesquels il a été condamné par un jugement du 15 avril 2024. Dans ces conditions, bien qu'il n'ait pas fait valablement l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation de l'arrêté du 12 juin 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il ne peut être mis à la charge de l'État une somme à verser à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
W. DesbourdesLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026